Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Les voleurs de pauvres
Alechine Ivan
DIFFERENCE
15,15 €
Épuisé
EAN :9782729113445
La terre se couvre de parkings, de routes, de béton. Poésie et environnement sont liés : si la terre meurt, l'inspiration aussi. Un premier temps, le narrateur, Iman, pense que la magie mexicaine peut lui venir en aide, revivifier son sentiment poétique, et il se lance à la recherche de Don Juan Matus, " l'Indien solitaire " que l'on rencontre dans les livres de Carlos Castaneda. Mais la réalité est tout autre. En parlant des grottes de la Mazatèque encore inexplorées, Randall, l'un des interlocuteurs d'Iman, lui dit : " chaque fois qu'on en découvre une, on superpose nos paroles sur celles des ancêtres ". C'est sans doute parce qu'il a perdu ses propres repères qu'Iman se sent si proche des Indiens. Certes, ils sont poètes et magiciens, mais on les pille, des barrages inondent leurs terres, la déforestation avance et leur pensée est menacée, comme celle du héros avant sa rencontre avec les Huichols, ces cousins survivants des Aztèques qui n'ont rien perdu du sens du monde.
Yves Bonnefoy dit d'Homero Aridjis : "On l'entend souvent attester, et précisément avec rien que quelques substantifs ou adjectifs, de la présence forte dans sa vie du soleil, de la pierre, du vent, des vergers, des fleuves. [... ] Dans nombre de ses poèmes les mots sont simples comme des pierres, la perception du jaune, du rouge, du bleu du ciel, de la pluie sur Contepec, lieu natal, a envahi la pensée, et le corps se retrouve alors au premier plan de l'esprit comme chez ces Indiens du Mexique auxquels d'ailleurs Homero ressemble. [... ] Mais on peut lire Aridjis d'une toute autre façon. Car c'est tout aussi fréquemment que sa pensée se porte dans des lieux cette fois urbains où on rencontre des spectres, où des vivants ne restent plus que des ombres, où les morts sont, là, en revanche, retrouvés souvent par les voies du rêve. . ".
Ma poésie est ici politique. Elle a un rapport avec le gouvernement de l'Etat. Le chaos entretenu par "Le mauvais gouvernement" - El mal gobierno, dixit le sous-commandant Marcos - atteint toutes les strates de la population qui est soit exsangue, inquiète, fourbue ou désorientée et ce drame dont je suis témoin me submerge, et puis j'y échappe, je rejoins - fortune et désespoir mêlés - le contrepouvoir de l'antique feu amérindien. En ville, j'ai le sentiment de marcher sur le filament enfermé d'une ampoule électrique. Le désir se heurte contre les parois en verre des immeubles. Je fuis les parkings pour des chambres, je fuis les chambres pour des parkings. Mes dates sont des numéros de téléphone, des noms de rues. Parallèlement, la vie est paysanne. Les amoureux s'enlacent, ils s'élancent. Je suis le Grand-père Feu des indiens Huichols. J'observe, j'applaudis, je fulmine. Je ne m'éteins pas. Je fais feu de tous bois. Et si l'on ne me voit plus, c'est que, sous la cendre, j'ai regagné le centre.
Le soleil pose un masque sur les choses. L'ombre fait de la résistance. Elle fomente des alliances. Question ombre, je ne plaisante pas lorsque je dis que je devins, un temps, un ombromane fervent. J'ai prétexté dans le goût que j'avais pour la déformation qu'apporte l'ombre aux choses courantes - made in - les règles d'une perspective où ce sont les formes qui sortent de l'ombre. C'est une idée, un simple jeu intellectuel ; de ce point de vue, il y a une mécanique de l'ombre, les ombres mouvantes sont les moules qui produisent les formes. Ce ne serait pas du linge séchant sur un fil que sortirait l'ombre, mais l'inverse. L'ombre d'un linge agité par le vent palpite mollement sur le sol comme un coeur régulier : de l'ombre palpitant mollement sur le sol sort le linge qu'agite le vent. Je jongle avec le centre de gravité de la pensée. J'accepte l'idée artistique d'une pensée éminemment variable en tirant à moi un coin de la nappe d'ombre, en cela je parle du point de vue de la caverne. J'étudie les déformations qui lient la deuxième à la troisième dimension. Plus loin, dans une autre partie, Marcel Duchamp dispose des pièces blanches et je dispose des pièces noires.
C'est un "autoportrait" que nous offre le grand écrivain marocain dans cette évocation de ses années de formation et de son parcours. "Dans le chemin vers soi-même, on peut dire: je, ou bien: moi, je. A condition d'être à l'écoute de son inconscient. Le moi n'est ni haïssable, ni adorable. C'est un masque singulier d'altérité. Au cours de la composition de cet opuscule, j'espère avoir sacrifié la variété mobile de l'égotisme à quelques lignes directrices, livrées par la force des choses aux accidents de la vie et aux jeux du langage. Tel aura été cet essai qui s'est aventuré entre l'autobiographie, le témoignage et le récit intellectuel." Biographie de l'auteur Abdelkéhir Khatihi écrit ses premiers poèmes à douze ans. Le français devient sa langue d'écriture et il poursuit des études supérieures à la Sorbonne, où il obtient un doctorat en sociologie en 1965. A son retour au Maroc, il mène une intense activité: chercheur, écrivain, enseignant et syndicaliste. En 1971, Maurice Nadeau édite son premier récit, La Mémoire tatouée. Son oeuvre plurielle (en littérature, sciences sociales, critique d'art), traduite en plusieurs langues, a été consacrée par des Prix nationaux et internationaux. Trois volumes de ses ?uvres ont paru à La Différence en janvier 2008.
Abdellatif Laâbi est un écrivain imprévisible. On dirait que sa devise est de ne pas être là où le lecteur l'attend. Le présent ouvrage en est la parfaite illustration. S'agit-il d'un livre de mémoires, d'un journal intime, d'une relation de voyages, d'un récit avec un dosage ingénieux d'autobiographie et de fiction de soi? A moins qu'il ne s'apparente au genre des confessions, dans le sillage de saint Augustin et de Rousseau? Voilà autant de vraies-fausses pistes où Laâbi, le sourire en coin, engage le lecteur. Son souci? Faire en sorte que ce dernier mette ses pas dans les siens, devienne témoin et partie prenante de la nouvelle aventure littéraire et humaine qu'il lui propose. Imprévu, de l'aveu de l'auteur, ce livre interroge avec un humour parfois ravageur nos modes de perception, de lecture, et nos questionnements. Traversée fulgurante des saisons de la vie, quête spirituelle, témoignage à vif, il nous replonge (chose cette fois prévisible venant de Laâbi) dans les convulsions de notre époque et ses combats salutaires.
Rabindranath Thakur dit Tagore (1861-1941). Né à Calcutta dans une famille de lettrés opposés au système des castes, Tagore devient célèbre à seize ans en rédigeant une oeuvre qu'il fait passer pour celle d'un poète indien du XVIIe siècle. Il écrit aussi la première nouvelle en langue bengalie. Après des études de droit en Angleterre, il revient au Bengale en 1880. Infatigable voyageur, engagé en faveur de l'indépendance de l'Inde et d'un changement de la condition des femmes, il reçoit en 1913 le prix Nobel de Littérature qui assoit durablement son oeuvre parmi les plus importantes de la littérature mondiale. Ayant touché à tous les genres (poésie, romans, théâtre, musique et même peinture) c'est néanmoins sa poésie qui fit l'admiration de André Gide, Maurice Maeterlinck, Pierre Jean Jouve, Henri Bergson, Thomas Mann, Bernard Shaw et de beaucoup d'autres. La poésie est la première parole. Mythes, épopées, oracles, voix des mystères et des mystiques, puis de l'amour, de l'indignation, de la révolte, de l'espoir ou de l'humour, de la vie quotidienne et de la solitude. Introuvables ou retraduites, classiques ou contemporaines, familières ou méconnues, ce sont ces voix innombrables que la collection Orphée souhaite faire entendre parce que plus que jamais elles sont nôtres.