Fin des grands récits, fin du monde, fin de l'homme : nous n'en finissons plus de penser les fins et de nourrir la pensée du post-, et d'interroger ce faisant les conditions de notre présence. C'est qu'il faut encore des humains pour penser le posthumain... S'il révèle les limites de la réflexion sur l'après, inversement le posthumain peut fissurer le socle épistémologique de la finitude humaine. Le "post" est toujours un "déjà". Dans la fiction et dans les pratiques, cette réflexion elle-même hybride donne naissance à des manifestations hybrides, parmi lesquelles les cyborgs, les mutants et les hackers occupent une place privilégiée en tant que figures singulièrement populaires dans la représentation de nos rencontres avec d'autres formes - animales, machiniques, médiatiques... Si le principe de comparaison laisse entendre précisément qu'hybrider, c'est penser, une approche de ces figures et structures hybrides semble propre à la compréhension des systèmes et des communications dans lesquelles nous nous inscrivons.
Boof-Vermesse Isabelle ; Monfort Bruno ; Paquet-De
Jeu fluide qu'inquiéterait le ballet subreptice des métaphores, The House of Mirth, somptueux roman de Wharton, prend et donne la mesure de la théâtralité du social et de la facticité du réel. Exclue du cercle enchanté, l'héroïne livrée au délitement des certitudes donne corps à un mystère de la grâce. Le sombre naturalisme d'une certaine tradition du cinéma vient le relayer un siècle plus tard : dans l'adaptation filmique de Terence Davies, la mise en scène étudiée trace l'épure d'une chute inexorable faute de catharsis. Le succès critique et public du film comme du livre se nourrit ainsi de l'échec de Lily Bart. La collection bilingue "Intercalaires : Agrégation d'anglais" s'adresse aux candidats préparant le concours, ainsi qu'à tous ceux qui s'intéressent aux sujets inscrits au programme. Elle propose un complément aux cours qui se veut une ouverture sur les questions abordées par la recherche contemporaine.
Comme son titre l'indique, ce numéro d'Otrante s'inscrit dans la continuité d'un autre qui l'a précédé, "Mutations 1 : Corps posthumains". Ce dernier mettait en avant un processus d'évolution où le corps devient mutant, se modifiant en fonction d'un imaginaire de l'altérité posthumaine qui relève aussi d'une réflexion philosophique. C'est d'abord du corps lui-même que l'imaginaire de la mutation était envisagé. Le présent numéro sur "Homme/machine" offre plutôt des analyses qui, à l'inverse, montrent comment elle altère la réalité sociale, et pour cette raison, provoque des mutations qui ont des effets sur les individus : sa psyché, son ontologie, et même sa physiologie. De la machine à la machination, se dessine souvent un dispositif coercitif qui pèse sur les existences. Malgré les apparences parfois trompeuses, les machines sont rarement des entités neutres et il arrive qu'elles agissent sur la nature humaine, au point de la transformer. Des trains symbolisant le progrès de l'âge industriel aux ordinateurs produits par Bill Gates et Steve Jobs en passant par le téléphone et la voiture, la machine a complètement transformé l'environnement, imposant la mécanique au coeur de la nature et transformant par la même occasion les comportements et les modes de pensée de l'humanité. La fiction, plus que jamais, en traduit les effets. Ce sont ces effets que les articles de ce volume entendent explorer.
Roman de moeurs écrit par une expatriée et donc doublement marqué par la distance, qui seule permet de comprendre et peut-être de juger, The Custom of the Country, publié en 1913, brosse le portrait sans complaisance de l'ambitieuse la plus dépourvue de scrupules de l'histoire de la littérature. Cet ouvrage collectif propose plusieurs lectures dans le but de rendre compte de la complexité de ce portrait, celui d'une femme mais aussi celui d'une époque.
Le journal d'Henri Heinemann est, par excellence un document littéraire : il en a la sensibilité et, souvent, la beauté. Du mitan au viellissement, il y décline un magnifique don d'observation et d'analyse. Des hommes, des femmes, illustres ou inconnus, traversent son existence. Cependant, l'essentiel de cette matière est fait de l'amour qu'il porte aux livres. Claude martin, l'un des éminents spécialistes d'André Gide, emploie, dans sa préface, le mot de "monument" à propos de L'éternité pliée.
Une journée à Beyrouth. Au lendemain de l'assassinat d'un chef politique, une manifestation géante occupe les esprits. En marge de la foule, spectateur indifférent, acteur malgré lui un jeune homme sans nom, cigarette au bec et bières à la chaîne, dont la volonté est de ne rien entreprendre, parcourt la ville par ennui, suit une ancienne maîtresse, assiste à une bagarre, se rend à une soirée, écoute avec plus ou moins d'indifférence le récit des histoires qui se font et se défont. Dans ce premier roman, Toufic El-Khoury dit l'ennui du monde avec une remarquable économie de moyens. La force du livre tient à sa concision et à sa sobriété.
Dans la première partie de Les deux pères, Josy Adida-Goldberg retrace sous forme de chronique l'histoire de sa famille - de l'arrivée à Constantine de son ancêtre, juif tétouanais, Salomon Adida, vers le milieu du 19e siècle, au départ d'Algérie de sa famille en 1961. On y trouve des morceaux d'histoire captés par l'enfant et la jeune fille. Dans la deuxième partie, la narratrice retrace la relation d'une transhumance depuis Constantine, en passant par Strasbourg puis Paris. C'est aussi une expérience intérieure: les contingences et les interrogations en articulant la trame. Dans la troisième partie, enfin, elle donne la parole à son époux défunt. Et avec émotion, elle lui fait dire ce qu'il s'est obstiné à taire. Récit attachant qui évoque une Algérie disparue, il témoigne d'un itinéraire et de l'acclimatation d'une famille, arrachée à son lieu d'origine par al guerre. C'est aussi un document sur la migration et l'intégration des juifs d'Algérie sur le territoire métropolitain. Benjamin Stora, historien et politologue, professeur d'Histoire du Maghreb à l'INALCO, dit en quoi Les deux pères transcende le simple récit autobiographique.