Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Cahiers d'études africaines N° 193-194 : Tourismes. La quête de soi par la pratique des autres
Amselle Jean-Loup
EHESS
32,00 €
Épuisé
EAN :9782713222078
Depuis les Indépendances, le tourisme en Afrique a été appréhendé par les chercheurs tour à tour comme une forme de néo-colonialisme, un facteur de développement, comme destructeur des sociétés traditionnelles locales, puis comme facteur de paix et de rencontre entre les peuples. La figure néo-coloniale du touriste blanc, riche et puissant, tant décriée par les chercheurs des années 1970, laisse de plus en plus la place à celle du touriste culturel, solidaire ou équitable, en quête de rencontre avec l'autre. La vingtaine de contributions réunies dans ce numéro visent à déplacer la réflexion d'une problématique trop souvent basée sur l'impact du tourisme en Afrique à un questionnement sur les imaginaires touristiques portés sur ce continent, sur la manière dont les acteurs locaux et les autorités publiques participent à leur création, se les approprient ou les contestent. Ce volume met l'accent sur les circulations transnationales, les réseaux, le politique, les enjeux identitaires. Il montre surtout que le touriste n'est plus un simple spectateur. Du Maghreb à l'Afrique du Sud, les auteurs révèlent la dimension participative des pratiques touristiques contemporaines sur le continent.
Ce livre, qui procède d'un travail de terrain éclaté, nous promène à travers les capitales de trois pays africains : Bamako au Mali, Le Caire en Egypte et Conakry en Guinée. En cela, il rompt avec l'approche classique de l'anthropologie, qui privilégie le local par rapport au global, et répond au souci de cerner au plus près les contours d'une véritable multinationale culturelle : le N'ko. Fondé en 1949 pour exprimer l'identité d'un peuple opprimé, le peuple mandingue, ce mouvement doit beaucoup à l'Europe et à l'islam - l'alphabet dont il s'est doté évoque ainsi les alphabets latin et arabe, tout en possédant ses caractéristiques propres. A ce titre, le N'ko illustre les "branchements" possibles d'une culture sur une autre, phénomène de dérivations multiples qui montre bien que notre monde globalisé n'est pas une simple juxtaposition d'univers étanches. De la globalisation à l'afrocentrisme, de l'écriture à la philosophie africaine et au génocide, la thématique du branchement permet de décliner les différentes figures qui font de l'Afrique un concept à géométrie variable, un élément essentiel de l'imaginaire planétaire.
L?essai de Jean-Loup Amselle est un livre fort, touffu. Un ouvrage qui, sans mauvais jeu de mots, autorise bien des branchements. Enquête de terrain, réflexion d?un anthropologue sur les fondements de sa science, il dépasse allègrement son cadre intellectuel, pour informer tout autant la réflexion politique que culturelle. Sans doute parce qu?en lui s?affirme une volonté programmatique. En effet, en filant une métaphore nouvelle pour parler des cultures, il ne cherche rien moins qu?à nous aider à construire une vision neuve de l?avenir des différences culturelles à l?époque de la mondialisation. Ce qu?il tente dans cet ouvrage, c?est de nous arracher à l?image d?un monde global qui serait le produit de «mélanges» de cultures, vues chacune comme un univers étanche. Là où, habituellement, la métaphore du métissage maintient dans notre vision des cultures une dimension racialiste, Amselle affirme l?idée radicale d?une co-présence initiale des différentes cultures. Son postulat, c?est l?originelle ouverture à l?autre de toute culture. Il existerait ainsi une interculturalité à l'intérieur de laquelle chaque culture trouverait son domaine de définition. Pas de cultures sans Culture. Amselle ne cesse de dénoncer la situation de guerre larvée entre les cultures dans laquelle nous nous trouvons. Mais combattant avec force l?idée d?une pureté originaire des cultures, il montre aussi en quoi l?universalisme est le moyen privilégié d?expression des différences culturelles. --Joël Jégouzo--
Georges Guille-Escuret bouscule un des tabous de la civilisation: le cannibalisme. II soumet au crible d'une analyse incisive le regard porté par les sciences sociales sur l'anthropophagie. Entre les récits d'explorateurs, les témoignages de missionnaires et les commentaires de savants, se dessine une épistémologie à double sens, portant sur la confrontation entre la culture des peuples observés et celle des observateurs. Le cannibalisme se révèle une formidable loupe pour observer les antagonismes de pensée autour du rapport nature/culture. Il permet aussi de mettre au jour la dimension historique de l'exotisme. Ce livre, tout en réinsérant le cannibalisme parmi les sujets anthropologiques, prétend combattre efficacement l'ethnocentrisme et le mépris du "sauvage" dans la "civilisation".
L'Homme poursuit l'enquête engagée dans le précédent numéro : quelle est donc cette curieuse chimère à deux têtes qui orne sa couverture depuis sa fondation ? Selon Claude Lévi-Strauss, qui l'a choisie, il s'agirait d'un "dieu Tortue" de la culture pré-colombienne Coclé, en Amérique centrale. Que sait-on de cette culture et de ses productions graphiques ? A quel genre de dieu, et à quel genre de tortue, correspond ce personnage ? Et que dire de la bicéphalité joyeuse et hypnotique qui le caractérise ? Richard G. Cooke et Carlo Severi apportent quelques éclaircissements sur ces questions. Trois "Etudes & Essais" forment le coeur de ce numéro, illustrant une nouvelle fois l'ouverture épistémologique de notre revue. Camille Chamois explore à quelles conditions ethnographiques, philosophiques et psychologiques une théorie perspectiviste peut envisager la multiplicité de points de vue d'êtres différents, humains ou non humains. Abigaël Pesses nous conduit ensuite chez les Karen de Thaïlande et nous présente un curieux motif dessiné sur l'envers d'un plateau de riz, dans lequel toute une cosmologie se voit sobrement condensée afin de guider les morts sur le chemin de l'au-delà. Sophie Blanchy et Haddad Salim Djabir, pour leur part, restituent les échanges cérémoniels qui rythment et organisent les relations entre groupes de descendance sur l'île de Mohéli dans l'archipel des Comores, de même que le processus historique de la préservation de ces usages sous l'influence de riches marchands étrangers. Laurent Berger, enfin, clôt ce numéro par un nouveau commentaire critique du livre de Charles Stépanoff, Voyager dans l'invisible. Techniques chamaniques de l'imagination (La Découverte, 2019), en réexaminant la corréla¬tion entre naissance de la hiérarchie et mode de médiation reli¬gieuse. Il est ainsi question de cosmologies, dans ce numéro, et de la matière cérémonielle et picturale par laquelle une population figure - et donc rend disponible - le monde relationnel qu'elle habite et qu'elle produit.