Si Hannah Arendt (1906-1975) est connue et reconnue aujourd'hui comme l'une des grandes figures de la philosophie et de la pensée politique contemporaine, on la perçoit sans doute moins comme une épistolière. Après avoir pu découvrir sa correspondance avec Karl Jaspers, le public français a désormais accès à ses lettres échangées avec Kurt Blumenfeld (1884-1963), grande figure du sionisme et à qui Hannah Arendt dédia son essai Sur l'antisémitisme. Dans ces lettres s'exprime d'abord une amitié toute gratuite, ce bonheur du partage des idées et du quotidien. Même si l'exil, le déracinement, touche les deux correspondants, l'une résidant aux Etats-Unis, l'autre parti en Israël, le respect et la distance n'entament pas une forte affection réciproque. Et d'un point de vue plus intellectuel, cette correspondance est l'occasion de prolonger la réflexion sur l'antisémitisme et le sionisme, ouverte par le premier tome des Origines du totalitarisme. Une belle leçon de dialogue et de reconnaissance.
Peu de penseurs se sont attaqués aux horreurs et aux complexités du XXe siècle avec la perspicacité et l'intégrité intellectuelle de Hannah Arendt. Philosophe défendant la liberté de l'homme, elle a été parmi les premiers à faire un parallèle entre le nazisme et le bolchevisme et à identifier les totalitarismes comme une menace du monde moderne. Les textes publiés ici, rassemblés par Jerome Kohn, qui fut son assistant, sont - à part un essai sur la nature du totalitarisme et celui sur Kafka publié dans une autre traduction - inédits : écrits d'avant-guerre (sur Kierkegaard, von Gentz, Manheim), essais sur la philosophie de l'existence, sur l'existentialisme français, sur l'anti-stalinisme américain ou sur l'intérêt pour la politique dans la pensée philosophique, ils témoignent de la réflexion que, toute sa vie, Hannah Arendt a menée sur la question du politique, de la modernité et de la condition humaine. En récusant la position traditionnelle de la philosophie, elle a tenté de comprendre les totalitarismes et de proposer une élucidation de l'être-politique humain.
L'homme se tient sur une brèche, dans l'intervalle entre le passé révolu et l'avenir infigurable. Il ne peut s'y tenir que dans la mesure où il pense, brisant ainsi, par sa résistance aux forces du passé infini et du futur infini, le flux du temps indifférent. Chaque génération nouvelle, chaque homme nouveau doit redécouvrir laborieusement l'activité de pensée. Longtemps, pour ce faire, on put recourir à la tradition. Or nous vivons, à l'âge moderne, l'usure de la tradition, la crise de la culture. Il ne s'agit pas de renouer le fil rompu de la tradition, ni d'inventer quelque succédané ultra-moderne, mais de savoir s'exercer à penser pour se mouvoir dans la brèche. Hannah Arendt, à travers ces essais d'interprétation critique - notamment de la tradition et des concepts modernes d'histoire, d'autorité et de liberté, des rapports entre vérité et politique, de la crise de l'éducation entend nous aider à savoir comment penser en notre siècle.
Trois conférences inédites de Hannah Arendt constituent le présent recueil, qui se situe dans le sillage immédiat de son ouvrage majeur, Origines du totalitarisme (1951), qu'il contribue à éclairer et à prolonger. Deux articles de 1953, " Compréhension et politique " et " Religion et politique ", développent une analyse plus fine du phénomène totalitaire - le second texte, peu connu en France, récuse la représentation du communisme comme " religion séculière ". Le texte central, inédit en français comme en anglais, " La nature du totalitarisme ", est la matière des conférences que Hannah Arendt donna en 1954 à la New School for Social Research. L'auteur prolonge, d'un point de vue philosophique, les réflexions du système totalitaire, et poursuit l'analyse de la terreur et du caractère singulier du totalitarisme. Ce livre rassemble aussi des textes antérieurs : le " Projet de recherche sur les camps de concentration ", un synopsis des Origines du totalitarisme et le plan de cet ouvrage tel que l'auteur le concevait en 1946. La préface de M.I. de Launay a pour double objet de retrace la réception originale de l'?uvre de Hannah Arendt en France et d'analyser l'importance comme les limites de la conception arendtienne du totalitarisme, en la situant au sein d'une problématique désormais générale.
Les histoires thérapeutiques s'avèrent d'une grande efficacité quand elles sont utilisées judicieusement par des thérapeutes confirmés en hypnose éricksonienne. Evelyne Josse dévoile ici les rouages de cette technique qui s'applique dans le traitement des syndromes psychosomatiques graves : aux patients meurtris par des viols, attentats ou violences, deuils, accidents ou encore catastrophes naturelles. Une présentation théorique éclaire l'usage des conditions d'application, le recours à l'imaginaire, aux images, aux subtilités des métaphores ou des allégories. Huit histoires successives illustrent la démarche thérapeutique. Très évocatrices, contées avec brio, elles sont suivies chacune par l'analyse pertinente du processus ; laquelle permet à son tour de bénéficier de cet enseignement dans la démarche de soins et de guérison psychique.
Résumé : Il segreto dell'infanzia, publié en 1936 et connu en France sous le titre L'Enfant, est la meilleure introduction à l'oeuvre de la pédagogue italienne. Dans un style clair et concis, il expose les principes et les méthodes d'une éducation fondée tout entière sur le respect de la personnalité et des rythmes de l'enfant. Ce projet ne cesse, depuis près d'un siècle, d'inspirer théoriciens et praticiens de la pédagogie. Jusqu'ici, la traduction française ne proposait que les deux premières parties de la version originale, dans lesquels manquaient déjà 6 chapitres, avec plusieurs suppressions et des déplacements de textes. La troisième partie, constituée de sept chapitres, avait été omise. Cette nouvelle édition propose donc le texte dans son intégralité et dans l'exacte présentation initiale, avec plusieurs préfaces historiques. Traduction de Charlotte Poussin, éducatrice Montessori diplômée de l'AMI, membre du Conseil de l'Association Montessori France, et auteur de plusieurs ouvrages de référence autour de la pédagogie Montessori.
Résumé : A l'heure où les guides pratiques sur la méthode Montessori se multiplient, voici celui que Maria Montessori a elle-même conçu pour "entrer dans les familles", écrit en espagnol en 1939 (étayant une première version de 1914 en anglais). Inédite en français, cette version historique a néanmoins gardé toute son actualité. Dans ce manuel, Maria Montessori présente concrètement le matériel et l'environnement de sa méthode, mais aussi la philosophie de sa pédagogie en rappelant son objectif final : servir la Paix. Elle insistait en effet sur le fait que l'éducation était la meilleure arme pour la Paix, et qu'il fallait, pour l'atteindre, considérer l'enfant comme le guide de son éducation. Qui mieux que lui-même sait ce qui est bon pour son propre développement ? Originalité de ce manuel : il est le seul illustré par des photos personnelles de Maria Montessori. La traductrice s'est efforcée de reproduire en couleur ces photos soigneusement choisies. La mise en parallèle des clichés historiques en noir et blanc et des photos contemporaines montre bien qu'en dépit du siècle qui s'est écoulé depuis l'ouverture de la première "Maison des Enfants", et malgré toutes les évolutions de la méthode qui n'est ni figée ni passéiste, l'essentiel est resté identique.
Liens transgénérationnels, secrets de famille, syndrome d'anniversaire, transmissions des traumatismes et pratique du génosociogramme.Anne Ancelin Schützenberger livre dans cet ouvrage, à travers son analyse clinique et sa pratique professionnelle de près d'une vingtaine d'années, une «thérapie transgénérationnelle psychogénéalogique contextuelle».En langage courant, ceci signifie que nous sommes un maillon dans la chaîne des générations et que nous avons parfois, curieusement, à «payer les dettes» du passé de nos aïeux. C'est une sorte de «loyauté invisible» qui nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou pas, des situations agréables ou des événements douloureux. Nous sommes moins libres que nous le croyons, mais nous avons la possibilité de reconquérir notre liberté et de sortir du destin répétitif de notre histoire, en comprenant les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille.Ce livre passionnant et truffé d'exemples s'inscrit parmi les toutes récentes recherches en psychothérapie intégrative. Il met particulièrement en évidence les liens transgénérationnels, le syndrome d'anniversaire, le non-dit-secret et sa transformation en un «impensé dévastateur».Anne Ancelin Schützenberger, psychothérapeute, groupe-analyste et psychodramatiste de renommée internationale, est professeur émérite des Universités et a été directeur pendant une vingtaine d'années du Laboratoire de psychologie sociale et clinique de l'Université de Nice. Elle a publié Le Psychodrame, Psychogénéalogie, Le plaisir de vivre, Sortir du deuil, chez Payot, et Vouloir guérir chez Desclée de Brouwer.