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Quand les Français faisaient l'histoire
Adler Alexandre
GRASSET
22,34 €
Épuisé
EAN :9782246811343
Extrait Extrait de l'introduction Entre Jean Moulin et le général de Gaulle, entre le Roi Perdu, martyr de l'«Armée des ombres», et le chef lumineux qui, depuis Londres, accompagne de gestes mais aussi de la voix la lente et inexorable épopée nationale, la France hésite encore à ce jour sur cette nouvelle identité, conquise sur elle-même. Car s'agissant de la Résistance, rien n'est simple, et rien, semble-t-il, ne le sera jamais. Comme si le goût de la clandestinité et la nécessité vitale du clair-obscur avaient conspiré, dans la réalité mais aussi dans le souvenir, à effacer les contours, rendre la perception trop foisonnante, trop simultanée, trop «incertaine» pour reprendre l'épithète extraordinaire dont Claude Bourdet qualifia, en une formule définitive, toute l'intrigue : «l'aventure incertaine». L'État français agissait dans la clarté et la distinction de son droit administratif, de ses protocoles, parfois séculaires, de fonctionnement ; la Résistance, au contraire, ces disjecta membra qui se cherchent peu à peu une organisation structurée et une dynamique vitale au travers d'épreuves d'une intensité inouïe, a, au contraire pour caractéristique de s'instaurer dans la complexité. On y trouvera certes une grande pluralité de sentiments, patriotisme exalté, nationalisme intégral, messianisme internationaliste en provenance directe de Moscou ou de Genève - la défunte Société des nations - et aussi sentiment élégiaque de la fin de la France, chagrin irrépressible des années de honte ou exaltation jubilatoire d'une jeunesse qui devient immortelle d'avoir su sacrifier jusqu'à l'espérance apparente. Mauriac, Malraux, Aragon, et même la somptueuse retraite parnassienne de Saint-John Perse jalonnent également, dans leur irréductibilité stylistique, cet évident foisonnement. Et que dire de la pensée militaire d'une Résistance qui atteint aux laboratoires alchimiques de la bombe atomique - Bertrand Goldschmidt, ou bientôt Yves Rocard - engagés latéralement dans la grande entreprise d'Oppenheimer à Los Alamos, tandis qu'au même moment, à l'autre bout, presque médiéval, de la chaîne de l'effort de guerre de la France combattante, deux Compagnons de la Libération comme Monsabert avec ses goumiers et Méric avec ses tabors descendus de l'Atlas, couvrent l'armée de la France résurgente de la très nouvelle et très ancienne gloire djihadiste des guerriers du Maroc. Ceux-ci rétablissent l'honneur de toute la France avec la gloire ineffaçable de leur peuple. Entre ces deux infinis belliqueux, séparés de plusieurs siècles d'histoire vécue, le peuple des clandestins quadrille le territoire occupé de ses «réseaux» dont l'activité croissante confère à ces années une sorte d'existence double et aléatoire. C'est, en effet, ce monde du Dernier métro où de couvre-feux violés pour des rendez-vous impromptus, une masse critique déjeunes cadres de la Résistance apprennent, pour la première fois, une illégalité qui donnera pourtant ses fondements à l'État restauré. Ce dernier en conservera un certain goût de l'audace, parfois génial, parfois irréfléchi, une irrévérence constante que seule l'autorité du général de Gaulle pourra, peu à peu, rétablir à sa manière, mais seulement treize ans plus tard, et grâce à la tragédie algérienne. Entre-temps, cette clandestinité balbutiée, ces émissions de radio brouillées mais vivantes, ces fausses identités qui finissent par devenir les vraies, et ces rencontres improbables des aristocrates révoltés, des prolétaires assumés et des bourgeois réinventés, vont accoucher de la France moderne, nous redonner un style, une pensée et même cette élégance désinvolte que symbolisera un Gérard Philipe interprétant Le Prince de Hombourg de Kleist sur la scène de Jean Vilar. Mais aussi la solidité bougonne et explosive d'un Jean Gabin, véritable héros de la Division Leclerc, synthèse de la colère rentrée des gaullistes et de la détermination prolétarienne des communistes à assumer enfin, et dans l'absolue dignité, «ce droit de bourgeoisie» qu'ils s'étaient conquis par la gloire des armes. (...)
J'ai choisi d'observer le monde depuis l'Amérique légendaire. Que New York blessée soit Rome ou Athènes importe peu: depuis le 11 septembre, c'est le c?ur sismique du grand corps planétaire. Ce point de vue me permet, je crois, de franchir"l'obstacle du bien connu ", et d'analyser l'éruption de l'absolument nouveau. Car l'Amérique change à une vitesse inouïe: elle était une solution, elle devient un problème. Plus qu'un"empire involontaire ", elle est aujourd'hui une îleprométhéenne qui se cherche des alliés et une stratégie. Si le monde en fusion qui l'entoure la menace, il la façonne également. Dans ces pages, nous parcourons donc ce"nouveau nouveau monde": depuis le Capitole et les tourbes du Mississippi jusqu'à la plaine d'Armageddon, depuis le Texas des derricks jusqu'aux hauts plateaux afghans. Nous sommes dans une quête tout autant que dans une entreprise d'élucidation. Je vois naître un nouveau califat sunnite; un espace bolivarien; une Chine majestueuse; une Turquie partagée; un bloc chiite - et une Amérique dont la géographie se redessine. Je vois poindre de grands dangers, mais aussi de fortes promesses. Cet essai s'applique à suivre les paroles de l'Apocalypse, pour les conjurer: regarde longtemps les abîmes."
Le monde ancien, c'est celui d'avant le 21 septembre 2001. Alexandre Adler analyse l'événement et ses conséquences comme ouvrant une nouvelle étape dans les relations internationales, mais aussi dans les choix politiques des principales nations, dans leurs assises sociales, et dans les représentations de chacun d'entre nous. La triple révélation du 11 septembre, de la vulnérabilité des Etats-Unis, de l'émergence d'une irrationalité politique radicale, et d'une irruption de conflits culturels ou civilisationnels dans la sphère des relations interétatiques vient en effet brouiller le jeu et nous oblige à de nouvelles synthèses. Ce livre étudie les racines profondes du terrorisme international, ses effets prévisibles et les stratégies souhaitables dans ce contexte.
Résumé : " Comme beaucoup, j'ai longtemps veillé, la terrible nuit du 11 septembre 2001. On n'observe pas souvent, dans une vie humaine, la lumière dure et blanche de l'apocalypse. Levé à l'aube dans un Paris bizarrement tranquille, j'ai revu les images mille fois répétées des tours qui s'effondrent. J'ai songé aux faubourgs poussiéreux de Karachi. J'ai médité la haine de la Qaïda contre notre temps. J'ai pensé qu'il fallait se tourner vers notre histoire récente, et j'ai entrepris de relire mes 500 et quelques éditoriaux de Courrier international. J'ai confronté avec les faits mes hypothèses d'alors. J'ai revu les années Clinton, Eltsine, Kohl, Mandela, Deng Xiaoping. J'ai voyagé, depuis la Yougoslavie déchirée jusqu'à Hong Kong, depuis le Chili jusqu'au Cachemire. J'ai rencontré des hommes d'État, des petits princes, des mafieux, des dictateurs. J'ai puisé dans ces années quelques signes - parfois des évidences. Aujourd'hui, alors que Dieu seul sait le destin de notre monde, j'ai décidé de rassembler cette masse de faits et d'hypothèses. Placé devant les pages que j'ai écrites, j'ai tenté de choisir les plus fortes. J'aimerais permettre, à tous ceux qui cherchent, comme moi, de se construire une boussole artisanale, avec les moyens du bord, afin de reprendre, peut-être sur des eaux plus tranquilles, notre infini périple à travers l'espace et le temps. " A. A.
Le monde est un enfant qui joue. J'emprunte cette phrase à Héraclite. Le monde est innocent et naïf. Il titube, hésite, frappe, détruit. Il oublie sa propre histoire. Mais chacun de ses gestes est aussi une création et un apprentissage. Les années de violence n'ont pas empêché une croissance économique mondiale exceptionnelle. L'apaisement revient, alors que l'économie s'effondre. La crise sans précédent que nous traversons jouera son rôle: la purge marquera une mutation systémique et sera aussi une opportunité géostratégique. Pour l'instant, Ben Laden n'a pas gagné, mais des éléments nucléaires, bactériologiques et chimiques circulent dans les zones les plus dangereuses de la planète. Examinant donc comme un joueur d'échecs la situation de nos grandes lignes de fracture." A.A. Biographie de l'auteur Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, agrégé d'histoire, Alexandre Adler est chroniqueur sur France Culture et membre du comité éditorial du Figaro. Il est l'auteur de plusieurs essais, qui sont tous de grands succès de librairie, dont J'ai vu finir le monde ancien.
Résumé : Certains auteurs attendent la fin de leurs jours pour revenir sur leurs premiers pas dans l'existence et en littérature. Oscar Coop-Phane n'aura attendu que ses trente ans pour raconter ce qu'est la vie d'un écrivain aujourd'hui. Ce que cet étrange travail représente pour lui de joies comme de sacrifices. Son récit n'est pas linéaire ou chronologique mais éclaté ; Oscar s'y livre par fragments (définition : morceaux cassés d'une chose), dans de courts chapitres aux titres éloquents (P. I : L'encre, La feuille, L'auteur, La fuite, Le titre... P. II : Parler, S'asseoir, Parader, Boire. .). Il mêle ainsi des souvenirs d'âges différents - de son enfance, son adolescence, sa vie d'homme. Le propos peut d'abord sembler trivial ; les bêtises en classe, les copains, sa découverte des filles, de la littérature ; les petits boulots, pion, barman ou dealer, pour vivre et écrire ; les premiers manuscrits, les refus ; puis le succès, soudain, ses livres en librairie ; et les galères encore, le métier d'écrivain, les interviews, les salons, la peur de la précarité. Mais son récit fourmille de détails qui sont autant de clés : une montre Swatch offerte par sa mère qu'elle prétend être un cadeau de son père, alors qu'il vient de quitter leur foyer ; le geste d'un patron de restaurant près de son lycée qui, chaque fois qu'Oscar s'y rend pour déjeuner, lui rend discrètement le billet avec lequel il vient de payer ; le visage d'une jeune fille, un soir, qui comme lui, semble cacher une cicatrice ; le mépris d'un éditeur ou le regard surpris d'un lecteur qui le voit servir derrière un bar alors que son visage est dans le journal. Car les détails révèlent les événements ; une enfance heurtée par les disputes puis le divorce de ses parents ; une vie de débrouilles pour se loger, manger, dès 16 ans ; le souvenir du corps d'un autre en soi, gamin ; la crainte de ne jamais être publié puis de ne pas pouvoir en vivre. Et aussi, la beauté, tant de joies : la liberté, à Paris, Berlin ou Rome ; les vrais amis et la compagnie des auteurs, Bove, Calaferte ou Dabit ; son premier prix, la fierté ; les rencontres de certains lecteurs ; une femme, l'amour, puis une enfant, sa fille. Et l'écriture toujours. C'est une existence courte, mais intense. Une leçon de courage et de style tant l'écriture ciselée d'Oscar Coop-Phane émerveille. D'une grâce et d'une justesse bouleversantes, ce livre aurait pu s'appeler Morceaux cassés d'une vie autant que Lettre à un jeune écrivain. Ou, s'il avait été écrit par un autre, Et tu seras auteur, mon fils.
Résumé : Maurice Sachs brûlait. sa vie comme un acteur brûle les planches. Il avait de la présence, du magnétisme. Luxe plus rare, il avait du regard et de la mémoire. Rescapé chaque soir du jeu d'enfer de sa vie, une vie de jeton de casino, il prenait le temps, avant l'angoisse du matin prochain, de jouer encore à se souvenir... Et il se souvient, ici, du temps du B?uf sur le toit, paradis des Années folles, hanté par Cocteau et tant d'autres qui surent, de la vie, faire un interminable bal tragique...
Résumé : Paru en 1845, Paris anecdote est un livre consacré à la vie quotidienne à Paris, au milieu du XIXe siècle. L'auteur revient sur les métiers les plus insolites de la capitale : du pâtissier ambulant à la femme qui a fait fortune en vendant de la mie de pain récupérée pour les oiseaux, en passant par l'éleveuse de fourmis ou l'exterminateur de chats. Il raconte la vie d'une maison du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où logent peintres, poètes, chanteurs, tous pauvres et flamboyants, des princes râpés de la bohème. Il raconte ses nuits dans les plus fameuses tavernes et autres cabarets du quartier des Halles, mille rencontres avec des Parisiens et des banlieusards qui commercent, rêvent, boivent, perpétuant un Paris du Moyen Age depuis bien disparu et qui ont fait de Paris, à jamais, la ville qu'elle est. Industrieux du jour et dériveurs de la nuit, comme ce pair d'Angleterre excentrique et tragique, ou cette tenancière de café gouailleuse, c'est le grand et petit peuple de la capitale du XIXe siècle, pour reprendre l'expression de Walter Benjamin. Un Paris disparu, d'avant les travaux du baron Haussmann, d'un temps où, comme l'écrit Privat d'Anglemont dans ce livre culte et inédit depuis des décennies, " on voulait s'amuser, on ne pensait même qu'à cela ".
Résumé : " Une petite fille nous aborde : Qu'est-ce que vous cherchez ? Elle a un regard joueur et curieux, je lui explique. Ici, il y a des années, sous le régime khmer rouge, c'était un hôpital, et j'ai enterré de très nombreux corps dans des fosses. Puis l'eau a englouti ce lieu, et on a bâti des maisons. Elle joue avec un petit bout de bois, un peu gênée : Je sais. On dort sur les morts. La nuit, parfois, on les entend parler. J'insiste un peu : Mais tu as peur ? Elle sourit : Non, on n'a pas peur, on les connaît. " C'est à un voyage hors du commun que nous convient Rithy Panh et Christophe Bataille, huit ans après leur livre L'élimination - un voyage vers l'enfance et vers les rizières où furent tués, par l'idéologie, la faim et la violence, 1, 8 millions de Cambodgiens. Le grand cinéaste cherche les lieux où furent enterrés les siens : le tombeau de son père, dans la glaise ; la fosse où furent englouties sa mère et ses soeurs. Mais aussi le grand banyan où il s'abrita, désespéré, à treize ans, avec ses boeufs - sur cette colline, les khmers rouges n'osaient pas s'aventurer. Rithy Panh et Christophe Bataille roulent à travers le pays, s'arrêtent, parlent avec les bonzes, questionnent les villageoises âgées, grattent la terre et trouvent des ossement, des tissus ensanglantés. L'oubli guette, et la négation. Et Rithy Panh poursuit son chemin, cherchant la paix avec les morts et tissant un rapport unique avec les vivants, qu'il côtoie, victimes, bourreaux, complices, anciens cadres khmers rouges : le travail de connaissance ne cesse pas, à hauteur d'hommes. D'une conversation écrite avec Noam Chomsky à des échanges avec le père Ponchaud, d'un entretien avec Robert Badinter aux lettres enfantines rangées dans une sacoche de cuir, d'une méditation sur l'idéologie aux visites aux femmes-devins, les auteurs nous offrent un grand livre.