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Le jeu du monde
Axelos Kostas
ENCRE MARINE
45,00 €
Épuisé
EAN :9782350881416
Le jeu du monde se joue à travers les grandes puissances qui relient l'homme au monde - mythes et religion, poésie et art, politique, philosophie, sciences et techniques -, elles-mêmes, mises en mouvement par les forces élémentaires : le langage et la pensée, le travail et la lutte, l'amour et la mort, ainsi que le jeu de l'homme qui est joueur, jouet et déjoué. Le jeu "est" le jeu de l'être en devenir de la totalité fragmentaire et fragmentée du monde multidimensionnel et ouvert, il se déploie comme Dieu-problème, monde cosmique, homme dans le monde, histoire mondiale, être-néant, tout-rien, monde-immonde. Le jeu du monde contient et dépasse - en tant qu'horizon sans fond - tout jeu dans le monde, il broie et embrasse tous les jeux et toutes les règles, toutes les transgressions et tous les calculs, toutes les significations et toutes les interprétations, toutes les vérités - figures triomphales de l'errance. Jeu du temps, il supporte toutes les lectures massives ou cassées qui en sont données, mêmes celles qui l'occultent, et il révolutionne toutes les appellations. "Il" semble exiger pour être dit une pensée questionnante et planétaire, un langage à la fois encyclopédique et aphoristique, une écriture systématique et fragmentaire.
C'est dans l'entretien, paraît-il, que le travail de la pensée s'éclaircit et se précise" constatait Kostas Axelos dans sa préface d'un petit recueil d'entretiens méditatifs aux débuts des années soixante-dix. Les entretiens publiées ici correspondent à des moments divers et espacés de la vie du penseur et de son cheminement. Déjà publiés parus dans des recueils, des revues et des journaux, en français ou en grec, ces entretiens offrent au lecteur - même au moins avisé - la possibilité d'une rencontre plus aisée avec cette pensée planétaire de l'errance et du jeu du monde.
Un questionnement radical ne peut conduire qu'à des réponses énigmatiques. Celles-ci tentent d'élucider aussi bien l'énigme de la question que celle de la réponse - intimement liées -, en interrogeant également le destin de la philosophie. La catastrophe qui ne plane pas seulement mais nous concerne décisivement est à affronter avec amicalité et, en même temps, nous devons scruter la ruse incisive qui se joue de nous et déjoue nos plans. Sensibles aux failles partout présentes, nous avons comme tâche d'effectuer une percée. Pour énigmatiques qu'elles soient, ces pensées n'en constituent pas moins des réponses.
Présentation de l'éditeur Paru pour la première fois en 1969, le livre de Kostas Axelos, Marx penseur de la technique, constitue sa thèse de doctorat qui avait provoqué par son originalité de vives discussions lorsqu'elle fut soutenue (1959) à la Sorbonne.Aujourd'hui, plus d'un demi-siècle après, la pensée de Karl Marx devenue après lui marxisme, méthode et doctrine, théorie et pratique officiellement systématisées, essor d un système politique et d un monde pourtant effondrés exige davantage cette « autre » lecture : la lecture incisive et originale que lui avait fait le jeune Axelos ayant distingué dans l oeuvre de Marx (en dehors de ses interprétations doctrinales et de toute manipulation idéologique) une pensée plus qu actuelle qui part de l homme et du développement technologique des forces productives qui constituent la base réelle de tout développement de l humanité.« Marx est avant tout un technicien de l analyse de l aliénation accompagnant l essor de la technique. [...] La technique, constituant le secret de l époque moderne et prenant des aspects divers, est aussi à l oeuvre dans l oeuvre de Marx, et l effort marxien ne vise qu un déploiement désaliéné et total de la puissance de la technique ». La question de la pensée et de la réalité, de la conscience et du monde ne surgit-elle pas constamment jadis et toujours ? Il y a plein de questions qui se posent et que l écrivain n hésite pas à affronter. Par-delà Marx et le marxisme, l approche qu en fait Kostas Axelos et qui nous apparaît vraiment très actuelle, vise une meilleure compréhension de la technique mondiale. La promotion de cette nouvelle pensée, ouverte et multidimensionnelle, planétaire, questionnante et énigmatique, Kostas Axelos l avait sans cesse développée jusqu à la fin de ses jours.
Dans tous les pays du monde, lorsque le vigneron élève son vin dans une barrique, la porosité du bois qui en constitue les parois laisse s'évaporer une partie des liquides dans une proportion que l'on ne saurait négliger. On appelle cette évaporation: "la part des anges". Jour après jour, le paysan compense cette part des anges en ajoutant du vin. On appelle cette compensation: l'"ouillage". La plupart des grands vins qui réjouissent nos coeurs sont nés dans ces conditions. Une institution de soin, médico-sociale ou d'éducation, c'est un être vivant comme l'est aussi un vin. Ici les anges sont les rêves, et si les institutions écartent cette part du rêve, cette part offerte au rêve, elles s'étiolent, se referment, et ne produisent plus les effets escomptés. Ce rêve, c'est la régulation qui le fournit ou plutôt qui l'entretient. Si aucun régulateur ne vient plus accomplir cet ouillage dans le tonneau institutionnel, alors la pratique s'évente, s'aigrit, et finalement se mue en vinaigre. Pour vivre, une institution a besoin de cette part du rêve qui semble être une perte de prime abord; mais cette perte est indispensable, à l'instar des vins les plus précieux, pour lui assurer structure et qualité. Cette perte est en définitive un gain. Voilà l'état d'esprit qui m'a guidé pour écrire ce livre. J'ai voulu analyser les rouages de ce que l'on appelle régulation, supervision, ou encore analyse des pratiques selon deux points de vue différents: rendre compte d'une pratique d'une part, sans toutefois tomber dans la banalité du simple témoignage; et proposer des supports théoriques pour en éclairer les bases, pour tenter d'écrire les prémisses d'une théorie de la régulation.
Au début du XIXe siècle, l'Europe découvrit le bouddhisme, et bientôt les textes bouddhistes parurent mériter l'attention des philosophes, lesquels écrivirent et épiloguèrent sur le chemin bouddhique et son but ultime: le "nirvâna". Mais comme ils échouèrent à s'en faire une idée positive - car le "nirvâna" suppose l'expérience "sui generis" de la vie allégée de toute souffrance -, ils l'interprètent comme néant. Le bouddhisme était un nihilisme. Ainsi le voient Hegel, Cousin, Renan, Schopenhauer, Gobineau, et Nietzsche avec eux. Mais tandis que les uns (les chrétiens) s'offusquent d'une sagesse d'anéantissement, que d'autres, tel Schopenhauer, y voient avec faveur la confirmation de leur pessimisme, Nietzsche lui oppose une sagesse néo-païenne, dite "tragique". Si "tout est souffrance", comme le veut Bouddha, nier la souffrance, c'est nier la vie: la sagesse tragique implique la "volonté de souffrir", non, certes, que souffrir soit bon en soi, mais, parce que, sans la souffrance, rien de grand ne se fait.
Toute ma philosophie a sa source dans mon coeur" écrit Vauvenargues ; et Auguste Comte affirme "la prépondérance du coeur sur l'esprit" et entend instaurer le "règne du coeur". De là, ces Conversations avec Vauvenargues, Auguste Comte et d'autres auteurs, autour de la notion de coeur - comme ce qui dans l'homme est le plus sensible à autrui, à sa peine, à sa souffrance - et autour de tous les sentiments ou vertus qui ont leur racine dans le coeur, telles que la fidélité, la gratitude, la ferveur, la pitié, la générosité, l'admiration, mais aussi et surtout l'amitié et l'amour.
Pour les philosophies théologisées, mixtes de religion et de philosophie, que sont les philosophies modernes, telles celles de Descartes, de Kant, de Hegel, et à l'exception de celle de Montaigne, l'aléatoire ne saurait être au coeur de la réalité puisque, pour l'être transcendant et omniconnaissant, Dieu, tout ce qui arrive et arrivera est de toute éternité, comme déjà arrivé. Si, au contraire, l'on revient à la philosophie libérée de la religion, c'est-à-dire à la manière grecque de philosopher, on est amené à ne pas limiter le champ de l'aléatoire à la zone humaine: on le voit au coeur de la réalité, c'est-à-dire au coeur des mondes innombrables qui s'inscrivent au sein de la Nature infinie elle-même, omnigénératrice et qui, comme le poète improvisant à mesure, avance dans l'incertain.