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Prismes. Théorie critique N° 1/2018
Abensour Miguel
SENS ET TONKA
14,50 €
Épuisé
EAN :9782845342743
Au milieu de la Seconde Guerre mondiale, dans une détresse fondamentale, et un désir de repenser la modernité à l'aune même de la catastrophe en cours, Adorno et Horkheimer écrivent la Dialectique de la raison. Texte qui tente de penser les démons modernes à l'intérieur même du mouvement d'émancipation qu'ont représenté la modernité, les Lumières, le déploiement de la raison. Notre époque actuelle, on le voit bien, est loin d'être étrangère à ce type de problèmes. Aux désirs régressifs d'en finir avec la raison comme à ceux de lui donner tous les pouvoirs. Aux cultes des "chefs" comme à ceux des "experts". Aux colères qui veulent tout casser comme aux certitudes sereines que tout ne va pas si mal et qu'il faut être "raisonnable". Nous essaierons d'être "le guetteur des régressions de la raison et de ses retournements en mythologie" (Miguel Abensour) et, autant que possible et sans sérénité ni assurance, le capteur, aujourd'hui, de certaines dominations enfouies ou banalisées, et de quelques ouvertures utopiques oubliées ou ignorées.
Thomas More, Walter Benjamin? La réunion de ces deux noms dans une constellation a de quoi surprendre. Rares sont les éléments qui semblent les rapprocher, sinon peut-être l'essentiel, à savoir l'utopie. Il ne s'agit pas pour autant de découvrir une filiation inconnue, ni de prétendre écrire une histoire de l'utopie dont Thomas More figurerait le commencement et Walter Benjamin l'achèvement. S'il est vrai que Thomas More est bien l'inventeur avec L'Utopie d'un nouveau dispositif rhétorique et qu'il tente ainsi une intervention inédite dans le champ politique, Walter Benjamin ne représente nullement l'achèvement de la tradition utopique qui, sous des formes diverses, a continué et continue de se manifester après lui. Le projet consiste plutôt à saisir l'utopie à deux moments forts de son destin: à son éveil d'une part, puis, face au péril extrême, à ce que Walter Benjamin appelle"la catastrophe"de l'autre".
Qui peut dire pourquoi telle ou tel a pu écrire, sa vie durant ou presque, sur l'utopie, a pu donner pour visée à son travail de penser l'utopie? Qui peut rendre compte de cette obstination à explorer, certes de façon discontinue, le vaste domaine des utopies? Comment tenter d'expliquer cette attirance, mieux cette attraction que peut exercer l'utopie, où certains ont voulu voir le signe d'une loi d'attraction? Comme si là se tenait un objet essentiel, à la teneur inépuisable qui tout à la fois se manifesterait et se déroberait. L'utopie, énigme en quelque sorte.Quant à l'obstination, elle paraît découler d'une révolte soutenue à l'encontre de la haine de l'utopie. Tous les procureurs du monde dénoncent les «utopies impossibles et coupables», les utopies coupables parce qu'impossibles. Comme on le verra dans ce volume, A. Blanqui a justement pointé cette lutte dans la langue autour du terme utopie. Pour les tenants de l'ordre existant, il importe de rejeter l'utopie du côté de l'impossibilité pour mieux liquider son impulsion à l'altérité. L'intervention de Blanqui est d'autant plus précieuse qu'elle circonscrit très exactement le moment où est née la haine de l'utopie dans la modernité, à savoir les années 1840. Haine qui culminera et deviendra meurtrière lors de la répression sanglante de l'insurrection ouvrière de juin 1848, puisque les pourfendeurs de l'utopie laissèrent la plume pour prendre le fusil. Or, de nos jours cette haine de l'utopie s'est considérablement renforcée en ce que publicistes, historiens, philosophes n'hésitent pas à faire de l'utopie le berceau de la domination totalitaire. On reconnaît là le geste propre à notre époque qui consiste à discréditer tout phénomène en rupture - 1793, la révolution, l'utopie - en l'accusant aussitôt de préfigurer ou de préparer le totalitarisme. Ainsi peut-on lire couramment l'expression l'utopie totalitaire» comme si soudain utopie et domination totale étaient devenus deux termes synonymes. A ces accusateurs pressés et peu soucieux d'exactitude, qu'il suffise de rappeler que l'extension de la domination totalitaire a commencé par liquider tout ce qui de près ou de loin avait un parfum d'utopie. Le totalitarisme, loin d'être l'enfant de l'utopie, n'a pu prendre son essor que sur son cadavre.Pourquoi la conversion utopique? Le vocable retenu ne doit pas faire illusion. Il ne s'agit nullement d'entendre le terme «conversion» au sens religieux et de reprendre à notre compte l'interprétation de l'éditeur catholique de L'Utopie de Thomas More. Estimant que la fonction essentielle du livre de More est la fonction maïeutique, André Prévost s'emploie à montrer que l"Utopie est l'instrument d'une véritable métanoia, d'une métamorphose de l'âme se détournant du monde - et de la cité terrestre - pour se tourner vers Dieu. «Une fois encore - écrit-il - la construction de More se révèle être, non pas un exemple paradigmatique à imiter d'une manière littérale, mais un instrument de renaissance intérieure. Le mouvement dialectique qu'elle suit conduit moins à des réformes ou à des révolutions qu'à une conversion, à un retour, à une communion de nature avec les autres hommes, à l'acceptation de principes fondamentaux qui mettent au premier plan la responsabilité face à Dieu». Si conversion il y a, ce mouvement ne peut être qu'une conversion à l'utopie. La conversion utopique signifie et ne peut signifier que la conversion à l'utopie même et non à ses thèmes ou à ses contenus; entendons, à un complexe d'impulsions, d'attitudes, voire de postures propres à l'utopie. Manifestation de l'héroïsme de l'esprit humain» au sens de G. Vico, l'utopie est cette disposition qui grâce à un exercice de l'imagination ne redoute pas dans une société donnée d'en transcender les limites et de concevoir ce qui est différent, le tout autre social. (...)"
Selon l'opinion du jour, Hannah Arendt serait connue et reconnue pour avoir élaboré sur des grandes philosophies politiques du temps présent. Cette appréciation n'a-t-elle pas pour défaut d'occulter l'hostilité déterminée d'Hannah Arendt à ce qu'il est convenu d'appeler "philosophie politique" ? Hannah Arendt n'a-t-elle pas explicitement avoué qu'elle prenait toujours soin de mentionner l'opposition qui existe entre philosophie et politique ? De là, sinon l'ouverture d'un réquisitoire, tout au moins la mise en lumière de ce qui fait obstacle à une fusion harmonieuse entre philosophie et politique. N'est-ce pas du côté d'une conception héroïque de la politique que Hannah Arendt trouve une réplique pertinente aux déficits de la philosophie politique classique ? Loin de mener à un retour vers une science empirico-analytique des phénomènes politiques, l'offensive d'Hannah Arendt conduit au seuil de ce que pourrait être une philosophie politique critique. La question est : faut-il canoniser Hannah Arendt ou bien laisser entendre la voix dérangeante de "l'enfant terrible" de la pensée politique ?
La lumière et la boue Le Rouge et le Noir à l'ombre de 1793 Ainsi Stendhal dans Le Rouge et le Noir permet à Miguel Abensour par une lecture attentive de ce texte si simplement mystérieux de débusquer interprétations et conceptions, tant sur l'oeuvre elle-même que sur l'époque qui l'a vu paraitre. Arc-bouté à une oeuvre littéraire il modifie les interprétations admises et les visions sur l'époque. Les amours improbables sont tragédies. "Pour reprendre la fameuse formule d'Anacharsis Cloots, "Ni Marat, Ni Roland", la ligne directrice de cet essai sera : "Ni Soboul, Ni Furet". Le pari est fait que le temps est venu de proposer une lecture qui se tienne à l'écart des idéologies qui Ont présentement cours, soit l'identification du jacobinisme à une préfiguration du léninisme, soit la glorification de Thermidor. Autrement féconde nous apparaît l'approche de R. Bodei qui, dans La Géométrie des Passions, en confrontant le projet jacobin à Spinoza dévoile une nouvelle constellation dans laquelle le recours à la crainte et à l'espoir, loin de viser à l'asservissement du peuple travaille à sa libération. Aussi cet ouvrage aura-t-il pour ambition de 's'expliquer avec Saint-Just' en faisant de la question politique le lieu critique par excellence ? Une des intentions de mon travail critique est d'aboutir à la mise en lumière de ce que s'appelle, l'aporie de l'héroïsme. L'action politique ne peut pas se passer du courage, voire de l'héroïsme, mais la forme héroïque, l'intrigue de l'héroïsme ne conduisent-elles pas souvent à une sortie du politique, à la dénégation de la logique qui lui est propre"
A mon réveil il ne fait pas encore jour. Le trottoir donne une certaine légèreté au sommeil. Le moteur des véhicules devient peu à peu mélodieux, mais les rires et hurlements incessants achèvent la douceur du rêve. Le bitume et sa réalité aux émanations d'urine séchée, se chargent de me tenir éveillé. A cinq heures du matin, le carton et son parfum puant me rendent malade. Mon odeur mêlée aux effluves du carton, en produit une troisième, insoutenable. Je me lève et marche. Alors que le jour point, d'autres dorment, usant les mêmes cartons fétides, les mêmes pieds les effleurent, les mêmes yeux les offensent. Je suis seul à les observer, seul à les percevoir."
Guy, Merci pour documents de l'I.S.et ouvrages de Henri Lefebvre, d'une importance vitale pour moi ici. Est également important pour moi de correspondre avec toi, parce que "les interlocuteurs valables sont tout de même encore rares". Mais j'énumère tout de suite les difficultés : Trop sommaire une correspondance facilite les malentendus les plus nuisibles ; [...] Une différence radicale entre circonstances, ambiances, situations et problèmes risque de nous faire, toi à Paris et moi à Montréal, écrire pour nous entendre des lettres "non-averties", un non-sens que seules une certaine bonne volonté et une objectivité en "en soi" peuvent éviter. Il vaut cependant la peine d'essayer de correspondre. Décidément. " [...] Début de la lettre (inédite) de Patrick Straram à Guy Debord (1960). Suivi d'une lettre (inédite) de Patrick Straram à Yvan Chtcheglov (1959).
Abensour était un homme de l'égalité, un homme du conflit pour mieux établir un lien d'égalité. Dans n'importe quel entretien qu'il vous accordait, il s'arrangeait toujours pour rétablir l'égalité, vous poser une question, vous dire qu'il ne connaissait pas telle référence à laquelle vous aviez lait allusion, tandis que c'est vous qui étiez demandeur de ses références et de ses réflexions. Il récusait le paradigme de l'ordre pour celui du lien, tant dans les rencontres individuelles que dans la communauté politique. C'était son tété Spinoziste : plutôt qu'un pouvoir sur les hommes, valoriser un pouvoir entre les hommes et avec les hommes, parce qu'il augmente la puissance d'agir." (P. V] "Qu'est ce qu'une bonne rencontre, à l'opposé du malencontre, sinon l'événement heureux ou se forme entre les hommes un nouveau lien, un nouveau tissu relationnel tel que ce tissu augmente aussitôt la puissance collective d'agir, la puissance d'agir de concert ? " M. A.