Cet ouvrage est consacré à l'un des problèmes les plus féconds de l'histoire de la philosophie: la manière dont la pensée de Spinoza se réfracte dans celle de Leibniz. La question, qui est depuis trois cents ans un objet de discussion, continue toujours de nourrir de vifs débats et à stimuler l'imagination des romanciers. La rencontre leibnizienne avec Spinoza est à la fois caractéristique et originale dans les archives de l'histoire intellectuelle. Caractéristique, parce qu'elle est emblématique de la façon dont un système de pensée peut en refuser un autre tout en consacrant beaucoup de soin à l'étudier, à tel point que les lecteurs se demanderont parfois s'il n'a pas malgré lui emprunté à cette doctrine qu'il a tellement fréquentée pour la réfuter. Original, parce que dans le cas de Leibniz et Spinoza, l'opposition comme le rapprochement supposent un troisième terme, le cartésianisme, dont chacun peut se réclamer en partie mais en partie seulement - la confrontation s'effectuant alors dans un jeu triangulaire qui se compliquera encore dans les références croisées des disciples et des adversaires. A cela se rajoute une longue histoire de la réception où l'étude de Leibniz et de Spinoza a souvent servi de champ de bataille pour des débats contemporains. Les quinze nouvelles contributions ici rassemblées enrichissent ce long débat par la prise en compte des avancées les plus récentes en matière d'édition et de commentaire.
Ce numéro comporte deux volets : un volet d'histoire de la philosophie moderne, avec deux études respectivement consacrées aux philosophies politiques de Rousseau et de Kant (J. Lenne-Cornuez, F. Rimoux), une discussion par Laurent Jaffro des importants travaux de Philippe Hamou sur Locke, et une nouvelle livraison de la Chronique de philosophie moderne. A ce premier volet s'ajoute un dossier consacré à la figure de Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe artiste (E. Fiat), intellectuel à la fois engagé et libre (R. Bruyeron), mais aussi et d'abord, d'un seul mouvement, moraliste et métaphysicien (P. -A. Gutkin-Guinfolleau). Originale et difficile, la métaphysique de Jankélévitch inscrit son auteur dans la lignée du spiritualisme français (G. Lurson), mais aussi de l'idéalisme schellingien et, plus lointainement, du néoplatonisme (F. Berland).
Résumé : La valeur des émotions ? c'est-à-dire aussi la nature des relations entre nos émotions et les valeurs de tous ordres que nous associons aux objets de notre expérience ? est l'une des grandes questions aujourd'hui débattues en philosophie de l'esprit et en philosophie morale. Ce numéro propose sur ce sujet un dossier dirigé et présenté par deux spécialistes reconnus, J. Deonna et F. Teroni. Nos émotions correspondent-elles à des " sentiments de valeur " (C. Boisserie-Lacroix) ? Ont-elles une valeur " prudentielle " spécifique (R. Keller, M. Ombrato) ? Quelle est l'utilité des émotions dites " négatives ", peur, horreur, tristesse, etc., et pourquoi prend-on goût aux fictions qui les suscitent (M. Cappelli) ? L'amour est-il fondé sur des raisons (E. Kroeker) ? Quel rôle la mystique de l'âge classique a-t-elle réservé aux émotions (L. Simonetta) ? Telles sont quelques-unes des questions abordées. Les interrogations contemporaines en philosophie morale se retrouvent dans deux articles, l'un discutant le minimalisme moral de Ruwen Ogien (G. Lefftz), l'autre le statut normatif des directives anticipées pour la fin de vie (C. Etchegaray). Le numéro est complété par la recension d'un important ouvrage sur Rudolf Carnap ainsi que par une nouvelle livraison de la Chronique de métaphysique et de philosophie de la connaissance.
Le premier 19e siècle, dans l'immédiat héritage, problématique, de la Révolution française, est un moment décisif où se reconfigurent les rapports de la littérature et de la morale. Préparée en cela par le rationalisme des Lumières, la Révolution a mis à bas un système social et moral hiérarchisé ; désormais l'individu, promu sujet raisonnable et responsable, se voit imposer de redéfinir son identité, sa place et sa fonction. L'ouvrage se propose de brosser un panorama de la reconfiguration de la question morale dans cette période charnière, particulièrement riche et complexe.
Tabeaud Martine ; Browaeys Xavier ; des Gachons An
Des centaines d'aquarelles. Un seul et même motif : le ciel de la Champagne. André des Gachons (1871-1951), artiste peintre, météorologue bénévole, a saisi presque chaque jour, pendant près de quarante ans, des instantanés du paysage céleste. Il les a associés à des relevés météorologiques. A l'état de l'air, il a ajouté un tableau du ciel, dont les couleurs et les formes changeantes devaient permettre de prévoir le temps du lendemain. Au temps de la Grande Guerre, ces oeuvres sont des documents de premier ordre, lorsqu'on les met en regard des témoignages des soldats et des officiers, qui étaient dans la boue des tranchées, les nacelles des ballons, à bord des avions ou derrière les canons. La "météo" était l'une de leurs préoccupations quotidiennes. Chaque jour, André des Gachons a donné des couleurs au temps. Il nous a laissé des ciels de Champagne qui entrent ainsi dans l'histoire de la guerre 1914-1918.
Alors que l'Amérique s'interroge sur l'héritage de la révolution fondatrice, et doit faire face à de grandes questions telles que l'expansion territoriale vers l'Ouest, l'industrialisation naissante, l'afflux massif d'immigrants ou encore la question de l'esclavage, les Américains manifestent un vif intérêt pour les deux révolutions qui secouent la France en 1830 et 1848. Ces événements font l'objet de multiples célébrations officielles et populaires aux Etats-Unis et donnent lieu à des débats passionnés dans la presse américaine, au Congrès et dans les milieux contestataires tels que les premiers mouvements ouvriers, les abolitionnistes ou encore le féminisme naissant. L'approche transnationale de Yohanna Alimi-Levy se démarque de l'historiographie traditionnelle et invite à penser autrement la démocratie américaine en soulignant la circulation d'idées entre les deux rives de l'Atlantique.
Le progrès technique est-il issu du seul esprit de scientifiques, ou le résultat d'un encouragement politique ? La "révolution scientifique" à l'oeuvre entre le XVIe et le XVIIIe siècle donne lieu à un foisonnement sans précédent d'innovations scientifiques et techniques, mettant en scène un fructueux dialogue entre science(s) et pouvoir(s). L'ouvrage propose des mises au point historiographiques sur des thèmes encore peu explorés : débats autour de l'attraction magnétique, naissance de la médecine du travail, intervention royale dans la recherche d'une méthode de calcul des longitudes, ingénierie des aménagements portuaires...