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Ecrits (1967-2022). Tome 2, Sociologie, 2002-2022
Baechler Jean ; Escudier Alexandre
HERMANN
39,20 €
Épuisé
EAN :9791037043191
Jean Baechler compte parmi les derniers grands auteurs de la sociologie classique. Comme les fondateurs des sciences humaines et sociales, son oeuvre mobilise tour à tour les registres de la philosophie, de la sociologie et de l'histoire. D'envergure encyclopédique, elle porte aussi bien sur la sociologie historique du politique que les origines du capitalisme, la sociologie des religions, l'éthique, la métaphysique et l'épistémologie. Elle se caractérise par sa dimension comparatiste et diachronique, englobant toutes les formes d'organisation sociale (bandes, tribus, cités, royaumes, empires, nations), sur la plupart des grandes aires civilisationnelles, depuis le Paléolithique supérieur. Le deuxième tome (en deux volumes) rassemble les écrits sociologiques de Jean Baechler. Abordant des questions aussi variées que la guerre, les révolutions, les suicides, les idéologies ou les morphologies sociales (bandes, tribus, cités, villes-centres, castes, féodalité, royaumes, empires, nations), il invite à porter un regard sociologique et comparatiste sur l'histoire universelle. Dans chaque texte, après une définition rigoureuse des termes d'un problème et l'inventaire de ses coordonnées historiques, Baechler s'emploie à peser les facteurs sociologiques expliquant pourquoi une configuration sociale latente, pensable ex ante, s'est manifestée ici plutôt qu'ailleurs, à telle période plutôt qu'une autre. L'articulation entre macro- et micro-sociologie, entre agrégats émergents et intentionnalité d'acteurs, s'y révèle toujours centrale.
Extrait de l'introductionL'espèce humaine est génétiquement libre, au sens où l'humanisation n'est pas le déroulement d'un programme inné, mais le résultat d'un apprentissage effectué au sein de cercles culturels tout au long de la vie. L'expression directe et la preuve de la liberté humaine sont la culturalité et l'historicité, le fait conjoint que les humains sont les producteurs et les produits d'histoires et de cultures, car ainsi le veut leur nature définie par des virtualités. Celles-ci posent à l'espèce et à ses représentants des problèmes à résoudre. À cette fin, ils sont équipés par le vivant de tout ce qui est indispensable à la résolution des problèmes, par le recours à l'agir, au faire et au connaître. L'espèce est libre, finalisée et rationnelle, car le vivant a fait surgir de l'évolution une espèce non-programmée, problématique et appliquée à résoudre ses problèmes. Homo est, de nature et de fondation, agens, faber et sapiens, parce que sa liberté le place sous la contrainte d'avoir à inventer son humanité, à la soutenir et à lui trouver une destination.Une espèce libre et problématique est nécessairement faillible et défaille inévitablement dans la poursuite de ses fins et dans la mise en oeuvre des activités appropriées. En effet, la capacité des contraires est logiquement impliquée par la liberté, car les humains seraient programmés et non pas libres, s'ils ne pouvaient agir que bien, connaître que juste et faire qu'utile, sans jamais tomber dans le mal, le faux et le nuisible. Cette capacité est inexorablement exploitée, du fait que l'agir est soumis à l'incertitude des circonstances et des conséquences, que le connaître est une exploration toujours en cours, dont les individus n'ont jamais qu'une vue très partielle, et que le faire est condamné à la décrépitude et à l'obsolescence. De ce fait, la rationalité appliquée à la finalité échoue toujours, la condition humaine est disgraciée de fondation et l'imperfection sa marque originelle. Mais l'imperfection n'a de réalité et de sens que par rapport à la perfection, qui serait effective, si tous les problèmes humains trouvaient leurs solutions objectives, c'est-à-dire si toutes les fins de l'homme étaient atteintes par le concours d'efforts individuels et collectifs couronnés d'un plein succès. La perfection est première et l'imperfection seconde, car la conjecture serait absurde que le vivant ait pu sélectionner une espèce appliquée à mal résoudre ses problèmes et justifiée par ses imperfections. La logique et le bon sens inspirent la vision contraire d'une espèce aspirant à la perfection de ses accomplissements et empêchée de l'atteindre par sa liberté et par la difficulté de la tâche.La perfection et l'imperfection sont liées conceptuellement, mais elles n'ont pas le même statut. L'imperfection infligée à l'espèce par sa liberté lui pose un problème, dont la perfection est la solution, de même que la conflictualité lui fait rechercher la paix par la justice pour éviter la lutte à mort et que la rareté des ressources induite par l'ouverture des besoins lui pose un problème d'ajustement, dont la solution à inventer consiste dans la prospérité procurée par l'appropriation réciproque des biens et des ressources. La prospérité et la paix juste sont des fins de l'homme, en tant qu'elles résolvent deux problèmes impérieux de survie. D'autres fins sont de destination, qui procurent à l'existence humaine un sens et une justification, que ce soit le bonheur ou la béatitude. La perfection est une fin de l'homme, au même titre de solution d'un problème fondateur de l'humain, en l'occurrence un problème de survie. Si, en effet, les humains ne consacraient aucun effort à la perfection, l'imperfection triompherait absolument et la faillite frapperait toutes les solutions de tous les problèmes. L'espèce n'y survivrait pas, à supposer qu'une espèce aussi mal conformée ait pu apparaître dans l'arborescence du vivant. La perfection comme fin est au service de toutes les fins de l'homme, puisque toutes exigent, du fait de la faillibilité, des efforts de perfectionnement, pour prévenir que l'imperfection ne les ruine entièrement. Elle est une fin de service, mais son service est si pressant qu'elle doit occuper, dans l'architectonique des fins de l'homme, une place décisive.
Tout existant est contingent. Or, s'il n'y avait que du contingent, il n'y aurait rien. Donc le contingent implique l'absolu. L'exister est nécessaire, mais les existants contingents pourraient ne pas exister. La proposition ouvre sur une alternative fondamentale. Une branche est celle du Devenir, où l'absolu est le devenir perpétuel et le contingent l'ensemble en devenir de devenants éphémères. L'autre branche est celle de l'Etre, où l'exister nécessaire est ontologiquement séparé des existants contingents, selon deux modes radicalement distincts. Dans le mode contingent, l'Etre est transcendant aux étants et le Créateur de créatures. Dans le mode nécessaire, l'Etre inhabite des étants transitoires. L'Etre peut être conçu comme transcendant ou immanent. La métaphysique du Devenir fonde en raison une fin dernière, le bonheur, gagné par la voie séculière des sagesses. Celle de l'Etre la définit comme béatitude, poursuivie par la voie numineuse des religions. La science de l'éthique peut dès lors prendre appui sur le Devenir, au fondement des sagesses de la Chine, de l'Inde, de la Grèce, et sur l'Etre.
Nouvelle édition augmentée. Comment un être humain peut-il être conduit à se supprimer ? C'est pour tenter de répondre à cette question essentielle que Jean Baechler nous entraîne dans une enquête fertile en révélations. Ni scandale, ni aberration, le suicide est une solution à un problème existentiel. Acte positif, il peut signifier une fuite, un deuil, un châtiment, une vengeance, un crime, un chantage, un appel, un sacrifice, un passage, un "Jugement de Dieu" ou même un jeu. Il répond toujours à une conduite logique, rationnelle à l'occasion, comme le révèlent les nombreux cas rapportés. Mais le suicide ne survient pas au hasard dans une population quelconque. Qui donc en vient à se tuer ? En faisant appel à la génétique, à la psychiatrie, aux contextes familial et social, à l'âge, au sexe, aux mentalités et aux toxicomanies, l'auteur essaie, par une analyse minutieuse, de déterminer la composition de cette population particulière et d'expliquer sa formation. Le dernier volet de l'enquête s'attache aux suicides comme institution sociale. Des veuves hindoues à "S. O. S Amitié" , de l'amok malais aux grèves de la faim, c'est à un voyage dans l'insolite que nous sommes invités. Ce livre, maintes fois réimprimé, constitue l'analyse la plus approfondie et la plus large sur un sujet qui touche chaque être humain. "Un livre que personne ne peut ignorer" Raymond Aron "Thèse [... ] dans la tradition des thèses magistrales et monumentales, ce livre demeure accessible à tous, grâce à la limpidité et à la rigueur de l'expression. J'ai tort de dire accessible à tous, je devrais dire passionnante pour tous" . Raymond Aron
Etrange destin idéologique que celui du capitalisme au cours de ce dernier quart de siècle : d'objet d'opprobre, le voici devenu la panacée à tous les maux qui accablent l'humanité. Alors que beaucoup tenaient, il n'y a guère, la chronique de sa mort annoncée, tous les pays désormais rivalisent d'ardeur pour l'adopter. Or, deux problèmes posés par le capitalisme et qui ont été l'obsession de ces géants de la sociologie historique que furent Karl Marx et Max Weber attendent encore une réponse. Le premier problème est celui, plus directement historique, de la genèse du capitalisme : pourquoi ce régime nouveau de l'économique a-t-il émergé en Europe à partir d'une certaine date, et non pas en une autre civilisation ni à une autre époque ? A cette question répond le tome premier. Les origines. Un vaste tableau historique et comparatiste, qui conduit le lecteur de la Grèce antique à la Chine en passant par le Japon, l'Empire Inca et l'Europe médiévale, dessine les traits distinctifs du capitalisme et la spécificité politique de son origine européenne : l'émergence d'une civilisation de l'individu et de ses droits. Le deuxième problème est la place et la portée du capitalisme dans cette phase de l'histoire de l'humanité qu'il est convenu d'appeler la "modernité". A cette question s'attache le deuxième volume, L'économie capitaliste, qui retrace les diverses conditions et modalités économiques de la mondialisation du capitalisme, indépendamment des conditions politiques de la démocratie européenne occidentale qui fut son berceau. Jean Baechler révèle combien l'émergence et l'internationalisation, le passé et l'avenir de ce régime économique spécifique sont indissociables et conduisent à une nécessaire réflexion sur notre âge moderne. Car le capitalisme, loin du sentiment d'évidence communément nourri, demeure, par nombre de ses aspects encore énigmatiques, un objet privilégié de la réflexion historique et sociologique.
Nous vivons une époque paradoxale : les extraordinaires progrès scientifiques et techniques des dernières décennies ont bouleversé notre existence, mais, dans le même temps, un fulgurant retour de la barbarie sape nos valeurs laïques fondamentales, héritées des Lumières. Religions et utopies sociales, ces illusions dangereuses constituent la pire malédiction de l'humanité ; elles assaillent notre liberté de penser et de nous exprimer librement. Elles nous imposent leurs critères absolutistes du Bien et du Mal ainsi leur foi dans un au-delà ou un avenir radieux chimériques. Leur but est évident : nous empêcher de vivre sereinement et nous priver du bonheur quotidien. Dès lors, l'alternative est tranchée : Homme ou Dieu ? Raison ou foi ? Plaisir ou ascèse ? Vivre ici et maintenant ou attendre la vie après la mort ? Ce livre très documenté n'en est pas moins un ouvrage grand public : écrit dans un style simple et accessible, il se veut un essai-coup de poing, un pamphlet choc et sulfureux pour nous libérer des fausses promesses et des mensonges qui nous emprisonnent.
Cénat Jude Mary ; Cyrulnik Boris ; Dérivois Daniel
Même si, avec plus de 200 000 morts et des dizaines de milliers de blessés, le séisme du 12 janvier 2010 a déjà suscité nombre de réflexions sur l'histoire et la population haïtiennes, on a rarement l'occasion de lire des témoignages aussi poignants ainsi qu'une fine analyse des traumatismes et de la résilience des survivants. Tout le monde s'en souvient : isolés, sans abri, sans nourriture, débordés par la dévastation et dans l'attente des secours, les insulaires ont vécu parmi les morts et avec les morts pendant de nombreuses semaines. Ces témoignages de survivants nous font précisément entrer dans cet enfer, dans le récit d'une souffrance insupportable, mais qui refuse toute attitude condescendante. Par-delà blessures et amputations, le dialogue avec l'auteur laisse lentement apparaître les voies salutaires de la résilience, une sortie proprement humaine vers la vie, comme une renaissance que donne en partage le peuple haïtien à l'humanité entière. Cela nous donne un ouvrage touchant, rigoureux et engagé. Un ouvrage édifiant.
Dans son livre L'âme désarmée, essai sur le déclin de la culture générale, le philosophe Allan Bloom écrivait : "La question qui se pose à tout jeune être humain : "Qui suis-je ? " et le besoin puissant de se conformer à l'impératif de l'oracle de Delphes : "Connais-toi toi-même" qui est congénital en chacun de nous, signifient en premier lieu : "Qu'est-ce que l'homme ? "... La culture générale donne accès à ces réponses, dont plusieurs vont à l'encontre de notre nature et de notre époque. L'homme pourvu de culture générale est capable de ne pas s'en tenir aux réponses faciles... Il est certes ridicule de croire que ce qu'on apprend dans les livres représente l'alpha et l'oméga de l'éducation, mais la lecture est toujours nécessaire, en particulier à une époque où les exemples vivants de valeurs élevées sont rares". Inscrits dans la foulée de cette réflexion, Thomas De Koninck, Joseph Facal, Mathieu Bock-Côté et Louis-André Richard, professeurs engagés au service de l'éducation libérale, tentent de comprendre les chemins menant à une culture générale signifiante. Nous proposons, en songeant à la course effrénée des penseurs de l'école pour adapter celle-ci aux besoins immédiats du monde du travail ou aux tendances sociétales du moment, d'interroger les modalités de l'éducation supérieure : Remplit-elle son mandat ? Favorise-t-elle un milieu privilégié d'éducation libérale ? Qu'en est-il aujourd'hui de l'idée d'université ?
Lapointe Pascal ; Dupont Christophe ; Boileau José
L'information est un service public essentiel. Sans information, comment prendre des décisions éclairées sur les enjeux de société de l'heure ? La question est devenue encore plus importante à l'heure des réseaux sociaux, qui fournissent de l'information en abondance, mais sans vérifications ni préférences pour des sources crédibles. Pour ce faire, il faut des journalistes et des médias dignes de ce nom. Comment la nouvelle génération de journalistes va-t-elle réussir à se sortir de cette situation ? Comment trouver du travail et des contrats lucratifs tandis que les médias peinent à survivre et à trouver un "modèle d'affaires " ? Que signifie concrètement devenir journaliste indépendant, ou pigiste, ou entrepreneur, dans la crise actuelle des médias ? Quelles sont les habiletés dont un "nouveau journaliste " a besoin, au-delà des compétences de base qu'on enseigne dans les écoles de journalisme ? Comment la nouvelle génération de journalistes va-t-elle réussir à maintenir la liberté de la presse à travers ce dédale ? S'ils peinent à trouver du boulot, qu'ils deviennent journalistes indépendants, les nouveaux journalistes tireront-ils leur épingle du jeu ? Cet ouvrage s'adresse aux journalistes indépendants, pigistes ou blogueurs ou aux équipes qui songent à créer un nouveau média. Il leur apportera ce temps essentiel de réflexion pour mieux saisir les enjeux de la profession et relever leurs manches, à l'heure de la communication planétaire, des algorithmes et des inquiétudes sur l'avenir de la profession.