Après une préface de Catherine Coquio qui introduit admirablement Yassin al-Haj Saleh, le recueil s'ouvre sur trois textes ayant pour thème central les dimensions relatives de la liberté, analysée au prisme du "moi" , de la "maison" , de la prison (l'auteur parle de "prison consentie" , gage d'une certaine forme de liberté), de l'exil, et des formes multiples de "l'illiberté" : "la liberté dont jouit le monde de l'exception au-dessus de la loi, écrit-il, est intrinsèquement liée à l'illiberté que subit le monde de l'exception en-dessous de la loi". Ces trois textes relèvent d'une réflexion philosophique et politique complexe, mais sont écrits dans une langue concrète, sans jargon. Puis, dans un long entretien passionnant, Yassin al-Haj Saleh répond aux questions précises et informées de Catherine Coquio et Nisrine Al-Zahre. Avec, en arrière-plan constant de sa réflexion, "l'hermétique absence de Samira" (son épouse, enlevée avec trois autres militants des droits de l'homme dans la zone insurgée de Douma le 9 décembre 2013) et la dévastation de son pays par la guerre et la dictature des Assad, il aborde des questions diverses : l'apparition en Syrie d'une nouvelle écriture, masculine et féminine (il parle d' "écriture peuplée"), directement issue de l'expérience de la guerre et de la prison et comparable à la "littérature de témoignage" liée à la Shoah ; son espoir dans l'avènement d'une communauté qui donne du sens à la souffrance (il relève l'origine commune, en arabe, de ces deux mots) ; la nécessité de combattre le nihilisme du pouvoir dictatorial comme celui des islamistes ; l'analogie de l'organisation de la révolution syrienne avec celle de la Commune ou avec le modèle "conseilliste" ; sa lecture critique d'Hannah Arendt ou de Giorgio Agamben ; l'impératif d'écrire une "tragédie de l'oubli" ...
Résumé : Au pays du Commandeur, nul ne peut ignorer qui est le maître : son image est partout, les lieux publics portent son nom, des livres sont écrits à sa gloire. Au pays du Commandeur, tout le monde lui est redevable, chacun chante ses louanges, dans sa cuisine ou en public, mais sur les toits-terrasses des maisons il se raconte de drôles d'histoires. Au pays du Commandeur, on se méfie de l'aveugle au coin de la rue, de sa secrétaire, de son voisin, de son conjoint. Tiraillé par des sentiments contradictoires, un écrivain venu d'un Etat voisin de l'Irassybie observe. Quelqu'un soufflera-t-il un jour sur les braises de la révolte ? Une fable grinçante sur l'asservissement au pouvoir politique, qui aborde non sans humour des sujets essentiels et brûlants d'actualité.
Al-Sulamî Abd al-Rahman ibn al-Husayn ; Skali Faou
En Islam comme dans le monde chrétien médiéval, l'esprit de chevalerie était loin de se réduire à une éthique militaire. Au contraire, la futuwah, c'est-à-dire l'ensemble des traditions, coutumes et pratiques qui constituaient le code de la vie chevaleresque musulmane au Moyen Âge, s'entendait avant tout au sens spirituel et éthique. Véritable initiation, la futuwah amène l'individu à suivre la noble voie du service divin ; elle forme le sommet de la démarche soufie. Le présent livre, traduction d'un texte arabe dû à un auteur d'origine persane du Xe-XIe siècle, Abû Abd al-Rahman ibn al-Husayn al-Sulamî, est commenté par Faouzi Skali, l'un des auteurs de langue française les plus lus sur le soufisme. Futuwah fait partie de ces grands classiques de la spiritualité universelle que l'on relit sans cesse.
Un jour, entendant le son des marteaux qui travaillaient l'or dans l'atelier d'un ami bijoutier, Rumi crut entendre une invocation du nom d'Allah et, pris d'une grande émotion, il se mit à danser au beau milieu du bazar. Cette danse devint plus tard la danse rituelle de ses disciples, connus en Europe sous le nom de derviches tourneurs écrit Ahmed Kudsi-Erguner dans l'introduction de ce recueil. Bien des épisodes de la vie de Rumi, poète, sage et mystique soufi du XIIIe siècle, ont l'air comme celui-ci tirés d'un conte. Le mot Mesnevi désigne un poème composé de distiques (groupes de deux vers renfermant un énoncé complet) ; celui de Rumi en comporte 24 000. Versets du Coran, hadiths (paroles du prophète), légendes bibliques, contes hindous ou bouddhistes, vie quotidienne sont autant de points de départ à son inspiration. Extraits de cette grande oeuvre, sont présentés ici les contes que Rumi utilisait pour illustrer son enseignement très vivant. Si cette oeuvre est considérée comme un commentaire du Coran, sa sagesse, accessible à tous, toujours actuelle, fait fi des étiquettes. --Colette-Rebecca Estin
Deligny Fernand ; Alvarez de Toledo Sandra ; Migue
Dans le cadre de ses tentatives pédagogiques, ou anti-pédagogiques, Fernand Deligny (1913-1996), éducateur, écrivain, a manifesté de tout temps un intérêt pour le cinéma. Dans les textes de ce recueil, il s'interroge d'abord sur ce qu'une certaine pratique cinématographique, qu'il appelle "camérer" (plutôt que filmer), peut bien signifier. Puis, dans un dialogue serré avec lui-même et avec l'énigme de la perception autistique (il a vécu pendant trente ans avec des enfants autistes), il aborde l'image, une et multiple, celle qui ne se voit pas, celle qu'ont en partage le poète et le cinéaste, celle qui fait "repère" , celle qui ne se laisse pas prendre. La quasi-totalité des textes de Deligny et l'iconographie qui les accompagne sont inédits, de même que les essais critiques proposés par les meilleurs connaisseurs de son oeuvre.
Il s'agit de la première monographie consacrée à Anne-Marie Schneider. L'ouvrage trilingue (français, anglais, espagnol) se compose d'une séquence de plus de deux cents oeuvres organisée chronologiquement, selon une mise en page suscitée par le mouvement de l'oeuvre (le passage progressif du dessin à la peinture). Il s'accompagne d'un texte de Jean-François Chevrier et d'un DVD des 4 films de l'artiste. Il servira de catalogue à l'exposition du Museo Centro Reina Sofia (Madrid) en novembre 2016. 288 pages dont une séquence de 300 reproductions d'oeuvres (dessins, peintures, photogrammes), suivies d'un texte de Jean-François Chevrier en trois langues (français, espagnol, anglais).
Enfantillages outillés : le premier mot dirait plutôt le jeu, le second plutôt le travail, ou du moins l'activité utile. Mais il y a rime intérieure... Quels enfantillages ? Ceux de quarante enfants de la vallée de la Dordogne, leurs gestes, leurs pensées d'enfants. Quels outils ? Ceux du dessin, de la photographie, de la gravure. Pour quoi faire ? Pour dessiner et photographier des machines. Les machines attirent les enfants.