Cerise rouge sur carrelage blanc... Le titre que Maram al-Masri a donné au livre qui l'a révélée au grand public ressemble à celui d'une nature morte. Des lèvres abandonnées à la froideur du quotidien. Une tache de sang que rien n'efface. Un fruit dans la neige. Une blessure. Les poèmes que rassemble ce recueil, dont nous publions aujourd'hui une nouvelle traduction, nous plongent au coeur de la vie d'une femme. Et l'on comprend, lisant ces vers d'une simplicité aussi désarmante que ceux d'Emily Dickinson, que la libération de cette femme passe par le désir et par l'écriture. Ainsi que l'écrit Murielle Szac au seuil du livre, "l'histoire de cette femme, qui a répondu à l'appel de la poésie pour vivre selon ses rêves, nous bouleverse parce qu'elle incarne chacune et chacun d'entre nous, dans notre aspiration à la liberté."
Ligne 8, direction Balard : Liberté - Bastille - Filles du Calvaire - Strasbourg Saint-Denis - Opéra. Ligne 3 : Père Lachaise... Chaque jour des millions d'hommes et de femmes se croisent dans le métro parisien, les yeux rivés à l'écran de leur téléphone mobile, pressés d'arriver à destination. Et pourtant, il y a tant à voir et tant à vivre dans ce monde souterrain. Tant de livres à déchiffrer sur les visages que l'on côtoie. Tant de scènes à filmer avec la caméra de l'empathie. Tant de jeunes et de vieux, de malades et de bien-portants, de riches et de pauvres emportés dans le même voyage. Il fallait un regard de poète pour mettre au jour l'inépuisable richesse de ces transports en commun. Ce regard, c'est une femme venue de Syrie qui nous l'offre, dans ces Métropoèmes écrits directement en français. La poésie aussi est un service public.
Les poèmes que rassemble "Je te" menace d'une colombe blanche ont la fraîcheur des matins d'avril, l'ingénuité frémissante de la sensualité, la transparence heureuse des amours juvéniles. Mais une ombre les menace, celle des premières blessures, de la trahison, de la séparation, de l'exil qui tient aujourd'hui encore Maram al-Masri loin de sa terre natale. Peu d'images dans cette poésie, dont Adonis, Salah Stétié ou de grands poètes français ont salué la beauté, mais la calligraphie, nette et déliée, des émois d'une femme qui vient à nous "en habitante de la Terre".
L'avez-vous vu ? Il portait son enfant dans ses bras et il avançait d'un pas magistral la tête haute, le dos droit Comme l'enfant aurait été heureux et fier d'être ainsi porté dans les bras de son père Si seulement il avait été vivant"
Maram al-Masri est née à Lattaquié, en Syrie. Après des études de littérature anglaise à Damas, où le recueil Je te menace d'une colombe blanche paraît en 1984, elle quitte sa terre natale et s'installe à Paris où elle connaîtra une situation difficile. En 1997, son second recueil, Cerise rouge sur un carrelage blanc, est publié à Tunis par les éditions de L'Or du Temps. La poésie de Maram al-Masri est alors saluée par la critique, des pays arabes puis traduite dans de nombreuses langues : en allemand, anglais, italien, espagnol, serbe, corse ou turc. En 2003, les éditions PHI font paraître une traduction française de ce second recueil préfacé par Lionel Ray. Quatre ans plus tard, les éditions Al Manar publient Je te regarde, recueil initialement publié à Beyrouth, qui obtient le Prix de poésie de la SGOL, que Maram al-Masri partage avec Bruno Doucey. Je te menace d'une colombe blanche, traduit de l'arabe par François-Michel Durazzo, est publié pour la première fois en français par les éditions Seghers en 2008. L'année suivante, un recueil composé de portraits de femmes victimes de violences paraît aux éditions Le Temps des Cerises sous le titre Les Ames aux pieds nus. Chacune de ces oeuvres contribue à faire de Maram al-Masri l'une des voix les plus attachantes et les plus singulières du monde arabe.
« ? À tout hasard, serais-tu communiste ?? Non, pourquoi ? Je devrais ?? Ah, je m'en doutais ! Tu n'es pas communiste, tu es simplement poète, la bestiole la plus nuisible de la terre sud-africaine ! Ainsi, tu as des sentiments. Tu en as même pour des gens qui nous sont inférieurs, et tu oses me demander de publier ton torchon humaniste... Tout ça pour un nourrisson noir, un avorton dont la couleur et le sexe n'ont jamais compté pour personne. Es-tu devenue folle, Ingrid ? »1er avril 1960 : un bébé noir est tué par la police dans un ghetto d'Afrique du Sud. C'en est trop pour Ingrid Jonker. Cette jeune poète, fille d'un dignitaire de l'apartheid, écrit un poème bouleversant après ce drame.Mai 1994 : Mandela lit devant les députés médusés le poème d'Ingrid Jonker.Faisant alterner avec brio la grande figure de Mandela et la fragile silhouette de la poète, Nimrod nous entraîne dans la douloureuse tragédie d'un pays qui se mêle au mal de vivre d'Ingrid. Comment survivre quand votre père est une ordure et qu'il vous renie ?4e de couverture : « ? À tout hasard, serais-tu communiste ?? Non, pourquoi ? Je devrais ?? Ah, je m'en doutais ! Tu n'es pas communiste, tu es simplement poète, la bestiole la plus nuisible de la terre sud-africaine ! Ainsi, tu as des sentiments. Tu en as même pour des gens qui nous sont inférieurs, et tu oses me demander de publier ton torchon humaniste... Tout ça pour un nourrisson noir, un avorton dont la couleur et le sexe n'ont jamais compté pour personne. Es-tu devenue folle, Ingrid ? »1er avril 1960 : un bébé noir est tué par la police dans un ghetto d'Afrique du Sud. C'en est trop pour Ingrid Jonker. Cette jeune poète, fille d'un dignitaire de l'apartheid, écrit un poème bouleversant après ce drame.Mai 1994 : Mandela lit devant les députés médusés le poème d'Ingrid Jonker.Faisant alterner avec brio la grande figure de Mandela et la fragile silhouette de la poète, Nimrod nous entraîne dans la douloureuse tragédie d'un pays qui se mêle au mal de vivre d'Ingrid. Comment survivre quand votre père est une ordure et qu'il vous renie ?
Le courage... Les Editions Bruno Doucey ne pouvaient rêver d'une thématique plus appropriée pour leur dixième anniversaire ! Non qu'il y ait une forme de bravoure à éditer des poètes, mais parce que toutes les valeurs portées par la maison depuis une décennie se trouve condensées en un seul terme drapé de lumière et de nuit : mettre du coeur à vivre et à chanter la vie, trouver la force de dire non, vivre en insoumis, se battre contre la maladie, surmonter le deuil, apprendre à fuir quand il le faut, oser être soi, se risquer vers l'autre, admettre sa fragilité, dépasser ses peurs, danser au bord du vide les bras tendus vers étoiles, et puis aimer encore, aimer à perdre la raison. En " dix variations sur le courage et un chant de résistance ", cette anthologie scelle un pacte avec la vie.
Il regardera longtemps l'eau et saura qu'il faut construire le bateau léger comme le souffle, le bateau qui ne cherche aucune route, qui ne porte rien, que lui et la parole nue".