L'entreprise d'aujourd'hui exige de prendre en compte l'humain dans sa globalité: après avoir mobilisé les "forces de travail" elle sollicite dorénavant l'intelligence, la créativité, l'imaginaire de l'individu, suscite son adhésion au projet de l'entreprise, et fait appel à ses capacités de coopération. Face à ces nouvelles exigences, le tableau clinique est mélangé: d'un côté l'euphorie, le sentiment d'autonomie, le plaisir de "l'investissement" au travail, de l'autre des solidarités défaites, de l'épuisement professionnel, de la concurrence abrasive, de l'exclusion. Exister dans l'entreprise confronte donc à des enjeux, des contradictions et des paradoxes multiples. Dans cet ouvrage, destiné aux chercheurs comme aux praticiens, plusieurs auteurs se sont saisis de ces questions. Après avoir clarifié les nouvelles modalités du marché du travail, ils explorent les conditions d'existence au sein d'entreprises publiques ou privées confrontées à des mutations profondes, et in fine, interrogent l'avenir des nouvelles formes de mobilisation
Depuis un peu plus de trente-cinq ans, les sociologues cliniciens du Laboratoire de changement social et politique animent le séminaire "? Histoires de vie et choix théoriques ? " où des chercheur. es sont invité. e. s à élaborer autour de la question suivante : "? Quels rapports faites-vous entre votre histoire (personnelle, familiale, sociale) et vos choix théoriques, épistémologiques, méthodologiques ??? " Cet ouvrage regroupe les contributions de femmes et d'hommes nés pendant la Seconde Guerre mondiale ou dans l'immédiat après-guerre ? ; il interroge la pertinence de l'expression "? Génération 68 ? " dans la pratique des sciences sociales françaises. René Badache (sociologue, comédien intervenant), Geneviève Fraisse (philosophe, CRAL/EHESS), Olivier Frayssé (professeur en études anglophones, Sorbonne Université, HDEA), Vincent de Gaulejac (sociologue clinicien, Université Paris VII), Danièle Kergoat (sociologue, CNRS), Christian Laval (sociologue, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Sophiapol) et Annie Thébaud-Mony (sociologue, Inserm) offrent de répondre avec nuances à cette question.
Gaulejac Vincent de ; Hanique Fabienne ; Roche Pie
Cette vue d'ensemble des enjeux théoriques et méthodologiques qui traversent la sociologie clinique permet de définir les contours d'une orientation à partir de son histoire, de son objet, en précisant ce qui spécifie sa pratique et, in fine, sa visée. La sociologie clinique connaît depuis maintenant deux décennies un développement important, en lien avec la montée toujours plus forte des préoccupations et des demandes sociales sur les dimensions subjectives de la condition humaine. Cet ouvrage constitue le bilan de ses enjeux théoriques et méthodologiques : définition et analyse de son objet lui-même, autrement dit des processus sociopsychiques mais aussi de la spécificité de sa pratique (coopération étroite entre chercheurs et acteurs, Co acheminement du sens de l'expérience et de la situation ; coconstruction des savoirs ; mise en travail par le sociologue lui-même de sa propre implication dans la recherche ; visée compréhensive, analytique mais aussi émancipatrice).
Immobile face à sa femme, il attend les premières séries de l'après-midi. Six mois qu'elle est partie. Elle n'a jamais donné de nouvelles et lui, comme un con, il garde sa photo sur la télé. II s'entend lui chuchoter "ils m'ont viré, tu te rends compte, ces salauds", et il est sûr d'apercevoir aux commissures de ses lèvres l'ébauche désolée d'un sourire. Ici, on voudrait s'aimer et on ne sait pas bien comment ; on parle sans toujours trouver les mots ; on s'accroche au quotidien comme on peut. Au fil des quinze histoires qui composent ce recueil, on croise des individus qui donnent parfois l'impression de marcher à côté de leur propre existence. Le propos est grave, souvent drôle, toujours tendre.
Le 1er août 1909, François Faber remporte la septième édition du Tour de France cycliste. Le " Géant de Colombes ", ancien docker sur le port de Courbevoie, entre dans la légende, mais bien plus qu'un parcours sportif exemplaire son itinéraire est un condensé de la France de la Belle époque. L'histoire d'un gamin de banlieue au physique hors du commun et à l'appétit féroce, grandi entre maraîchages et usines, puis saisi par le démon d'une petite reine qui fera sa fortune. Un enfant de son siècle, qui croise aussi en chemin la terrible crue de la Seine en janvier 1910, le grand Jaurès quelques jours avant son assassinat, puis fauché en pleine gloire en mai 1915, lors de l'une des plus formidables offensives de la Grande Guerre... En s'appuyant sur la presse d'époque et sur de nombreux documents inédits, ce livre retrace le destin romanesque de ce champion attachant, l'un des plus populaires de son temps, né et grandi en France, devenu luxembourgeois à sa majorité sans jamais quitter sa ville de Colombes, puis engagé volontaire dans la Légion étrangère pour défendre sa patrie d'adoption.
Perrat Benoît ; Pitte Jean-Robert ; Guillot Pierre
Résumé : Grand chef cuisinier aux côtés des Escoffier, des Rambert et des frères Rouzier notamment, le Bressan Benoît Perrat (1873-1957) exerça son art dans les restaurants de tout premier ordre (Lyon, Genève, Paris, York, Berlin, Dresde) puis dans les cours princières et royales d'Europe centrale de la Belle Epoque (Saxe, Bavière, Roumanie, Hongrie). Contraint par la Grande Guerre à quitter ceux qu'il avait somptueusement servis, il retrouve ses terres natales et s'installe quelque temps après à Vonnas (Ain), la "Mecque de gueule", où il tiendra jusqu'à la Seconde Guerre mondiale toujours avec panache et distinction, jusqu'au raffinement ultime, la table et le Grand Hôtel Moderne. Il y rédigera sa célèbre "rhapsodie culinaire et gastronomique", Cornus en Bresse (1932) ? rééditée en 2002 ? et en 1938 sa Hongrie gourmande, restée inédite et publiée ici pour la première fois. Ce recueil surprenant assemble une centaine de ses recettes magyares récolées au gré de ses rencontres, de ses pérégrinations, de ses affectations et de ses enchantements. Récolées... ! C'est peu dire. Benoît Perrat y atteste surtout le "véritable esprit de la gastronomie qui est un patrimoine vivant, en évolution constante, ouvert à toutes les influences extérieures qui sont découvertes, apprivoisées, domestiquées, puis intégrées". C'est donc à une savoureuse déclinaison des riches spécialités danubiennes, parfois "métissées de Bresse", que Benoît Perrat convoque ses lecteurs, au premier rang desquelles le fameux gulash, et bien sûr le paprika, piment-roi de la cuisine magyare. Il les invite surtout à mettre avec lui la main au fourneau puis la serviette au cou.
Au matin du 22 mars 2016, en se rendant à son bureau, Caroline Choplin monte dans le dernier wagon de la rame de métro qui s'arrêtera brusquement à la station Maelbeek. Elle ne le sait pas encore, mais ce choix involontaire lui sauvera la vie. Trois ans après le double attentat qui a frappé la capitale belge, elle revient sur les émotions ressenties ce matin-là et celles des jours et des mois qui ont suivi le choc.