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Marx et le fétichisme. Le marxisme comme théorie critique
Artous Antoine
SYLLEPSE
21,00 €
Épuisé
EAN :9782849500729
La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises. L'analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches." En cette époque de marchandisation du monde et des activités humaines, toute l'actualité de Marx tient sans doute dans ces deux phrases qui ouvrent son ?uvre majeure: Le Capital. Tout se passe comme s'il était naturel que les produits du travail se présentent sous la forme de marchandises possédant une valeur. Or, justement, Marx entend montrer que ce n'est pas une forme naturelle des produits du travail, mais une forme sociale particulière, générée par la production capitaliste. Le fétichisme de la marchandise laisse croire que les produits du travail ont naturellement de la valeur. Le fétichisme de l'organisation capitaliste de la production laisse croire que le capital a naturellement de la productivité. Marx, lui, déconstruit ces évidences sociales pour montrer qu'elles sont le produit de rapports de production particuliers. Voilà pourquoi Le Capital porte comme sous titre " Critique de l'économie politique". Loin de s'en tenir à une simple analyse dite économique, Marx entreprend une analyse critique des rapports sociaux capitalistes et des formes de socialisation des individus qu'ils structurent. C'est cette dimension de son analyse que veut restituer l'auteur. Il ne s'agit pas ici de se livrer à une exégèse détaillée du Capital, mais de traiter de l'intérêt toujours actuel de cette approche comme des problèmes auxquels elle s'est heurtée. Si la tradition marxiste l'a souvent occulté, il a existé un " marxisme critique" mettant au centre l'analyse marxienne de fétichisme. C'est avec ce marxisme-là que l'auteur entend dialoguer, mais aussi avec des auteurs, " non marxistes ", comme Max Weber ou Michel Foucault.
La mondialisation capitaliste met à mal les territoires politiques et " réféodalise" l'espace public. L'ordre libéral porté par la marchandisation promeut la "gouvernance" et les figures de l'égalité citoyenne et de la souveraineté populaire s'estompent. Une politique d'émancipation doit inventer de nouveaux territoires politiques et mettre en avant un universalisme démocratique qui s'oppose au retour du sacré et des ethnies. Pour en parler, Antoine Artous a choisi de revenir sur des débats qui se sont amorcés dans les années 1980 pour se poursuivre jusqu'à nos jours. Ils concernent la logique de la démocratie moderne, analysée, par exemple. par Claude Lefort dans sa critique de La question juive de Marx. Il revient aussi sur les rapports entre territoire, citoyenneté et souveraineté populaire. catégories que récuse Antonio Negri. Notre époque a vu se développer un néolibéralisme à la française. bien représenté par Pierre Rosanvallon. qui tourne au néoconservatisme avec Marcel Gauchet. Elle a connu aussi une relance de la pensée démocratique radicale, avec des auteurs comme Étienne Balibar et Jacques Rancière. Le retour sur ces discussions n'est pas académique, il vise à éclairer des problèmes politiques actuels. Il vise également à donner un peu de profondeur historique à la réflexion sur la reformulation d'un projet d'émancipation.
Voici venu un temps de grands bouleversements politiques. En France en témoigne la longue séquence électorale que nous venons de connaître, au sortir de laquelle est né un nouveau paysage politique. L'élection d'Emmanuel Macron s'est accompagnée de multiples changements : effondrement du Parti socialiste, crise de la droite, difficultés du Front national, affirmation de La France Insoumise, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon... S'impose une grande interrogation : Où vont les gauches ? Notre dossier engage la réflexion sur ce sujet sensible et décisif pour l'avenir. Dans ce numéro également, un saut outre-Atlantique pour prolonger cette même réflexion auprès d'autres gauches si peu lointaines, au Venezuela, au Mexique, et plus généralement à propos des populismes latino-américains... Questions d'ici et de là-basse font écho. Enfin, pour boucler un tour du monde, une escapade culturelle dans le Pacifique, avec Jack London.
Artous Antoine ; Solis Gonzales José Luis ; Salama
L'Etat capitaliste n'apparaît pas pour ce qu'il est. Sa nature est voilée. Il apparaît comme "à côté et au-dessus de la société civile" (Marx). Sa nature de classe est voilée parce que son apparente neutralité repose sur le camouflage des mécanismes d'extraction de la plus-value. Marx et Engels partent de la définition abstraite de l'Etat, le "capitaliste collectif en idée", pour appréhender le régime politique, lequel représente la forme concrète d'existence de l'Etat. Le régime politique est distinct de l'Etat, mais est en même temps sa forme d'existence concrète. Il est une manifestation de l'Etat, mais n'est pas l'Etat. Il est le résultat de luttes entre les classes et les fractions de classes, tandis que l'Etat résulte des rapports sociaux de la production capitaliste, il "dérive" du capital pour les Etats du centre et de l'économie mondiale pour ceux de la périphérie. C'est ce qui explique les multiples formes d'existence de l'Etat capitaliste, c'est-à-dire la multiplicité des régimes politiques : monarchie constitutionnelle, république, régime présidentiel, dictature militaire, dictature fasciste, etc. L'Etat est le garant du maintien du mode de production capitaliste, de la pénétration de marchandise dans l'ensemble de la société et de la reproduction sociale. Ses interventions se situent par rapport à ces nécessités. C'est pourquoi, il ne saurait se confondre, sauf rarissimes exceptions, avec le capital individuel. S'il est relativement autonome par rapport aux capitalistes et aux différentes classes sociales, il ne l'est pas par rapport au capital dans sa totalité, c'est-à-dire par rapport au mode de production capitaliste. Les auteurs de cet ouvrage reprennent à bras-le-corps la question de l'Etat, la confrontent aux différentes traditions marxistes et discutent de l'approche dite de la "dérivation", une avancée importante dans l'analyse de l'Etat.
Toute au long des deux siècles passés, les luttes pour l'égalité juridique et politique des individus ont été au coeur des mouvements d'émancipation. Elles se sont très vite élargies aux luttes pour des droits sociaux : droit au travail, à l'éducation, à la santé, au logement... Et en ce début du 21ème siècle, face à la mondialisation libérale, la lutte pour l'égalité des droits, la défense et l'élargissement des droits sociaux sont au centre des exigences des mouvements sociaux et du mouvement altermondialiste. Toutefois, le droit a toujours entretenu un rapport ambigu avec les luttes d'émancipation. En effet, l'énoncé du droit égal par l'Etat moderne masque non seulement les inégalités sociales, mais dissimule l'exploitation capitaliste. Et, lors de toutes les révolutions passées, la référence au droit a été souvent un argument des partisans du statu quo. C'est au nom des "droits de l'homme" que l'Occident a mené des entreprises coloniales et ses guerres impériales. Et c'est en référence à une société civile auto-régulée par le marché et le droit contractuel que se même aujourd'hui l'offensive néolibérale. Le Medef veut remplacer la loi par le contrat. La société civile est présentée comme une simple juxtaposition d'individus privés qui usent du droit pour défendre leurs intérêts privés et entrer en relation entre eux. La juridisation de la vie publique traduit un affaiblissement du lien politique et le dit "Etat de droit" se construit au détriment d'une démocratie citoyenne. Ce sont ces problèmes qu'aborde cet ouvrage. En partant de la situation actuelle, Didier Hanne ("Le droit : lutter contre ? Lutter pour ? Lutter avec ?") souligne l'importance des luttes sur le terrain de droit dans une perspective d'émancipation sociale.
L'année 2015 marquera l'histoire de la Grèce, de l'Europe et de la gauche. Ce livre constitue un guide pour les lecteurs et les lectrices qui ne se contentent pas de la narration dominante présentée par les grands médias et les créanciers, qui ne se satisfont pas non plus de la version donnée par Yanis Varoufakis, l'ex-ministre des finances du premier gouvernement Syriza, dans son livre Conversations entre adultes et adapté au cinéma par Costa-Gavras. Il est essentiel de prendre le temps d'analyser la politique mise en oeuvre par Yanis Varoufakis et le gouvernement d'Alexis Tsipras car, pour la première fois au 21e siècle, un parti de gauche radicale a été élu en Europe pour former un gouvernement. Comprendre les échecs et tirer les leçons de la manière dont ce gouvernement a affronté les problèmes qu'il a rencontrés sont de la plus haute importance si on veut éviter un nouveau fiasco. Eric Toussaint, qui a coordonné les travaux de la Commission d'audit de la dette mise en place par la présidente du Parlement grec en 2015, a vécu de près les évènements qui ont secoué l'Europe cette année-là, il en maîtrise les tenants et les aboutissants. Comme l'écrit l'historien britannique Adam Tooze, auteur de Crashed : " Que l'on sympathise ou non avec l'orientation qui y est défendue, le livre de Toussaint permet à tout un chacun d'approfondir la compréhension de la scène politique grecque dans laquelle Varoufakis et Tsipras ont opéré. " Un objectif majeur du livre est de montrer qu'à chaque étape cruciale du chemin de croix qui va de février à juillet 2015, il y avait la possibilité d'opter pour une alternative. Les mesures qu'il aurait fallu mettre en pratique et les initiatives qu'il était possible de prendre sont bien identifiées et clairement argumentées. Elles dépassent le cadre national et alimentent la réflexion stratégique sur les batailles politiques pour l'émancipation sociale. L'auteur démontre de manière convaincante qu'une victoire était possible et que ce qui s'est passé n'était pas inéluctable.
Que peut-il bien y avoir de commun entre Mai 68 et le mouvement des Gilets jaunes ? Cinquante ans après, l'"événement" parle encore, et les objectifs portés par les mouvements de contestation trouvent un écho avec les Gilets jaunes ? : les salaires, la reconnaissance sociale, la démocratie. La recherche d'une démocratie active, réelle et à tous les échelons de la société trace un fil entre les deux moments. Ce livre propose de retisser une analyse replaçant le mouvement des Gilets jaunes dans la longue chaîne de mouvements populaires porteurs d'aspirations démocratiques radicales qui se sont manifestés à l'échelle internationale depuis les années 1960. De longue date, la protestation sociale est porteuse des préoccupations écologiques, de la demande de transformation radicale du travail, d'une volonté d'organisation démocratique et collective des entreprises et des services publics, ainsi que d'une démocratie sous le contrôle direct du plus grand nombre pour développer ce qui peut et doit être commun. Ce que disent les mouvements populaires et les contestations radicales compose une sorte de projet, un espoir autant qu'un programme qui reste à écrire ? : Mai 68 est un arbre de la liberté comme le furent ceux plantés en 1793 en France. Pour renouer ce fil, l'auteur étudie avec précision ce qui s'est passé, dans les entreprises, les services, les villes et les universités, ce qu'ont fait les divers partis et organisations afin de tenter d'élucider pourquoi il s'agissait alors d'une "révolution sans révolution". Un livre qui permet de comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle qui appelle à reconstruire un espoir en confrontant ces réflexions aux questions posées par les Gilets jaunes.
Du mur que le président Donald Trump entend ériger à la frontière avec le Mexique au mur de séparation édifié par Israël dans le cadre de son projet colonial en passant par Frontex et les multiples murs de l'Europe forteresse, tout indique que nous assistons à ce que l'auteur appelle le "nouveau cloisonnement du monde". Ces "murs" érigés le long des frontières internationales représentent aujourd'hui plus de 10% du linéaire mondial de frontières. Ces murs sont la partie émergée de systèmes de surveillance et de contrôle plus vastes. On trouve aujourd'hui ces dispositifs sur tous les continents. S'ils sont généralement justifiés par la lutte contre les trafics et le terrorisme, la plupart sont en fait des barrières anti-migrants et ont pour objectif de limiter ou contraindre la mobilité des êtres humains. Les frontières contemporaines tendent ainsi à devenir de nouveaux "rideaux de fer" : des "frontières de fer". Comment, à la vision "ouverte" et positive des frontières, qui culmina avec la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, a succédé une ère de soupçon, de peur et de violences symbolisée par la multiplication de ces "murs" ? Au bout du compte, c'est la question du rôle et de l'impact de ces installations qui sera au coeur de cet ouvrage. Des expérimentations de l'époque coloniale à la création néolibérale d'un vaste marché de la sécurité, l'auteur souligne l'augmentation des décès liée au contournement de ces dispositifs, le coût en vies humaines de ce monde muré. Les nombreuses cartes qui enrichissent cet ouvrage en font un véritable guide pour comprendre cette nouvelle segmentation de la planète.
Concluant sa somme sur le premier âge du capitalisme, Alain Bihr explore dans les deux volumes du troisième tome la constitution d'un premier monde capitaliste. Sont ainsi examinées en premier lieu les différentes formations d'Europe occidentale qui ont été, tour à tour, motrices de l'expansion outre-mer. Les avantages respectifs dont ces formations en ont tiré parti renvoient à leurs relations conflictuelles et aux rapports de force entre les ordres et classes qui les constituent. La Grande-Bretagne, s'appuyant sur les Provinces-Unies et les acquis de sa révolution bourgeoise, finit par en sortir victorieuse, au détriment de la France. Sont ensuite mis en relief le statut semi-périphérique et la forte hétérogénéité des formations d'Europe baltique, centrale, orientale et méditerranéenne. Toutefois, certaines d'entre elles (la Savoie, la Prusse, la Russie) pourront réunir des conditions leur permettant, par la suite, de jouer dans la "cour des grands". L'ouvrage examine enfin les principales formations sociales marginales, affectées par l'expansion européenne mais encore capables d'y résister et de se développer selon leur logique propre. Ce qui explique à la fois pourquoi le capitalisme n'a pas pu naître dans la Chine des Ming et des Qing, en dépit d'atouts évidents, et pourquoi, en se fermant, le Japon féodal a au contraire préparé les conditions de son rapide rattrapage capitaliste à l'époque Meiji.