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Cahiers d'études africaines N° 198-199/2000 : 50 ans
Amselle Jean-Loup
EHESS
40,00 €
Épuisé
EAN :9782713222528
L'année 1960, date de la fondation des Cahiers d'Etudes africaines par Georges Balandier, fournit un bon repère pour cadrer l'évolution de l'africanisme jusqu'à son aboutissement actuel. Le continent africain, de même que l'ensemble des pays du Sud, représentait à cette époque un espoir de libération pour la totalité de la planète. Dans ce contexte, les Cahiers offraient une articulation entre engagement politique et pratique scientifique. Etaient privilégiées l'historicité et la contemporanéité des situations africaines résultant essentiellement de la colonisation. Les années 1970-1980 marquent toutefois une inflexion dans le champ des études africanistes, inflexion dont on trouve un écho dans les Cahiers avec de nouveaux thèmes comme l'histoire, les femmes, la santé. La grande nouveauté des années 1990 réside dans l'ouverture des Cahiers au Maghreb et à ce que l'on a désormais coutume de nommer les " diasporas noires des Amériques ". Cet effort de renouvellement et d'ouverture se poursuit au cours des années 2000. Ce numéro triple, dirigé par Jean-Loup Amselle, invite à revenir non seulement sur les enjeux auxquels, depuis cinquante ans, l'africanisme est confronté mais aussi à questionner aujourd'hui notre rapport à l'Afrique. Ce qui a motivé la constitution du champ d'études africanistes, de l'" aire culturelle " africaine, et donc la création du " Centre d'études africaines " ainsi que des Cahiers d'Etudes africaines, soit la perception d'une différence radicale entre l'Europe et l'Afrique, pourrait bien être au contraire l'espace d'un lieu commun. Ne convient-il pas de concevoir l'Afrique comme un miroir ou un analyseur de notre propre modernité, au sens le plus global de ce terme ?
Ce livre, qui procède d'un travail de terrain éclaté, nous promène à travers les capitales de trois pays africains : Bamako au Mali, Le Caire en Egypte et Conakry en Guinée. En cela, il rompt avec l'approche classique de l'anthropologie, qui privilégie le local par rapport au global, et répond au souci de cerner au plus près les contours d'une véritable multinationale culturelle : le N'ko. Fondé en 1949 pour exprimer l'identité d'un peuple opprimé, le peuple mandingue, ce mouvement doit beaucoup à l'Europe et à l'islam - l'alphabet dont il s'est doté évoque ainsi les alphabets latin et arabe, tout en possédant ses caractéristiques propres. A ce titre, le N'ko illustre les "branchements" possibles d'une culture sur une autre, phénomène de dérivations multiples qui montre bien que notre monde globalisé n'est pas une simple juxtaposition d'univers étanches. De la globalisation à l'afrocentrisme, de l'écriture à la philosophie africaine et au génocide, la thématique du branchement permet de décliner les différentes figures qui font de l'Afrique un concept à géométrie variable, un élément essentiel de l'imaginaire planétaire.
L?essai de Jean-Loup Amselle est un livre fort, touffu. Un ouvrage qui, sans mauvais jeu de mots, autorise bien des branchements. Enquête de terrain, réflexion d?un anthropologue sur les fondements de sa science, il dépasse allègrement son cadre intellectuel, pour informer tout autant la réflexion politique que culturelle. Sans doute parce qu?en lui s?affirme une volonté programmatique. En effet, en filant une métaphore nouvelle pour parler des cultures, il ne cherche rien moins qu?à nous aider à construire une vision neuve de l?avenir des différences culturelles à l?époque de la mondialisation. Ce qu?il tente dans cet ouvrage, c?est de nous arracher à l?image d?un monde global qui serait le produit de «mélanges» de cultures, vues chacune comme un univers étanche. Là où, habituellement, la métaphore du métissage maintient dans notre vision des cultures une dimension racialiste, Amselle affirme l?idée radicale d?une co-présence initiale des différentes cultures. Son postulat, c?est l?originelle ouverture à l?autre de toute culture. Il existerait ainsi une interculturalité à l'intérieur de laquelle chaque culture trouverait son domaine de définition. Pas de cultures sans Culture. Amselle ne cesse de dénoncer la situation de guerre larvée entre les cultures dans laquelle nous nous trouvons. Mais combattant avec force l?idée d?une pureté originaire des cultures, il montre aussi en quoi l?universalisme est le moyen privilégié d?expression des différences culturelles. --Joël Jégouzo--
Partant d'enquêtes empiriques, et usant des concepts développés dans les champs historique et anthropologique comme d'une " boîte à outils " théorique, ce numéro témoigne de la vitalité des mémoires dans le présent des sociétés de l'Afrique au sud du Sahara et des Antilles. Les contributions rassemblées éclairent ce que les enjeux qui se nouent autour des pratiques différenciées de la mémoire nous disent des dynamiques sociales et politiques dans les contextes spécifiques où elles se déploient. En raison d'un jeu incessant de va-et-vient entre passe et présent, les mémoires fonctionnent comme des palimpsestes sur lesquels se réécrivent les représentations des nouveaux épisodes du passé sur les traces d'anciens récits à moitié effacés. Au final, des narrations du passé liées à des temporalités différentes se mêlent dans un même espace mémoriel. On constate que, sous la forme d'appels à des mémoires dites détournées, bafouées, méprisées, ou encore effacées, le passé est de plus en plus fréquemment convoqué à des fins de reconnaissance sociale et de demande de réparations, souvent couplées à des tentatives de légitimation politique. Toutefois, des mémoires plus anonymes se transmettent et se reconstruisent aussi dans l'intimité des familles et des collectifs restreints constitués par des réseaux d'acteurs liés par le partage d'une même expérience historique. Qu'elles soient hautement visibles ou qu'elles se transmettent clandestinement, risquant parfois de tomber dans l'oubli, les mémoires postcoloniales collectives restent inséparables des modes de circulation et d'usage du pouvoir dans les espaces sociopolitiques considérés. Ces mémoires politisées sont constituantes des moralités politiques.
Remaud Olivier ; Schaub Jean-Frédéric ; Thireau Is
Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité: aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé: des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.