Fragilisée par le virus mais responsable de sa propagation par sa supposée désinvolture. Derrière cette image ambivalente de la jeunesse diffusée par les médias depuis le printemps 2020 se cache une réalité ancienne que la crise sanitaire ne fait qu'exacerber : précarité financière, anxiété et mal-être, études bousculées, difficultés d'insertion professionnelle, départ différé du foyer parental. A partir d'enquêtes originales, sociologues, politistes et démographes pointent les inégalités qui ne cessent de se creuser avec les autres générations et au sein même de la jeunesse depuis la crise économique de 2008. En les passant au crible du genre, de la classe sociale, de l'origine ethnoraciale et du territoire, ils pointent une grande hétérogénéité de situations et de positions, notamment vis-à-vis de la crise sanitaire et dans la relation à l'Etat. Leurs résultats font ressortir les multiples facettes d'un âge de la vie que l'allongement de la scolarité a rendu encore plus central dans la construction des identités et l'acquisition des statuts.
Que font les jeunes sur Internet ? Si leur sexualité a toujours un peu inquiété, Internet semble aujourd'hui cristalliser toutes les angoisses à ce sujet : les sondages s'enchaînent pour dénoncer une sexualité toujours plus précoce, un accès incontrôlé à la pornographie, le cyberharcèlement... Pourtant, les réseaux sociaux, sites internet et vidéos sont autant de ressources pour les jeunes à la recherche d'informations sur la santé et la sexualité. Mais mesure-t-on la diversité de ce qu'ils expérimentent ? En quoi ces pratiques influent-elles sur leur vie, à un âge de découverte de la sexualité et de construction de son intimité? Deux sociologues ont mené l'enquête auprès de jeunes, filles et garçons, vivant en France ; il en résulte une analyse inattendue des relations que ceux-ci entretiennent avec la sexualité. A contre-courant des idées reçues, une réflexion inédite sur les frontières de l'intime à l'heure du numérique.
Parce que la réponse à leurs difficultés ne fait pas l'objet d'une politique coordonnée et d'une organisation fluide de leur prise en charge, les jeunes en situation de vulnérabilité sont le plus souvent perdus dans un millefeuilles de dispositifs. Qu'ils reçoivent des aides financières, qu'ils soient hébergés dans des foyers de jeunes travailleurs, qu'ils aient été placés ou qu'ils rencontrent une situation de vulnérabilité, ils sont dans leur très grande majorité issus des classes populaires les plus précaires. Quels rôles jouent les institutions, les dispositifs qu'elles déploient et les professionnel ·le·s qui les mettent en oeuvre dans la construction des processus d'affiliation de cette jeunesse ? En quoi la multiplication du nombre d'institutions par lesquelles ces jeunes "passent" contribue-t-elle, en retour, à les définir comme des jeunes "vulnérables" ou "en difficulté" ?
Amsellem Mainguy y ; Amsellem-Mainguy Yaëlle ; Bré
Bien qu'elle concerne près de 4 millions de jeunes et plus de 350 000 animateurs et animatrices, l'animation jeunesse reste encore largement méconnue. Reléguée à la périphérie de l'école, associée aux vacances et au temps libre, au jeu et à l'amusement, on l'oppose au sérieux des enjeux pédagogiques scolaires. Empreinte de la nostalgie des souvenirs d'enfance de colo ou de centre aéré, l'animation porte aussi les clichés d'un amateurisme joyeux fait d'encadrants débordés et de structures en manque de moyens... Mais qui sont ces animateurs et animatrices ? Quelles sont leurs missions au quotidien ? Quelle est leur formation ? En mobilisant des travaux des sciences sociales, cet ouvrage donne à voir la diversité de l'animation jeunesse, des contextes, des publics et des métiers. Partie intégrante de l'écosystème éducatif, celle-ci n'est en rien un secteur professionnel marginal et a toute sa place, à côté de l'école et de la famille, à la formation de futur·es citoyen·nes, dans un contexte de crise de la cohésion sociale.
Les acteurs de l'éducation populaire et de l'animation se trouvent en première ligne pour prendre en charge la diversité sociale, les inégalités socioéconomiques ainsi que ce qui relève du spectre des discriminations. Au croisement des réflexions sur les politiques sociales, culturelles et éducatives, ces acteurs sont percutés par les difficultés à dire les discriminations et à lutter contre elles. Pour autant, ils agissent et tentent d'adapter leurs pratiques professionnelles et militantes en posant, aujourd'hui davantage que par le passé, la question des discriminations non pas comme une thématique d'action, mais comme une réflexion sur les pratiques. Qu'est-ce qu'une discrimination ? Comment faire exister un cadre permettant de les interroger ? Peut-on partir des discriminations pour organiser un groupe, pour conduire une action ? Quelle place donner aux publics dans les structures et les projets ? L'ambition de ce numéro est de scruter les manifestations et les effets des tensions et dilemmes, dans les références, l'organisation et les pratiques d'acteurs qui, aujourd'hui, se revendiquent de l'éducation populaire ou en partage les présupposés. Il permettra également d'interroger l'horizon de l'égalité comme élément historique de ce champ en plein questionnement.
Le rejet du Traité constitutionnel européen en 2005 par les peuples français et néerlandais, suivi du "non" irlandais de 2008 et du Brexit de 2016, a plongé l'Union européenne dans une crise grave. II a fait resurgir doutes et incertitudes quant à sa nature institutionnelle, à la répartition des pouvoirs, à la place des citoyens et des opinions et à sa capacité à faire face aux enjeux mondiaux actuels. Comprendre cette crise, et ses répercussions profondes sur la politique des Etats membres, exige d'affronter la complexité de l'Union, sans en exagérer la portée. Ce livre a pour ambition de mettre en évidence la cohérence et l'originalité du régime politique européen. Il analyse la nature de la "fédération d'Etats" et montre comment les conflits de compétence sont résolus en son sein. Il revient sur l'équilibre institutionnel original du "modèle communautaire" et sur les mécanismes de décision qu'il génère. Il se penche sur la "vie politique" qui s'ébauche dans l'Union et s'interroge sur la manière dont cette fédération d'Etats peut devenir pleinement démocratique. Dépassant les dichotomies classiques et posant le compromis comme principe constitutif de la vie politique européenne, cet ouvrage constitue une véritable référence qui permet de mieux saisir les enjeux de l'Union européenne.
Autant que l'appartenance sociale, le parcours scolaire ou la formation, la vie au travail construit l'identité des individus. Il revient à Renaud Sainsaulieu d'avoir mis en lumière, dès les années 1970, l'effet culturel central de l'activité professionnelle, dans un ouvrage qui révolutionna l'école française de sociologie des organisations : L'Identité au travail. Pour éprouver la construction de sa propre identité au travail, Renaud Sainsaulieu vit l'expérience d'ouvrier d'usine, qu'il relate dans ce livre. Il mobilise en suite des protocoles d'analyse plus classiques, mêlant la sociologie et la psychologie, pour distinguer des cultures au travail - négociation, retrait, affinités, fusion. Il démontre ainsi que les organisations sont des lieux d'apprentissage et de définition de soi. Réalisée à une époque charnière de tertiarisation de l'économie, de renouvellement des structures d'encadrement et d'arrivée massive des femmes dans les emplois de bureau, l'analyse se prolonge bien au-delà de l'atelier ouvrier pour montrer, comme l'écrit Norbert Alter dans la préface de cette édition, que l'entreprise constitue "l'un des lieux de socialisation centraux du monde contemporain et de ce fait dispose d'une responsabilité sociale" . La réédition très attendue d'un ouvrage capital qui demeure la base de l'oeuvre d'une vie de chercheur engagé et dont les observations n'ont rien perdu de leur actualité.
Monique Dagnaud est sociologue au CNRS, enseignante à l'EHESS et à l'INA. Sociologue des médias, elle a publié de nombreux ouvrages dont Les Artisans de l'imaginaire, La Teuf, Essai sur le désordre des générations.
La terre prodigue ses ressources et confère la puissance à ceux qui se l'approprient. Les sociétés n'ont eu de cesse de se battre et de mourir pour elle : conquêtes, guerres civiles, autoritarismes, etc. Des fascismes européens aux dictatures latino-américaines, de la révolution chinoise aux guérillas colombiennes, combien de séquences politiques ont eu pour arrière-plan une terre mal distribuée ? Des Etats-Unis de la guerre froide à la Chine et la Russie d'aujourd'hui en passant par les pays du Golfe, combien de pays ont exprimé leur volonté de domination et de sécurité par une emprise foncière ? Des Kurdes aux Tibétains, des Palestiniens aux Ouïgours, combien de peuples ont vu leurs terres se dérober et leur rêve de reconnaissance s'évanouir ? Pierre Blanc réexamine l'histoire contemporaine en plaçant la question foncière au coeur des logiques de pouvoir.