Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Le testament du magicien ténor
Aira César ; Martinez Valls Marta
BOURGOIS
12,00 €
Épuisé
EAN :9782267026214
Extrait Seul et oublié, à la retraite depuis déjà longtemps, le Magicien Ténor se mourait. Sans espoir ni panique, couché dans le lit où sa dernière attaque l'avait confiné, il attendait le dénouement. En fin de compte, tout s'était déroulé dans l'ordre, et sa sortie de scène ne faisait pas moins partie de l'intrigue que chacun des épisodes précédents : le regard perdu à travers la fenêtre, l'esprit vide, le silence englué dans l'immobilité de ces longues journées. Comme personnel de maison, il ne lui restait que la gouvernante. Ses pas feutrés, le tic-tac d'une montre et, à l'extérieur, le chant égaré d'un oiseau, voilà les seuls bruits qui parvenaient dans la chambre du Magicien. Depuis la cuisine, les pièces de service, l'escalier, les longs couloirs sinueux jadis élégants mais désormais en désuétude, le trajet qui menait jusqu'à lui était le seul que l'on pouvait emprunter dans toute la maison. Le reste était fermé et négligé, les salons étaient sombres, certaines portes et fenêtres ne s'ouvraient plus depuis des années, la poussière s'entassait dans l'indifférence. Enfouis dans leurs cadres dorés, les tableaux sur les murs des salons plongeaient leurs figures dans une pénombre qui se refermait sur elle-même. Si quelqu'un s'en était approché - et, à ce moment-là, seul un fantôme aurait pu le faire - il aurait vu des scènes de gesticulations dramatiques, le vernis aminci par le temps révélant le vrai visage de figures spectrales. Les miroirs s'étaient voilés, les tapis répétaient leurs labyrinthes paresseux. Sur l'estrade de la salle de musique, un piano avait créé le vide autour de lui et battait la mesure du silence. Au plafond, les caissons semblaient s'effondrer comme des bouches quadrillées. Les fauteuils se resserraient sur eux-mêmes, les ténèbres s'appropriaient les billards et les marbres. Cachée par les arbres, la maison était entourée d'un vaste parc aux contours irréguliers, et les rares automobilistes qui circulaient sur le chemin de terre cantonal pouvaient ignorer son existence, car même la grille d'entrée était placée loin des regards : pour la trouver, il fallait emprunter un passage dissimulé entre des arbustes et des arbres morts. Ce n'était pas que le propriétaire eût éprouvé une volonté formelle de se cacher du monde ; c'était, tout simplement, le résultat de l'abandon, le même abandon qui régnait dans le parc, dont toute l'étendue, depuis les recoins les plus écartés, jusqu'aux plus proches, était revenue à une sauvagerie égale à celle du premier jour de la Création. Des taupes, des lapins, des couleuvres et un renard fugitif cohabitaient dans les enchevêtrements de végétaux qu'aucun pied n'avait jamais foulés. D'innombrables légions de fourmis, des chrysalides accrochées aux branches, des écureuils, des papillons de nuit, des araignées sylvestres, des guêpes dans leurs nids de boue, des armées de bêtes petites et variées jouaient à cache-cache là où personne n'allait les chercher. Enveloppés par le brouillard, les arbres n'ouvraient leur feuillage que sur le passage d'un pigeon ou d'un chat. Des camphriers, des cassiers, des pins, des gommiers s'alignaient en d'élégantes asymétries conçues jadis par un paysagiste dont les intentions étaient rendues illisibles par la croissance incontrôlée du sous-bois. Les parterres s'étaient enfoncés, les vieilles souches se maintenaient debout, cuirassées par les couches superposées de champignons pétrifiés. Les ramages s'emmêlaient dans les hauteurs. Au sol, des coussins de feuilles tapissés au fil des automnes, des palais de terriers secrets.
Le 31 décembre au matin, les Pagalday visitèrent en couple l'appartement, qui leur appartenait déjà, sur le chantier de la rue José-Bonifacio, au numéro 2161, en compagnie de Bartolo Sacristán Olmedo, le paysagiste qu'ils avaient engagé afin de disposer les plantes sur les deux vastes balcons de l'appartement, en façade et côté cour. Ils gravirent l'escalier couvert de gravats jusqu'au milieu de la structure: l'appartement qu'ils avaient acquis était au troisième. Le bâtiment était fractionné en un seul appartement par étage. En plus des Pagalday, il y avait seulement six autres propriétaires, lesquels s'étaient tous présentés durant cette matinée, la dernière de l'année, pour vérifier l'avancement des travaux. Visiblement, les maçons s'activaient. Vers onze heures, c'était un chaos de gens. En vérité, c'était à cette date, d'après les contrats, qu'on devait livrer les sept niveaux finis; mais, comme cela arrive parfois, il y avait du retard. Félix Tello, l'architecte de l'entreprise de construction, grimpa et dévala cinquante fois les marches pour répondre aux inquiétudes des copropriétaires, qui se présentaient généralement accompagnés: l'un venait avec le poseur de moquette pour mesurer l'appartement, les autres, avec le menuisier, ou le céramiste, ou la décoratrice. Sacristán Olmedo parlait des palmiers nains qui formeraient des rangées sur les balcons, tandis que les enfants Pagalday galopaient à travers les pièces sans revêtement au sol ni portes ni fenêtres. On était en train d'installer les climatiseurs, avant l'ascenseur, qui attendait son tour, prévu pour le lendemain du jour férié. Pour l'instant, on utilisait la gaine de celui-ci afin de hisser les matériaux. Avec leurs talons hyper hauts, les dames escaladaient l'escalier poussiéreux et couvert de gravats; comme les rampes n'avaient pas encore été posées, elles devaient être particulièrement vigilantes. Le premier niveau souterrain était celui des garages, donnant sur le trottoir par une rampe encore dépourvue de son pavement spécial, antidérapant. Le second, celui des caves. Au-dessus du sixième étage, il y avait une petite piscine climatisée et une salle de jeux, avec une large vue panoramique sur les toits et les rues. Et l'appartement du concierge qui, bien qu'il soit aussi incomplet que le reste de l'ouvrage, hébergeait une famille depuis plusieurs mois, celle du gardien de nuit, Ra
50 ans, âge symbolique à la fois porteur d?angoisses et d?expectatives est souvent le moment saisipour faire un bilan de sa vie. César Aira y voit aussi l?occasion de prendre un nouveau départ, decombler les trous qui émaillent sa connaissance, et l?ont jusqu?ici poussé à surseoir aux explicationsessentielles du monde en se consacrant, tête baissée, à son activité d?écrivain. « Avant, j?écrivais mes romans dans le seul but de les réussir », explique César Aira, puis il ajoute: « Eh bien voilà, arrivé à un certain point, après une vingtaine de livres publiés, je me suis senti obligé de me mettre sérieusement à réfléchir ». Réfléchir à ce qui l?a jusqu?ici poussé à écrire, sans doute pour lui permettre d?éviter les pièges du temps, pense-t-il, ou celui de la mort. Non pas tant la mort individuelle, car « la mort de tout le monde est bien plus terrifiante que la mort individuelle, [?] il n?est pas nécessaire d?attendre la mort individuelle, car la Fin du Monde nous accompagne tous les jours, elle est en train de s?opérer imperceptiblement à chaque petit fait qui survient, au hasard de tous les faits et de toutes les pensées ». Egrenant les anecdotes et rassemblant ses souvenirs, César Aira se lance dans une forme d?introspection qui, de la philosophie à la psychologie, voire à la psychanalyse, de la linguistique à la sémiologie appliquées à ses livres passés, le pousse à imaginer, non sans humour et parfois cynisme, ce que pourraient être ses livres futurs. N?est-il pas temps pour lui d?arrêter d?écrire? Ou comme Evariste Galois, le génial mathématicien à qui il consacre tout un chapitre, d?écrire en une seule nuit l?ensemble de son oeuvre? C?est à partir de plusieurs questions de ce type que César Aira décortique son rapport personnel à l?écriture. Ce rapport ludique, plein d?humour et d?une fraîcheur réconfortante forme le sujet essentiel de son roman. Un sujet qui consiste à dépasser la mort individuelle de l?auteur pour, par petites touches, se mettre soi-même en perspective avec la fin de tous, c?est-à-dire la Fin du Monde, et à achever Le Livre, au sens de Mallarmé, ou à se lancer jusqu?au bout dans l?inachevable Encyclopédie. « Oui, c?est bien cela, une espèce d?encyclopédie générale qui contiendrait tout », dit César Aira avant de poursuivre: « Le but de toute une vie est de parvenir à tout savoir. Et son registre final est l?Encyclopédie ».
Deux romans d'un écrivain argentin né en 1949 à Buenos Aires, traduit pour la première fois en France.Le premier roman : la Robe rose commence comme un conte de fées. Promis à un enfant au berceau, le minuscule vêtement apporte les plus grands désordres dans une famille, avant de s'égarer de mains en mains et de plaine en plaine dans le paysage vertigineux de la pampa. Le second roman les Brebis raconte l'histoire d'un troupeau de brebis errant, chassé par une sécheresse aux proportions bibliques.
Un jour j?ai sorti un livre, je l?ai ouvert et c?était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l?or à la décharge publique. J?ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d?une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait sa forme à la page, une sensation de quelque chose sculpté dans le texte. Voilà enfin un homme qui n?avait pas peur de l?émotion. L?humour et la douleur mélangés avec une superbe simplicité. Le début du livre était un gigantesque miracle pour moi. J?avais une carte de la bibliothèque. Je sortis le livre et l?emportai dans ma chambre. Je me couchai sur mon lit et le lus. Et je compris bien avant de le terminer qu?il y avait là un homme qui avait changé l?écriture. Le livre était Demande à la poussière et l?auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m?influencer dans mon travail" (Charles Bukowski, 1979).
« En ces heures où le paysage est une auréole de vie, j'ai élevé, mon amour, dans le silence demon intranquillité, ce livre étrange... » qui alterne chronique du quotidien et méditationtranscendante. Le livre de l'intranquillité est le journal que Pessoa a tenu pendant presque toute sa vie, en l'attribuant à un modeste employé de bureau de Lisbonne, Bernardo Soares. Sans ambitionterrestre, mais affamé de grandeur spirituelle, réunissant esprit critique et imagination déréglée,attentif aux formes et aux couleurs du monde extérieur mais aussi observateur de « l'infinimentpetit de l'espace du dedans », Bernardo Soares, assume son "intranquillité" pour mieux la dépasseret, grâce à l'art, aller à l'extrémité de lui-même, à cette frontière de notre condition ou lesmystiques atteignent la plénitude « parce qu'ils sont vidés de tout le vide du monde ». Il seconstruit un univers personnel vertigineusement irréel, et pourtant plus vrai en un sens que lemonde réel. Le livre de l?intranquillité est considéré comme le chef-d?oeuvre de Fernando Pessoa.
Résumé : "Toute ma vie son influence a illuminé mon travail... Oui, Fante a eu un énorme effet sur moi. [...] Fante était mon dieu." Charles Bukowski. "En tant qu'écrivain, je suis très heureux de recevoir une bonne leçon. Comme simple lecteur, j'ai poussé les portes du paradis." Philippe Djian. "A l'image de Fante, Bandini et Molise, ses héros de papier, débordent de rancoeur, de tendresse, de générosité ou d'une méchanceté noire inouïe. Ils sont infects, drôles, adorables, émouvants." La Vie. "Les histoires de Fante ressemblent toujours à la sienne. Son héros, Arturo Bandini, est aussi fils d'immigrés italiens, il a aussi envie de prendre sa revanche sur les années de dèche, de se faire une place sur les rayons des bibliothèques, d'aimer les femmes. Tout cela, Fante le fait passer dans une écriture dégraissée, déblayée de toute littérature." Télérama.
Fante John ; Matthieussent Brice ; Garnier Philipp
Résumé : "Les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d'une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait sa forme à la page. Une sensation de quelque chose sculptée dans le texte". Charles Bukowski
Résumé : L'Art de porter l'imperméable, ce sont treize variations tragicomiques autour de la relation amoureuse et de la filiation pour tenter de répondre à cette question : "Ai-je pu rendre quelqu'un heureux ? " De la naissance du sentiment amoureux à la décrépitude du couple et à sa fin annoncée, en passant par l'amour filial et le désamour de soi au travers de la recherche de sa propre (f)utilité, Sergi Pamies s'empare de cette thématique du désespoir avec douceur, drôlerie et finesse. L'Art de porter l'imperméable, c'est aussi un retour dur l'enfance et l'adolescence de l'auteur au coeur d'une famille dédiée au militantisme politique, entre la Catalogne et la France, avec Jorge Semprun en figure de proue de ses célèbres parents. Sous la plume de Seri Pamies, l'impérméable devient la panoplie de la révolte, "l'uniforme informel de la dissidence chic".
Résumé : Tobias Martins arrive dans l'archipel de Fernando de Noronha avec un but précis : il doit concevoir et rédiger un guide de voyages afin d'attirer de nouveaux touristes vers cette destination de rêve. Car ces îles sont l'un des secrets les mieux gardés du Brésil. Situées au milieu de l'Atlantique, dans la zone intertropicale, elles constituent une superbe réserve naturelle et un paradis pour les amateurs de surf, de plongée et de sports marins. Accompagné de sa playlist aux rythmes de samba et de bossa-nova, Tobias nous fait découvrir les paysages somptueux de l'île principale ; mais il ne tarde pas à comprendre également que, derrière la carte postale, se cache un monde bien plus complexe et dangereux. Une avarie sur l'avion qui relie Fernando de Noronha au continent, un double crime dont le mobile reste obscur, et la menace d'une gigantesque vague déferlante suffiront à montrer une fois de plus aux touristes - et à Tobias - que sous ces joyeux tropiques, les frontières entre fête, rêve et enfer ne sont jamais bien définies.
Les histoires de Julio Cortázar s?inscrivent dans une grande tradition classique de la littérature fantastique. Mais chez lui, contrairement à ses prédécesseurs, pas de fantômes, pas d?ambiguïté : les histoires les plus élaborées ne tendent pas vers l?abstraction, elles gardent - et c?est leur mystère - la vitalité du quotidien. Cortázar s?inscrit aussi dans la tradition surréaliste du «merveilleux quotidien», du mystère de la réalité qu?il est réservé au poète de percer derrière les apparences, dans un état de rêve éveillé ou de transe. Il est ce voyant qui extrait l?insolite de la banalité, l?absurde de la logique, le prodigieux de l?ordinaire. L?extrême dépouillement du style ne peut qu?ajouter à l?illusion de la facilité. Ces histoires si simples à lire atteignent un sommet de la sophistication : l?alliance imprévisible du jeu, de la folie, de la poésie et de l?humour.
Résumé : Deux vieilles dames embarquent pour un road-trip en Coccinelle à travers l'Espagne. Leur seule comparse est une mouette posée sur le toit de la voiture ; leur unique bagage, un sinistre paquet suspect ballottant au gré des coups de volant intempestifs de dona Olvido. En robe de mariée, Bruna, sa fidèle servante bourrue, l'accompagne comme elle le fait depuis plusieurs décennies. De terribles secrets semblent les lier pour toujours, à commencer par les frasques de Benigno, le défunt mari d'Olvido, acoquiné avec les sympathisants pro-indépendantistes de Galice ; puis celles de son excentrique famille. Le tout favorisé par l'isolement d'une vaste demeure, sur fond de guerre civile, de complots partisans et de tensions politiques. Dans ce qui deviendra une fuite échevelée où se succéderont incidents et rencontres hétéroclites, ces Thelma et Louise octogénaires sèmeront de nombreux cadavres, échappés du placard de leur passé et jonchant leur course folle.