A partir de la fin du XIVe siècle, des mouvements de réforme ont traversé presque tous les ordres religieux au nom d'une plus grande observance de leurs règles. Des hommes et des femmes se revendiquant de cette volonté réformatrice se sont investis dans une pastorale conquérante ou un enseignement adapté à des publics ciblés, usant de la parole et de l'image de façon souvent novatrice, écrivant des traités et des lettres, conseillant les puissants. Face aux crises de l'Eglise romaine, aux profondes mutations sociales et aux attentes des fidèles, ils prônaient l'obéissance et des normes de comportement plus strictes à l'intérieur comme à l'extérieur des cloitres, témoignant d'une culture partagée dont les influences se sont exercées jusque dans la création artistique. Qu'il se soit agi de piété quotidienne, de morale ou d'économie, peu d'aspects de la bonne vie chrétienne ont été ignorés, en une recherche conjuguée de consensus et de contrôle social. La rançon en fut toutefois lourde, entre lutte contre la déviance et l'hérésie, critiques violentes émanant de clercs ou de laïcs lettrés et germes de violentes ruptures. C'est à une exploration de ce phénomène constituant l'une des clefs de compréhension des sociétés de la Renaissance qu'invite cet ouvrage, fruit des échanges pluridisciplinaires d'une trentaine d'auteurs à l'échelle européenne.
Le livre de Charles de La Roncière, de nouveau rendu disponible avec une préface de l'auteur, envisage, à travers l'exemple de Florence, l'ensemble de l'économie médiévale. Les bases matérielles de la vie du peuple florentin sont étudiées, de la défaite politique des Magnats jusqu'au tumulte des Ciompi. Son analyse des prix croisée avec la reconstitution des salaires réels permet de reconstituer les budgets individuels et familiaux : une famille nombreuse augmente le risque d'indigence des salariés lors des crises frumentaires. Il nous donne ainsi accès aux conditions de vie marquées par les disettes et la Peste Noire, l'emprise urbaine sur les exploitations rurales, les guerres et l'augmentation de la fiscalité. La politique annonaire et l'évolution démographique sont au coeur de l'analyse sur la formation des prix et salaires. Monument de l'histoire économique sérielle mobilisant la finesse de l'analyse sociale, cet ouvrage ne cesse d'inspirer les médiévistes.
Le manuscrit laissé par l'auteur à sa mort a été publié par deux de ses amis les plus proches, dont notamment Paul Veyne qui signe une courte préface pour sa réédition. L'ouvrage de 1981 reste la grande étude générale sur le phénomène de la gladiature dans la Rome ancienne. Les origines, sans doute en Italie du Sud, autour du IVe siècle avant notre ère, à l'apparition à Rome des premiers spectacles liés également aux combats de l'homme contre la bête, l'auteur examine ensuite la condition des gladiateurs, l'économie des spectacles, leur déroulement. Dans une réflexion finale qui a fait date, Georges Ville s'interrogeait sur ce qui avait rendu possible la gladiature et sur ce qui la fait disparaître.
Le déploiement désordonné de la cruauté infernale semble rétif à toute mesure et à toute chronologie. Il s'agit pourtant, dans cet ouvrage, d'historiciser les conceptions et les représentations de l'enfer. Le livre montre que l'importance des représentations infernales ne cesse de s'accentuer au cours de la période étudiée. On ne bascule pas dans le "christianisme de la peur", car l'enfer s'inscrit toujours dans une séquence et le faire peur n'est que le point de départ d'un faire agir. L'image de l'enfer invite à se libérer de la faute qu'elle fait voir, grâce aux moyens de salut offerts par l'Eglise. L'analyse de plusieurs centaines d'oeuvres permet de situer au Camposanto de Pise, dans les fresques de Buonamico Buffalmacco, l'épicentre d'une mutation décisive. S'impose alors un compartimentage des lieux infernaux et une logique pénale prenant pour base principale le septénaire des péchés capitaux. C'est le signe d'une recherche accrue d'efficacité, en rapport étroit avec la pratique de la confession. Dès lors, la figuration de l'enfer est à la fois une incitation à avouer ses fautes et une préparation à l'examen de conscience dont elle anticipe la forme.