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Un monde de camps
Agier Michel ; Lecadet Clara
LA DECOUVERTE
24,99 €
Épuisé
EAN :9782707183224
En vingt-cinq études de cas (du plus vieux, à Chatila, au Liban, dans le quartier devenu le plus cosmopolite de Beyrouth, au plus grand, à Dadaab, au Kenya, et ses 450 000 habitants), cet ouvrage exceptionnel fait découvrir la vie intime et quotidienne à l'intérieur des camps de réfugiés et déplacés à travers la planète. Il montre que, loin d'être l'" exception " humanitaire ou sécuritaire qui en justifierait l'existence, les camps font désormais durablement partie de notre monde.Les camps se multiplient et se banalisent partout sur la planète. Ils sont aujourd'hui des milliers, dessinant peu à peu un nouveau paysage mondial. Gouvernements nationaux et agences internationales adoptent de plus en plus systématiquement cette solution pour " regrouper " les réfugiés humanitaires, pour " parquer ", faire " transiter ", " retenir " ou mettre à l'écart les " déplacés " et les migrants, les " clandestins " et autres indésirables.Douze millions de personnes vivent ainsi dans ces camps, des millions d'autres dans des campements de fortune, au creux des forêts, dans les interstices des villes, le long des frontières ; d'autres encore sont piégées dans des centres de rétention, des zones d'attente ou de transit. Si ces " hors-lieux " sont des espaces de parias, nombre d'entre eux s'inscrivent dans la durée et se transforment au fil du temps : la vie s'y renouvelle, s'y attache, et l'emporte le plus souvent sur la mort ou le dépérissement.En vingt-cinq monographies qui forment une sorte de tour du monde des camps (du plus ancien, à Chatila au Liban, au plus grand, à Dadaab au Kenya, qui regroupe 450 000 habitants, en passant par le plus informel, à Canaan en Haïti, ou le plus précaire, à Calais), cet ouvrage fait découvrir la vie intime et quotidienne de leurs habitants. Loin d'être l'" exception " que l'on évoque généralement dans un cadre humanitaire ou sécuritaire pour en justifier l'existence, les camps font durablement partie des espaces et des sociétés qui composent le monde aujourd'hui.Table des matières : Introduction. L'encampement du monde, par Michel AgierUn monde de camps, global et diversL'ambivalence des camps contemporainsPeuples en exil, personnes déplacées, et vice versaLa forme-camp. Extraterritorialité, exception, exclusionLa circulation des personnes, des organisations et des savoirs. Un dispositif de campsL'exemplarité des camps ou ce que les camps nous disent de l'avenir du mondeI / Temps long, espaces en conflit : les camps de réfugiés entre identité, mémoire et politiqueChatila (Liban). Histoire et devenir d'un camp de réfugiés palestiniens, par Hala Abou-ZakiLe camp, écho de la PalestineLa construction et l'extension du camp de ChatilaKacha Garhi (Pakistan). Les camps de réfugiés afghans au Pakistan (1980-2012), par Pierre CentlivresKacha Garhi et d'autres camps... les réfugiés afghans en exilLes Afghans dans et hors des campsLes partis et le djihadLes Afghan Refugee Villages, espaces incertains entre Afghanistan et PakistanMaheba (Zambie). Le camp et la question du retour des réfugiés angolais, par Pedro NetoLe camp de Maheba" Plus ça change, plus c'est la même chose. "Post-ScriptumLukole (Tanzanie). Victimes ou fauteurs de troubles. Humanitaire et politique dans les camps, par Simon TurnerLes réfugiés, victimes sans voix" Encourager la communauté " à LukoleNégocier la position de victimeNégocier avec le passéMae La (Thaïlande). Humanitaire, nationalisme et religion dans les camps karens à la frontière thaïlando-birmane, par Alexander HorstmannGouvernance et distribution de l'aide. Le camp de Mae LaLes camps, creuset du projet national karenReligion, nationalisme et gouvernance des campsTindouf (Algérie). Les camps sahraouis, préfiguration de l'État, par Manuel HerzBrève histoire du Sahara occidental et des camps sahraouisPortrait d'un camp à travers ses activités urbainesEntre le temporaire et le permanent : la ville contre le camp ?Le camp comme catalyseur, le camp comme projetAgamé (Bénin). Le feu et la révolte. Le camp comme foyer politique, par Clara LecadetDe la protestation dans les camps au " gouvernement " des réfugiésContre le rapatriement : la carte de réfugiés ou l'asileJustice et politique : les réfugiés face au HCRSainte-Livrade (France). Une situation coloniale sans fin. Le Centre d'accueil des Français d'Indochine (1956-2006), par Marc BernardotSur la route du campDe camps en campsC'est la fête au CAFILe CAFI des descendantsLe CAFI dans la longue durée des camps françaisII / Camps, villes et territoires. De l'industrie humanitaire à l'aménagement des espaces locauxDadaab (Kenya). L'histoire architecturale d'un territoire non identifié, par Anooradha Iyer SiddiqiÉtat des lieuxUne géographie humanitaire-réfugiésHistoire des premiers réfugiés et travailleurs humanitaires de DadaabMises en images du complexe de DadaabDadaab comme événement culturelKakuma, Kenya. Le camp dans l'économie de la ville, de la région et du monde, par Bram J. JansenJonglei 2012 : la marque du campKakuma 1992 : la création du campLa représentation humanitaire des camps de réfugiésL'articulation du camp à la ville, au pays et au mondeNahr al-Bared (Liban). Le camp et ses doubles, par Nicolas PuigÉté 2007 : " Romance triste pour Nahr al-Bared "Sur les berges du fleuve froid" Le camp n'est pas mort " (retour à Bared)Le camp retrouvéDheisheh (Cisjordanie). Retours. Penser le futur dans l'extraterritorialité (un projet architectural), par Sandi Hilal, Alessandro Petti et Eyal WeizmanExtraterritorialité et retourLes retours au présentExtraterritorialité futureWad Sharifey, Kishm el-Girbâ, Asotriba... Métamorphoses d'un réseau régional de douze camps de réfugiés érythréens dans l'Est du Soudan (1962-2013), par Hélène ThiolletUn réseau de camps dans l'Est du SoudanLes camps de l'Est du Soudan : entre mobilité et encampementDes camps sans réfugiés ? Les camps après la clause de cessation de 2002La transformation du paysage des camps depuis 2004Exil prolongé, l'asile " durable "Damas (Syrie). Asile, camps et insertion urbaine des migrants et réfugiés au Moyen-Orient. Une mise en perspective régionale, par Kamel DoraïDu camp à la ville : asile et migration des Palestiniens au Moyen-OrientLes Irakiens à DamasIII / Camps de déplacés : urgences, marges urbaines et vies précairesCorail-Canaan (Haïti). D'un camp à l'autre, par Alice CorbetCorail : l'avenir incertain d'un camp trop rigideCanaan : installer la vie, installer la villeCamp et peuplementAprès Fukushima. La vie préfabriquée, par François GemenneContexteDans les camps, une attente qui n'a pas de finLa zone contaminée, un camp qui ne dit pas son nomKhartoum (Soudan). Le sort des déplacés et la transformation des camps après l'indépendance du Soudan du Sud, par Agnès de GeoffroyCrises et déplacements : des périphéries vers le centreLes déplacés à Khartoum : enjeux politiques et sécuritairesLes espaces de la relégationLes années 1990, isolement et contrôleLes années 2000, ouverture et réconciliationIndépendance du Soudan du Sud, la fin des camps ?Pavarando (Colombie). Des " communautés de paix " aux " zones humanitaires ", par Stellio RollandDe la dynamique du déplacement forcé à la formation du campement de PavarandoLa délimitation d'espaces protégés par rapport au conflit arméLa difficile reconnaissance de la condition de " civil " et de " paysan " des déplacésIV / Campements, camps de travailleurs, centres de rétention : entre prison, bidonville et ghettoQatar. Vie quotidienne et intimité dans un camp de travailleurs migrants, par Tristan BrusléLes zones industrielles, le camp et la clôture : la relégation comme politiqueFaire du camp un lieu par la routine quotidienneLe lit, l'intimité et la métaphore du prisonnierLe camp, un lieu hybride pour une vie de subalterneKofinou (Chypre). Du confinement à la mise au travail des demandeurs d'asile, par Olivier ClochardLe centre de Kofinou dans l'étau de l'accueil et de la surveillanceKofinou : un camp de travailleurs ?Migration et autres dispositifs de main-d'?uvre dans l'espace européenLampedusa. Un laboratoire de la rétention en Europe, par Louise TassinL'enfermement des étrangers en Europe, enjeu politique et critiqueLe centre de Lampedusa, une institution incertaineEt si le paradoxe n'en était pas un : un flou fonctionnel ?Calais, Patras, Subotica. Les " jungles " de l'Europe, par Sara PrestianniNaissance, destruction et reconstruction de la " jungle pachtoune " à la frontière franco-anglaise Calais, Patras, Subotica, un dispositif de camps à l'échelle européenneLe Hanul (Saint-Denis, France). Du bidonville au " campement illicite ". La " question rom " en Europe et en France, par Martin OliveraÉmigration et immigration des Roms de Roumanie : quelques élémentsLe platz : un habitat par défautDe l'encampement juridique au " campement illicite " : enfermés dehorsBelyounech (Maroc). L'empreinte de la souillure dans les campements près de la frontière, par Jean-Louis EdoguéLes migrants, cachés dans la forêtOrganisation sociale et politique des campementsDe Tinzawaten à Bamako (Mali). Les ghettos de l'expulsion, par Clara LecadetLe ban et la langue du ghettoCeci n'est pas un campQuelle aide pour les expulsés ?BibliographieIndex des organisationsIndex des ocalités et populationsPrésentation des auteurs.
Si j'ai voulu réunir les quatre récits qui suivent, c'est parce qu'ils donnent à voir, à entendre et comprendre des espaces et mondes de l'ailleurs, au coeur même de Paris et de sa région, découvertes et réflexions dans le même élan d'une écriture personnelle, chercheuse, fouineuse même, et empathique, qui décrivent les interstices de la très grande ville, ses espaces cachés, où certaines manières de survivre prennent place et prennent corps dans des temporalités suspendues. Ce sont quatre carnets d'enquête sur une réalité souvent inconnue, stigmatisée, mais bien présente à Paris et ses alentours, bientôt "Grand Paris". Mêlant la rencontre des lieux et des personnes, retranscrivant les dialogues et les impressions des auteures, ces récits bâtissent petit à petit une compréhension de ce que sont aujourd'hui les refuges dont Paris est le lieu, le square Villemin du Xe arrondissement où s'exilent les Afghans, les trottoirs et les rues des villes de la région parisienne où s'installent les personnes sans abri, des cabanes construites entre les bretelles d'autoroute et le boulevard périphérique, des squats africains. C'est dans ses interstices qu'aujourd'hui la grande ville est un refuge pour les étrangers globaux. Et c'est aussi par la reconnaissance de cette fonction de ville-refuge que Paris deviendra ville-monde.
Biographie de l'auteur Michel Agier est né en 1953. Il a vécu plusieurs années en Afrique noire et en Amérique latine. Ethnologue, anthropologue, directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement, il mène ses enquêtes dans les villes, les espaces marginaux et les camps de réfugiés. Il dirige actuellement le Centre d'Etudes africaines (CNRS-EHESS).
Selon les chiffres officiels, cinquante millions de personnes dans le monde sont "victimes de déplacements forcés". Réfugiés, demandeurs d'asile, sinistrés, tolérés, déplacés internes..., les catégories d'exclus se multiplient, mais combien sont ignorées: retenus, déboutés, clandestins, expulsés... Face à ce drame, l'action humanitaire s'impose toujours plus comme la seule réponse possible. Sur le terrain, pourtant, le "dispositif" mis en place rappelle la logique totalitaire: permanence de la catastrophe, urgence sans fin, mise à l'écart des "indésirables", dispense de soins conditionnée par le contrôle, le filtrage, le confinement! Comment interpréter cette trouble intelligence entre la main qui soigne et la main qui frappe? Après sept années d'enquête dans les camps, principalement africains, l'auteur révèle leur "inquiétante ambiguïté" et souligne qu'il est impératif de prendre en compte les formes de contestations et de détournements qui transforment les camps, les mettent en tension, en font parfois des villes et permettent l'émergence de sujets politiques. Une critique radicale des fondements, des contextes et des effets politiques de l'action humanitaire. Biographie de l'auteur Michel Agier, anthropologue à l'Institut de recherche pour le développement, est directeur d'études à l'EHESS, où il dirige le Centre d'études africaines. Depuis 2004, il est membre du conseil d'administration de Médecins sans frontières. Il a notamment publié Aux bords du monde, les réfugiés (Flammarion, 2002) et La Sagesse de l'ethnologue (L'oeil neuf, 2004).
Résumé : Le récit personnel d'un anthropologue, qui s'efforce, pas à pas, de discerner la manière dont le Covid a changé la manière dont nous faisons société. " Les quelques mois de la pandémie de 2020 ont-ils changé le cours de l'histoire du présent ? De l'événement sans fin on est passé à la quotidienneté de l'anormal, à l'inquiétude permanente, puis à la nécessité d'apprendre à vivre dans l'incertitude. Ce petit livre est un exercice : celui d'un anthropologue dont le terrain d'observation a semblé se dérober avant de réapparaître sous un tout autre jour et qui a décidé de faire état, patiemment, du changement qui s'est opéré, pour éviter de le laisser se perdre dans les oubliettes de l'histoire. Il y a deux moments dans cette écriture, et deux parties dans le livre. L'une consiste à porter un regard à la fois présent et décalé sur le temps de l'événement, comme le ferait l'anthropologue sur n'importe quel événement. L'autre étape est plus systématiquement réflexive et s'éloigne du terrain pour interroger les grandes questions que cet événement nous a laissées et qui sont apparues au fil de l'enquête qui la précède. Ni un journal de " vie confinée ", ni une analyse définitive et surplombante du " monde d'après ", ce livre est plus simple et plus risqué, c'est une tentative d'anthropologie du monde contemporain et de ses désordres. L'exercice a l'avantage de montrer que les questions des chercheurs en sciences sociales ne tombent pas du ciel pur des idées, ni ne sortent (seulement) de tours d'ivoire pleines de livres, mais viennent de leur existence réelle, vécue comme observateurs, comme citoyens, comme habitants, voisins ou travailleurs, et aussi, l'avait-on oublié que cela nous est revenu brutalement en pleine face, comme corps parmi d'autres millions de corps. " Michel Agier
La drogue est la continuation de la politique par d'autres moyens : telle est sans doute l'une des leçons les plus méconnues du IIIe Reich... Découverte au milieu des années 1930 et commercialisée sous le nom de pervitine, la méthamphétamine s'est bientôt imposée à toute la société allemande. Des étudiants aux ouvriers, des intellectuels aux dirigeants politiques et aux femmes au foyer, les petites pilules ont rapidement fait partie du quotidien, pour le plus grand bénéfice du régime : tout allait plus vite, on travaillait mieux, l'enthousiasme était de retour, un nouvel élan s'emparait de l'Allemagne. Quand la guerre a éclaté, trente-cinq millions de doses de pervitine ont été commandées pour la Wehrmacht : le Blitzkrieg fut littéralement une guerre du "speed". Mais si la drogue peut expliquer les premières victoires allemandes, elle a aussi accompagné les désastres militaires. La témérité de Rommel, l'aveuglement d'un Göring morphinomane et surtout l'entêtement de l'état-major sur le front de l'Est ont des causes moins idéologiques que chimiques. Se fondant sur des documents inédits, Norman Ohler explore cette intoxication aux conséquences mondiales. Il met notamment en lumière la relation de dépendance réciproque qui a lié le Dr Morell à son fameux "Patient A", Adolf Hitler, qu'il a artificiellement maintenu dans ses rêves de grandeur par des injections quotidiennes de stéroïdes, d'opiacés et de cocaïne. Au-delà de cette histoire, c'est toute celle du IIIe Reich que Ohler invite à relire à la lumière de ses découvertes.
Becker Howard S. ; Merllié-Young Christine ; Merll
Après de nombreuses années de pratique du métier, Howard S. Becker livre, avec le style qui a fait son succès, les leçons tirées de son expérience de sociologue. Empiriques au même titre que les sciences de la nature, les sciences sociales ne progressent que par la qualité de l'articulation entre des " idées " (ou théories) et des " données ", toujours produites par des procédés de fabrication à analyser. La distinction, qui structure la profession, entre recherches " qualitatives " et " quantitatives " ne change rien à l'exigence de fournir des " preuves " solides, capables de résister au doute pour convaincre collègues et adversaires. La nécessité d'une analyse critique des données est ici démontrée à la lumière d'une gamme étendue de recherches, des plus collectives et objectivantes, comme les recensements de la population, aux plus personnelles, comme les observations ethnologiques, en passant par toutes les formes intermédiaires de la division du travail entre concepteurs des recherches et personnes chargées de la collecte des données. Cette ré? exion sur les conditions pratiques de l'observation s'adresse aussi bien aux professionnels des enquêtes, aux chercheurs en sciences sociales qu'à l'étudiant devant réaliser son premier mémoire de recherche.
Pourquoi la question migratoire est-elle aujourd'hui réduite, en Europe, à cette notion de crise ? Dans un contexte de tensions politiques, de débats médiatiques véhiculant souvent des catégories d'analyse impropres ou erronées, l'ouvrage se propose de faire le point sur les enseignements que ladite crise a révélé en termes de nouvelles pratiques, et de logiques latentes. Les événements survenus en Méditerranée au cours de l'année 2015, communément qualifiés de " crise des migrants ", ont bien constitué le révélateur d'une crise profonde en Europe. Mais de quelle " crise " parlons-nous ? Pourquoi le fait migratoire est-il aujourd'hui le plus souvent réduit, en Europe, à cette notion ? Pour les auteur. e. s de cet ouvrage, l'utilisation de ce terme reflète avant tout le refus des Etats européens d'intégrer les dimensions contemporaine et internationale d'un phénomène qu'il est illusoire de prétendre enrayer et qui ne peut au demeurant être qualifié ni de nouveau ni d'imprévisible. Cette attitude de déni se traduit par une gestion meurtrière des frontières et le renoncement au principe de solidarité entre Etats membres qui est supposé fonder l'Union européenne. Elle met en évidence la véritable crise, celle de l'accueil. Grâce à un éclairage pluridisciplinaire, cet ouvrage se propose de faire le point sur ce que la " crise " nous apprend, en termes de nouvelles pratiques et de logiques latentes.
Van Parijs Philippe ; Vanderborght Yannick ; Authi
L'idée de revenu de base inconditionnel est désormais au coeur des débats sur l'avenir de nos modèles sociaux. Elle consiste à verser à chacun un revenu régulier à titre individuel, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie. Diffusée en France à l'occasion de l'élection présidentielle de 2017, elle avait été peu auparavant soumise à référendum en Suisse et a fait l'objet de plusieurs expérimentations à travers le monde. Rédigé par deux spécialistes internationalement reconnus, ce livre offre la première synthèse systématique de la discussion aujourd'hui mondiale sur cette proposition radicale. Il explore ses origines historiques, discute les objections éthiques, économiques et politiques qu'elle soulève et jauge sa pertinence face aux défis écologiques et à la mondialisation. Il fournit un recueil d'informations fiables et d'arguments éclairants qui doivent être utiles à ceux qui plaident pour le revenu de base, mais aussi contre lui, en aidant à corriger les nombreuses erreurs factuelles et confusions conceptuelles que l'on trouve de part et d'autre. L'ouvrage n'en constitue pas moins un plaidoyer engagé en faveur d'une idée qui vise à rendre notre société plus libre et notre économie plus saine. Il ne manquera pas d'enthousiasmer, ou du moins d'intriguer, toutes celles et tous ceux qui veulent que le monde de demain soit plus juste et comprennent que, pour cela, notre modèle de protection sociale doit être profondément réformé.
Résumé : Les passagers, munis de titres de transport électroniques, de bagages de cabine passés aux rayons X, attendent, guidés par un personnel aux uniformes seyants et sous l'oeil d'une police affairée à regarder les écrans de contrôle de sécurité, d'embarquer pour Wapenamanda, Goroka, Kikori, Kundiawa et Wewak. Nous sommes à Port Moresby, capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Rien que de normal. L'essentiel est ailleurs : ces hommes d'équipage, ces policiers à gadgets électroniques et ces passagers coutumiers de l'avion sont les descendants directs de ces millions de Papous, découverts par une expédition australienne en 1931, vivants isolés dans leurs diverses vallées montagneuses, en petites sociétés closes, dépourvues d'écriture, de monnaie, d'écoles et de gouvernement centralisé, à un âge trop vite jugé "de pierre". En quelque quatre-vingts années, la population des Highlands de Nouvelle-Guinée a vécu des changements qui prirent des millénaires à advenir dans le reste du monde. Jared Diamond, qui découvrit la Nouvelle-Guinée en 1964 pour sa première étude de terrain ornithologique, pose la question, rarement envisagée : que nous apprennent ces Papous de ce que les Occidentaux ont perdu avec la disparition des sociétés traditionnelles - ces sociétés structurées en groupes de faible densité de population (allant de quelques dizaines à quelques milliers d'individus), subsistant de la chasse et de la cueillette, de la culture ou de l'élevage, et que les contacts avec les grandes sociétés industrielles ont transformées de façon limitée ? Elles ont en effet inventé des milliers de solutions aux problèmes humains différentes de celles adoptées par nos sociétés modernes. Certaines - par exemple, des manières d'élever les enfants, de traiter les personnes âgées, de demeurer en bonne santé, de bavarder, de passer le temps libre, de pratiquer le multilinguisme ou de régler les litiges - semblent supérieures à celles des pays occidentalisés et riches. Les sociétés traditionnelles peuvent nous inspirer quelques meilleures pratiques de vie, mais également nous aider à évaluer d'autres avantages de notre propre société que nous avons fini par considérer comme normaux.
Résumé : "Enfant, je savais donner ; j'ai perdu cette grâce en devenant civilisé. Je menais une existence naturelle, alors qu'aujourd'hui je vis de l'artificiel. Le moindre joli caillou avait de la valeur à mes yeux ; chaque arbre était un objet de respect. J'admire aujourd'hui, avec l'homme blanc, un paysage peint dont la valeur est estimée en dollars !" T. C. McLuhan donne ainsi la parole aux Indiens pour évoquer leur mode de vie ancestral, en harmonie avec leur environnement naturel, mais aussi la mise en péril de leur existence par l'arrivée de l'homme blanc (anéantissement des troupeaux, invasion des terres), entraînant l'affaiblissement et la disparition de l'esprit de leurs peuples. Un émouvant témoignage des Indiens d'Amérique du Nord, qui racontent leur mode de vie en harmonie avec la nature : un exemple précieux pour l'homme moderne.
Lévi-Strauss Claude ; Debaene Vincent ; Keck Frédé
Alliant le classicisme du style et la modernité de la méthode, l'?uvre de Claude Lévi-Strauss est à la fois pensée du monde, expérience de soi, et expérience sur soi. «Pourquoi et comment devient-on ethnologue ?» «Qu'est-ce qu'un style ?» «Que peut-il y avoir de commun entre un oiseau - l'Engoulevent -, l'art de la poterie, et la jalousie conjugale ?» En quoi la mythologie indienne a-t-elle favorisé la conquête de l'Amérique par l'homme blanc ?... Questions surprenantes, mais qui sont pourtant à la source des enquêtes menées par Lévi-Strauss. Le ton est donné. Son ?uvre relève à la fois de la science et de la littérature, dirait-on, si de telles catégories pouvaient rendre compte de la singularité de son propos. Mais chez Lévi-Strauss, le cloisonnement n'est pas de mise, et le penseur fait «flèche de tout bois». Ainsi le souvenir d'un tableau de la Renaissance sert-il de point de départ à une théorie de la structuration du sensible. Ainsi peut-on retrouver Totem et tabou dans un mythe jivaro. Ainsi la métaphysique bororo éclaire-t-elle d'un jour nouveau la figure de notre Père Noël. Lévi-Strauss est à la recherche des correspondances, au sens baudelairien du terme, entre l'esprit et sa manifestation matérielle. Il met en scène les affinités qu'il perçoit entre les différents objets, le fil caché qui les relie. L'objet de l'analyse se dérobe ; il ne contient aucun message qui soit immédiatement communicable. Car un objet, mythe ou autre, n'existe pas en soi mais dans le rapport, les correspondances, qu'il entretient avec les autres objets. Passerelles, rapprochements inattendus, résurgences, tels sont les jeux d'esprit auxquels invite la lecture de ces ?uvres, qui ébranlent notre vision du monde. La présente édition réunit sept ouvrages choisis par l'auteur : Tristes tropiques, remémoration des expériences de terrain de la fin des années 1930 qui resurgiront dans toute l'?uvre à venir ; Le Totémisme aujourd'hui et La Pensée sauvage, charnières entre la réflexion sur la parenté et l'étude des mythes ; La Voie des masques, La Potière jalouse et Histoire de Lynx, les trois «Petites mythologiques» qui, sur le ton de l'énigme, proposent une version accessible de l'analyse structurale ; Regarder écouter lire, enfin, poursuite de la réflexion anthropologique sur le terrain esthétique. Des textes inédits sont proposés en appendice. Au-delà de leur fonction figurative et documentaire, les illustrations, environ deux cents, en noir et blanc et en couleurs, donnent une forme visuelle à la pensée.
Résumé : L'histoire qui sera relatée ici, c'est celle des rencontres entre un témoin qui observe et cherche à comprendre et les hommes auxquels il s'intéresse, celle d'une science née des contacts culturels, celle d'une méthode d'investigation qui permet de connaître les peuples éloignés et le grand large, mais aussi l'humanité la plus proche de soi. Cette synthèse à la fois plaisante, exigeante et complète retrace l'histoire de l'anthropologie sociale, aborde les concepts, les enjeux, les éléments historiques incontournables. Si l'histoire de leur discipline est importante pour les anthropologues eux-mêmes parce qu'ils y puisent leur documentation, leurs références et leurs modèles - tout ce qui soude une communauté scientifique au-delà des querelles et des controverses -, elle peut également permettre à un plus large public de comprendre la lente reconnaissance scientifique de l'ethnographie, pratiquée depuis l'Antiquité, mais dépendante des contextes dans lesquels se produisaient les contacts entre les cultures, si souvent marqués, depuis le XVIe siècle, par la violence et la destruction.