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George Shiras. L'intérieur de la nuit
Bailly Jean-Christophe ; Voss Sonia
XAVIER BARRAL
39,00 €
Épuisé
EAN :9782365110761
George Shiras (1859-1942) n'est pas un nom qui existe encore vraiment dans l'histoire de la photographie, et cela alors même que de son vivant ses photos, montrées par exemple à l'Exposition Universelle de Paris en 1900, rencontrèrent un certain succès : mais sa réputation se propagea surtout dans les milieux de la chasse, de la géographie et de la protection de la nature, et c'est d'ailleurs clairement l'orientation qu'il donna à sa plus importante publication, Hunting wild life with camera and flashlight qui fut éditée en 2 volumes (et souvent rééditée entre 1898 et 1935) par la National Geographic Society à Washington. Sans doute Shiras ne se considérait-il pas lui-même comme un artiste, et même s'il était sensible à la beauté des animaux qu'il fixait sur la pellicule, c'est avant tout dans l'idée de documenter la vie animale, dans une perspective pré-écologique, qu'il travailla toute sa vie durant et qu'il mit au point, dès 1891, le procédé de saisie nocturne, au flash, des animaux sauvages de différentes régions des USA et du Canada, en ayant pour camp de base la région de Marquette, sur la rive sud du Lac Supérieur, où il fut initié à la vie sauvage dès son plus jeune âge. C'est au contact de chasseurs - et aussi de guides indiens ou de trappeurs - qu'il s'initia à cette vie, finissant par échanger, comme il le dit lui-même, le fusil pour l'appareil photo. Mais ce qui s'impose immédiatement dès que l'on a la chance de regarder quelques-unes des très nombreuses photos que Shiras réalisa de nuit, c'est un théâtre d'apparitions furtives, un monde de feulements et de fuites d'une saisissante beauté. Avec ces images de bêtes surprises mais non traquées, c'est une nuit pénétrée, une nuit transfigurée qui s'ouvre devant nous, dans toute la gloire du noir et blanc. A cette vie de nuit nous n'avons normalement pas accès, et encore beaucoup moins aujourd'hui qu'à l'époque de Shiras, où de nombreux territoires étaient encore presque vierges. Ce qui est documenté de la sorte, ce sont certes des comportements et des formes de la vie animale, mais c'est aussi une autre manière d'habiter le monde. L'innocence esthétique de Shiras, le fait qu'il n'ait pas cherché à faire des photos d'art, joue ici à plein, et la saisie de ces passages furtifs d'animaux dans une nuit lointaine et profonde prend pour nous la valeur d'une entrée dans l'inconnu. L'attitude de Shiras, qui n'avait rien d'un outlaw ou d'un artiste maudit, peut toutefois faire penser à celle d'Atget. Ce que l'un fit pour la ville, l'autre le fit pour la nature, certes dans des climats de production complètement différents. Mais alors que pour Atget, ignoré de son vivant, la reconnaissance, tardive, entraîna une suite sans fin d'expositions et de publications, pour Shiras c'est un peu le contraire : bien accompagné de son vivant, il n'a pas véritablement eu de postérité. Et c'est pourquoi il peut y avoir aujourd'hui envers lui un mouvement enthousiaste de redécouverte : dans leur diversité comme dans leur unité tonale, les photos de nuit qu'il a réalisées constituent littéralement un trésor. Tandis que le texte de Sonia Voss établira la figure de George Shiras III sur un plan historique, celui de Jean-Christophe Bailly, portera sur les implications de ces images, tant pour ce qui est de l'expérience photographique que pour ce qu'elles apportent à notre approche sensible du monde animal.
Biographie de l'auteur Jean-Christophe Bailly est écrivain et enseigne à l'Ecole du Paysage de Blois. Il est l'auteur, notamment, du livre Le Dépaysement (Seuil, prix décembre 2011). Aux Editions Bayard, ont paru Le Versant animal (2007) et plusieurs petites conférences.
El Pelele est ce qui reste d'un "projet Goya" qui m'a accompagné pendant des années, depuis, en tout cas, la partie consacrée à un tableau de Goya dans ma pièce Fuochi sparsi créée à Parme en 1994. Jamais je n'ai véritablement songé à écrire une pièce en costumes, une évocation du temps que Goya traversa et subit. Je voyais plutôt quelque chose comme une sorte de remémoration, à partir de l'exil de Bordeaux et du mystérieux et tardif voyage à Paris, d'où le peintre ne ramena qu'un seul dessin : une vieille femme sur un chariot tiré par un chien, avec ce commentaire : "Yo lo he visto en Paris." La pièce est un reste comme l'est ce dessin, et Goya y est davantage une matière qu'un motif, son nom, jamais prononcé, agit comme une sorte de clef musicale fixant la tonalité. A certains moments, toutefois, même si l'action se déroule de nos jours, la référence à ses images est active, de façon au moins implicite. El Pelele est le titre du carton de tapisserie de Goya de 1791 où l'on voit quatre femmes faire sauter en riant un pantin au-dessus d'un drap tendu. Il s'agit du nom du pantin lui-même. J'ai choisi de donner ce nom à la pièce et au personnage principal, d'une certaine façon pour en fixer l'origine et la localisation, dans l'espace sinon dans le temps. Comme dans beaucoup d'oeuvres de jeunesse de Goya, on voit pointer, sous des dehors encore gracieux, le renversement qui sera sa marque exclusive, et mon personnage va dans le sens de cet assombrissement."
Résumé : Ecrits entre 1978 et 2011 et repris ici tels quels, les carnets que réunit ce livre donnent consistance à l'expérience que fut la découverte des Etats-Unis, et de New York en premier lieu, pour un auteur que l'on n'attendait pas forcément sur ce terrain, loin des " anciens parapets " de la vieille Europe. C'est donc la notation qui en est le principe actif - le pari étant que, par son côté brusque et spontané comme par son rapport distant à la volonté d'oeuvre, elle ait un pouvoir de résonance spécifique. Mais l'Amérique évoquée au long de ce film discontinu, qui fonctionne comme une sorte de planche-contact verbale, existe-t-elle encore ? Peut-être ou peut-être plus ; du moins est-elle ici au rendez-vous, vivante.
Voilà, oui, ce sont des nappes, et je les tire vers moi, il n'y a pas à se forcer beaucoup, elles viennent d'elles-mêmes, c'est comme un tuilage, une glissade. Etrange récolte à vrai dire, qui ne fourre dans mon sac que des fantômes: là où ni la conscience de soi ni la naissance ne fournissaient de points fixes auxquels se raccrocher, les souvenirs viennent en masses fractionnées, c'est la phase qui tourne avec eux: il y a une hélice, un mouvement, un sillage, mais comme une sorte de ralenti discontinu ou comme un fondu enchaîné parfois flou, un paysage de turbulences et de surimpressions ou encore, et plus exactement si l'on doit garder la métaphore du cinéma, ce sont des rushes qui défilent, sans montage, mais comme portés par des courants."
À la suite d'un déménagement, Bruce Gilden découvre dans ses archives personnelles des centaines de pellicules et de négatifs d'un travail réalisé à New York, sa ville natale, entre 1978 et 1984.Parmi ces milliers d'images inédites qu'il n'avait pour la plupart jamais vu lui-même, Gilden en a sélectionné une centaine. Émanant du désir de revisiter son oeuvre de jeunesse, cette archive historique, qui refait surface quarante ans plus tard telle la Valise Mexicaine, constitue un trésor inestimable. Il s'y dessine le portrait d'un New York hors du temps et dévoile par ailleurs un pan inconnu du travail de Gilden. Dans le plein élan de la trentaine, il s'était alors lancé sans flash (avant de devenir célèbre pour son usage quasi systématique) à l'assaut des New Yorkais, dans une ambiance visiblement tendue qui ne l'empêchait pas de bondir à un rythme frénétique sur ce que cette scène, à la fois familière et exotique, avait à lui offrir. Dans cette extraordinaire galerie de portraits, les compositions, la plupart horizontales, bouillonnent d'énergie et débordent de personnages les plus divers, comme si Gilden entendait inclure dans le cadre tout ce qui attirait son oeil. Dans Lost & Found, on perçoit déjà le fil conducteur du travail qui rendra Bruce Gilden célèbre : un mouvement et une tension continus, une fougue sans pareil, une affection instinctive et irrévérencieuse pour ses sujets ? en parfaite connivence avec sa ville.
Pibrac Pierre-Elie de ; Valdés Zoé ; Rollet Aymeri
Desmemoria constitue un témoignage à la fois photographique, anthropologique et social sur la communauté des azucareros de Cuba ? les travailleurs de l'industrie du sucre et révolutionnaires de la première heure.Entre 2016 et 2017, Pierre-Élie de Pibrac a sillonné l'île et a vécu chez diverses familles de cette communauté. À travers cette expérience, le photographe interroge la fin des utopies chez un peuple qui a cru et oeuvré pour que s'incarne le rêve castriste. Durant des décennies, l'industrie du sucre devait être le faire-valoir de l'économie cubaine et était à cette fin célébrée par Castro et ses troupes : " Le sucre est notre histoire, sans lui, il est impossible de comprendre l'essence et l'âme de Cuba ", souligne l'historien cubain Eusebio Leal Spengler. Plus d'un demi-siècle plus tard, cette économie sucrière n'a pas tenu ses promesses d'émancipation, à l'image de l'idéologie castriste. En immersion dans les zones rurales, Pierre-Élie de Pibrac est parti à la rencontre des habitants des bateyes (villages) des centrales sucrières. Toujours en activité ou désaffectées ces cités du sucre et ses travailleurs témoignent de vies sacrifiées à l'aune d'une doxa utopiste. Les bateyes sont les théâtres du désenchantement de la société cubaine. Il y règne une ambiance pesante qui souligne la solitude, la pauvreté, l'isolement et la précarité. Si la canne à sucre a construit Cuba et a représenté la fierté nationale, aujourd'hui, elle est le symbole de son naufrage entraînant avec elle une nouvelle génération sans repère. Dans cette période de transition de l'histoire cubaine, les images de Pierre-Élie de Pibrac donnent à voir un monde qui se délite. Elles racontent comment le peuple cubain appréhende désormais son quotidien, quel regard il portesur son histoire récente. La démarche à la fois documentaire et artistique du photographe permet une lecture autre de l'après-castrisme qui se met aujourd'hui en place. À travers le prisme de divers registres d'images ? photographies réalisées lors de ce long séjour et images extraites de l'iconographie vernaculaire, Pierre-Élie de Pibrac donne à voir une société désenchantée mais aussi profondément attachée à la singularité de son histoire.Ce travail photographique a été récompensé par le prix Levallois en 2018.Texte inédit de Zoé Valdès
Le Prix HSBC pour la Photographie accompagne chaque année 2 photographes lauréats, n'ayant jamais publié d'ouvrage monographique, dans la production d'une exposition itinérante accompagnée d'une aide à la production. Créé en 1995, le prix vient de célébrer sa 25e édition en mettant à l'honneur Louise Honée et Charlotte Mano qui ont rejoint Antoine Bruy, Petros Efsthadiadis, Dominic Teufen et Nuno Andrade, précédemment publiés dans la collection, respectivement en 2018 et 2019. Ce soutien rare et exceptionnel à la jeune création, sans critère d'âge ni de nationalité, rejoint les valeurs que défend l'Atelier EXB dans l'envie de découvrir et faire découvrir le travail de jeunes artistes au public. Le choix des lauréats est assuré par un jury de professionnels au côté de Christian Caujolle, directeur artistique du prix, et d'un conseiller artistique. Ce conseiller, différent chaque année, assure également le commissariat des expositions. Texte bilingue Sylvie Hugues, Conseillère artistique du prix HSBC
Capturer le réel, en saisir ses moindres traces et fragments, telle est la quête de Marie Bovo, photographe qui travaille depuis de nombreuses années sur l'espace et son occupation par diverses communautés. Marseillaise d'adoption, la photographe s'intéresse particulièrement aux zones urbaines ou rurales du bassin méditerranéen et des côtes africaines : cours intérieures ou restaurant kebab à Marseille, camp de Roms dans les faubourgs de cette même ville, appartements vides à Alger ou cuisines aménagées en plein air au Ghana. " C'est moins l'architecture qui m'intéresse, dit-elle, que la façon dont elle est vécue. " La culture méditerranéenne du regard est toujours dérobée. Les images de Marie Bovo donnent à voir les coulisses, ce qui est caché, ce qui demeure dans le silence. Avec une attention constante au cadrage, entendu comme une imbrication d'espaces physiques et mentaux, l'oeuvre de Marie Bovo, qui se construit par séries, questionne la façon dont nous vivons dans certains lieux, publics ou privés. La photographe s'est emparée de son médium : ses temps de pause très longs en lumière naturelle et réalisés à la chambre captent le moindre détail. Le temps et le mouvement sont des composantes avec lesquelles elle construit ses images. Réalisés à l'aube depuis un pont en surplomb d'un camp de Roms ou au crépuscule peu avant l'arrivée des protagonistes venant prendre leur repas ou encore la nuit dans des cours intérieures d'immeubles, l'objectif tourné vers le ciel saisissant le linge suspendu : les photographies de Marie Bovo donnent à voir une vie qui se dérobe. Les objets disparaissent d'une image à l'autre, les lumières se déclinent en teintes presque irréelles, l'image devient picturale. Cette révélation du flux de la vie dans un aller-retour permanent entre passé et présent suggère des récits à venir. Cet ouvrage présente son travail filmique inédit et sa dernière série En Suisse - Le palais du roi.