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Trébuchet
Alechine Ivan
GALILEE
17,00 €
Épuisé
EAN :9782718609225
Le soleil pose un masque sur les choses. L'ombre fait de la résistance. Elle fomente des alliances. Question ombre, je ne plaisante pas lorsque je dis que je devins, un temps, un ombromane fervent. J'ai prétexté dans le goût que j'avais pour la déformation qu'apporte l'ombre aux choses courantes - made in - les règles d'une perspective où ce sont les formes qui sortent de l'ombre. C'est une idée, un simple jeu intellectuel ; de ce point de vue, il y a une mécanique de l'ombre, les ombres mouvantes sont les moules qui produisent les formes. Ce ne serait pas du linge séchant sur un fil que sortirait l'ombre, mais l'inverse. L'ombre d'un linge agité par le vent palpite mollement sur le sol comme un coeur régulier : de l'ombre palpitant mollement sur le sol sort le linge qu'agite le vent. Je jongle avec le centre de gravité de la pensée. J'accepte l'idée artistique d'une pensée éminemment variable en tirant à moi un coin de la nappe d'ombre, en cela je parle du point de vue de la caverne. J'étudie les déformations qui lient la deuxième à la troisième dimension. Plus loin, dans une autre partie, Marcel Duchamp dispose des pièces blanches et je dispose des pièces noires.
Artiste, photographe... Sous le nom Suzy Embo (BE 1936) se cache un témoin privilégié de la scène artistique avant-gardiste de l'après-guerre. "Artiste photographe " et " photographe d'artistes ", Embo vit dans l'amitié de Pierre Alechinsky et l'intimité de Reinhoud d'Haese. Outre son travail personnel, qui l'associe à la Subjektive Fotogra fie, elle réalisera des portraits informels d'artistes de la scène internationale, pris sur le vif ou saisis au coeur de leur processus créatif : Karel Appel, Brassaï, André Breton, Pol Bury, Christian Dotremont, Corneille Hannoset et tant d'autres. Suzy Embo. Foto's / Photos 1953-1980 révèle son oeuvre, tout en nous livrant un témoignage unique sur la période " post-Cobra ".
Alechine Ivan ; Alechinsky Pierre ; Dotremont Chri
A partir de l'Afrique, mes écrits tiennent du journal de bord, du carnet de voyage; tantôt très ancrés dans le vif, à la manière d'un reportage, tantôt détachés du monde des causalités et formant des sortes de ready-made poétiques. Vingt ans après mes vingt ans, le Mexique m'a révélé qu'il n'y a pas de prodige sans quotidien; c'est par la porte de "ce qui est" qu'on atteint "ce qui n'est pas". Je me méfie du complexe de "l'albatros" et du génie virtuel; en attendant, je m'enferme dans les rues avec mes semelles de pneu, je troue les murs à l'encre noire. Ivan Alechine
Nous y sommes, elle craque, cette vieille peau du monde. Elle se dessèche, se desquame. On ne peut plus la toucher. Nous ne pouvons plus nous toucher. Les croûtes et les escarres de la lèpre... Non, Maldoror, tu ne savais pas à quel point serait vérifié ce que tu annonçais. Nous y sommes, nos cancers nous bouffent, nous bouffons des particules, partout on crève de faim et de peur, notre technologie vacille sous ses grands airs transhumains. Nous y sommes sans que personne sache où nous sommes. Nous nous touchons cependant tout en touchant à nos limites. Qu'est-ce que traverser un temps qui n'avance plus ? Quel est ce présent qui nous est fait, privé d'avenir comme de passé ? Il n'y a rien de catastrophiste ni d'apocalyptique à penser que l'existence comme telle peut se trouver exposée, violemment, à sa propre fugacité et finitude ? et même que ce soit là qu'elle prend sa valeur infinie, unique et insubstituable. L'homme passe infiniment l'homme : on peut dire que cette phrase de Pascal a ouvert la saison qui nous vient.
L'étrange parfum des fleurs exotiques, la couleur des balisiers, la poétique de la toponymie, les formes tropicales transformées en forces, le cimetière qui est une plage, la trace sur le sable d'un enfant à venir, le pays natal où l'on n'est pas né, la vie sous l'eau, le regard d'un serpent, l'oeil d'un poisson flûte, la lenteur des animaux marins, les séquences d'une pêche miraculeuse, les lumières de la nuit dans un mouillage, l'ombre de Gauguin, la géométrie cosmique d'un squelette d'oursin, le surgissement d'un cercueil, la secousse d'un tremblement de terre, les temps de l'holothurie ou du colibri, le langage des bateaux, la déesse rousse du volcan, les lumières d'un vaisseau fantôme, la naissance de la nuit, la cérémonie d'une noce païenne, l'énergie du rayon vert, le partage des eaux avec une tortue, la furie d'un combat de coqs, la mélancolie du carnaval : la poésie est toujours autobiographique. Voici l'un de mes journaux.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...