Le Komintern (l?Internationale communiste) a longtemps été très mal connu des historiens et encore plus du grand public. De sa naissance en 1919 à sa dissolution par Staline en 1943, cette organisation a pourtant joué un rôle essentiel dans les événements du XXe siècle. Un rôle souvent nié par les partis communistes européens, qui ne souhaitaient pas rappeler un passé gênant, et aujourd?hui mis en lumière grâce aux documents conservés à Moscou, au Centre des archives russes (RGASPI). Certaines de ces archives sont aujourd?hui encore particulièrement difficiles d?accès. C?est le cas des 310 télégrammes présentés dans ce volume, qui concernent les partis communistes de l?Europe occidentale et centrale: Grande-Bretagne, Belgique, pays scandinaves, Allemagne, Suisse, Italie, Yougoslavie, et bien sûr la France, qui représente la moitié du corpus. Il a fallu une étroite coopération avec les archivistes russes et la collaboration des universitaires russes pour obtenir la possibilité de publier ces télégrammes. Une telle entreprise est d?autant plus exceptionnelle qu?elle correspond au moment d?ouverture des années 1990, les archives du Komintern s?étant depuis - pour combien de temps? - refermées. Leur présentation est en outre rendue très complexe par leur codage et par la diversité des langues d?origine: russe, anglais ou allemand... Ces télégrammes inédits représentent les communications entre le centre de l?Internationale, à Moscou, et les différents partis communistes européens, selon un procédé alors à la pointe de la technique: le chiffrogramme. La période concernée, 1939-1941, est courte, mais d?une importance décisive. On sait le caractère crucial - et très controversé - des événements qui séparent le pacte germano-soviétique (août 1939) et l?invasion de l?Union soviétique (juin 1941). Événements souvent abordés dira-t-on. Oui, mais par une histoire « policière » prompte à simplifier, qui ignore largement les processus de prise de décision ou d?élaboration politique en fonction des situations et des contraintes du moment. Cet ouvrage propose, de par sa nature même, des « révélations », notamment sur l?attitude du PCF et des dirigeants du Komintern face aux événements: pacte germano-soviétique, déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, interdiction du parti par le gouvernement, invasion de la France, négociations entre le PCF et les Allemands à Paris dans l?été 1940. Mais plus encore, il plonge le lecteur dans le réseau politique original et exceptionnel que représente alors le mouvement communiste. Il pourra mesurer les liens de subordination très forts à l?égard de la direction du Komintern, étroitement contrôlée par Staline, mais aussi les tâtonnements et les incertitudes: ceux des militants illégaux, pourchassés et isolés, comme ceux des dirigeants soviétiques souvent pris à contre-pied par l?évolution inattendue des situations. Bref une documentation exceptionnelle qui, loin des anciennes histoires officielles, montre le fonctionnement réel des organisations communistes et éclaire certaines des années les plus noires de l?histoire européenne.
Que devinrent les enfants de déportés après la Libération ? Cachés et traqués durant l'Occupation, souvent orphelins, ils rencontrèrent des hommes et des femmes qui leur tendirent une main fraternelle. Tandis que la France libérée comptait ses morts, des militants juifs communistes, parfois rescapés des camps, fondèrent des foyers, patronages et colonies destinés à accueillir des enfants qu'il fallait aider à grandir en dépit des traumatismes. Au contact des moniteurs et personnels de ces centres, ceux-ci réapprirent le goût de la vie, des promenades, des loisirs. C'est cette histoire méconnue que Serge Wolikow et Isabelle Lassignardie donnent à découvrir dans ce livre. Traces longtemps oubliées de cette histoire, les dessins des enfants refont aujourd'hui surface. Drôles, émouvants, parfois taquins, ils sont un témoignage inestimable de l'état d'esprit des enfants, de leur entourage, et permettent d'exprimer l'indicible.
Pierre Semard (1887-1942) fut secrétaire général de la fédération CGT des cheminots, et un des dirigeants du mouvement communiste. Son action syndicale, commencée au temps de la Première guerre mondiale, s'est déployée au niveau national et international durant l'entre-deux-guerres. Il fut ainsi mêlé aux scissions et réunifications syndicales, à la naissance du PCF, à la bolchevisation, mais aussi à son inscription dans la réalité politique et sociale française. Son exécution, comme otage, par les autorités allemandes d'occupation en 1942 suscita une émotion et une réprobation qui en firent dès lors une figure de la lutte des cheminots pour l'indépendance nationale. Ainsi le nom de Semard, certainement l'un des plus familiers - notamment parce que nombre de cités, places et rues portent son nom -, est devenu, après 1945, emblématique de l'action syndicale et patriotique des cheminots. Cet ouvrage s'appuie sur un colloque organisé à Dijon avec l'Institut d'histoire sociale de la CGT des cheminots. Il rend compte de cet itinéraire singulier et appréhende la construction de la mémoire à partir des archives d'organisations comme des écrits personnels. . . Serge Wolikow, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Bourgogne, dirige la Maison des sciences de l'homme (MSH), et est président du réseau des MSH. Membre de l'UMR 5605 où il dirige une équipe de recherche sur les gauches en Europe, il est actuellement engagé dans un programme de recherche sur les archives des mouvements sociaux.
Cet ouvrage s'efforce de restituer l'action des anciens déportés, internés et résistants dans la société française au fil des événements politiques français et internationaux. L'activité organisée de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP) pour la reconnaissance des droits des survivants des camps comme pour leur réinsertion, son combat pour la défense des valeurs qui ont constitué les références communes Lie la Résistance sont étudiés et rappelés au long des différents chapitres, chronologiques et thématiques. Est aussi évoqué le rôle des personnalités qui, dans la diversité de leurs engagements, se sont retrouvées pour créer la FNDIRP, qui rassemble toutes les victimes de la répression nazie, qu'elles aient été déportées ou internées pour leurs idées politiques, leur action dans la Résistance ou en raison des dispositions racistes et antisémites mises en ?uvre conjointement par l'occupant nazi et le régime de l'Etat français. Des documents inédits, des archives personnelles comme celles de la Fédération, des témoignages des militants ainsi que la collection du Patriote résistant ont fourni une documentation abondante à laquelle le livre se réfère.
Résumé : Le Front populaire c'est plusieurs combats : antifasciste et social, avec l'alliance de toute la gauche autour d'un programme commun et une victoire électorale inattendue en 1936. C'est aussi un gouvernement porté par un mouvement de grève massif et inédit qui associe ouvriers, employés, français et étrangers, hommes et femmes. Ce livre sur le Front populaire est actualisé à la lumière d'archives inédites ? les archives russes enfin accessibles, jusqu'alors très peu ou pas utilisées ?. Il est écrit en inscrivant cet épisode dans l'histoire du xxe siècle et dans l'histoire globale. La dimension internationale est très présente avec le fascisme allemand, la guerre d'Espagne, le rôle de l'URSS. Il propose une analyse de l'expérience gouvernementale, la première expérience du parti socialiste au pouvoir, sa difficulté à tenir ses engagements et à s'appuyer sur le mouvement social. Ainsi il s'agit de bien autre chose que d'une histoire de circonstance, officielle, qui irait du gouvernement Léon Blum à celui de François Hollande. Pour autant le lecteur d'aujourd'hui y trouvera matière à réflexion face à la crise économique et sociale, à la montée de l'extrême droite, au discrédit de la politique, aux divisions de la gauche et son alliance autour d'un projet mobilisateur associant réformes économiques, sociales et démocratiques.
Goebbels Joseph ; Canal Denis-Armand ; Thiérard Hé
Son nom est synonyme de mensonge et de manipulation. Joseph Goebbels (1897-1945), propagandiste en chef du Parti et de l'État nazis, artisan de la guerre totale et ultime dauphin de Hitler, passe pour le Diable en personne.Ce «monstre» a tenu son journal de 1923 à 1945 : un document unique en son genre, témoignage exceptionnel de l'intérieur du nazisme. Ce livre présente au public français 860 journées des années 1923-1933. Il fait suite au volume 1943-1945 et précède deux volumes sur la période 1933-1942, à paraître en 2007. Ces passages sont presque tous inédits, car issus de l'édition allemande des plaques de verre conservées à Moscou et éditées depuis 1992 par l'Institut d'histoire contemporaine de Munich.Le Journal témoigne d'abord de l'ascension d'un criminel, emblématique de la montée du nazisme. À 26 ans, Goebbels est un auteur raté, qui vit aux crochets de son père. À 35 ans, il est le plus jeune ministre de l'histoire de l'Allemagne. C'est un homme extrême, complexe, mais aussi d'une effrayante banalité. Il célèbre la vie et aspire à la mort. Il s'apitoie sur son sort et rêve d'extermination. Le pied-bot, le fils à sa maman (il écrit : «Mère est si gentille avec moi», comme il dira plus tard : «Hitler est si gentil avec moi»), ce pédant anti-intellectuel, se voit en «guerrier déchaîné» d'une foi nouvelle, en poète néoromantique (ses vers médiocres en témoignent), en «fanatique de l'amour». Ses jugements littéraires et cinématographiques sont d'une éprouvante nullité.Le Journal souligne les contradictions du nazisme, amalgame invraisemblable de racisme, de nationalisme et de conscience sociale. Goebbels en est le porteur. Il est entré à l'aile gauche du Parti, celle des frères Strasser, pour qui capitalisme et «juiverie» étaient un seul et même ennemi. Il se voit en émancipateur des travailleurs, en Robespierre ou mieux, en Marat, mais il accepte l'argent et la société des patrons. Il appelle au meurtre des communistes et des socialistes, mais il dévore les Mémoires de Bebel et s'indigne que Marx, dans Le Capital, montre si peu de compassion pour le sort des ouvriers anglais. Il aime la brutalité plébéienne des SA, mais il écrase leur révolte en 1930, comme il approuvera la Nuit des longs couteaux.Le Journal, enfin, dépeint la mort d'une démocratie. L'acharnement politique en est tout autant responsable que le contexte économique ou politique. Goebbels parcourt sans trêve l'Allemagne entière, il quadrille la société allemande, des princes déchus aux chômeurs. Il allie les campagnes de presse agressives (son journal s'intitule Der Angriff, L'Attaque), les meetings soigneusement orchestrés, les violences contre les Rouges, les Roses, les Juifs. Il fait d'Hitler, «Chef» (en français dans le texte) d'un petit mouvement, le Führer d'une nation.Ce livre est une leçon d'histoire pour le présent. Ou comment un peuple hautement civilisé, vivant en démocratie, s'est jeté volontairement dans les bras d'hommes déterminés mais ordinaires, porteurs d'une idéologie meurtrière mais non sans faille.
Futur Nobel de littérature, le Premier Ministre britannique prenait un soin de styliste à l'écriture de ses discours de guerre. Au plus noir de la bataille d'Angleterre, dans un Londres harcelé par les bombardements allemands, chaque mot devait porter, frapper. Du sang, du labeur, de la sueur, des larmes. Mais le génie de Churchill, c'est beaucoup plus qu'un sens permanent de la formule. C'est une métrique incomparable, une musique et aussi cette voix, qu'on croit entendre, rocailleuse, emmêlée, essoufflée; six ans durant, elle a incarné la résistance des Alliés contre l'Axe. Le lecteur trouvera rassemblé ici le meilleur des discours de guerre de Churchill. Indisponibles en français depuis la fin des années cinquante, ils ont été entièrement retraduits, commentés et sont présentés en regard de leur version originale. Biographie de l'auteur Winston Churchill fut à la fois l'un des hommes d'Etat les plus importants du XXe siècle et un immense écrivain. Prix Nobel de littérature en 1953 pour l'ensemble de son oeuvre, il a notamment écrit deux récits autobiographiques, Mes jeunes années, et Réflexions et Aventures, disponibles en TEXTO.
D'un essai enlevé sur les caricatures à un autre, magnifique, sur le plaisir de peindre, en passant par une analyse du gouvernement parlementaire et des problèmes économiques, Winston Churchill partage avec son lecteur les sujets divers et parfois inattendus qui l'occupaient dans l'entre-deux-guerres. On avait découvert un écolier turbulent, un soldat courageux et un écrivain prometteur dans Mes jeunes années. On retrouve ici un homme tout aussi aventureux, dont l'expérience s'est considérablement enrichie, la vision du monde et de la société sensiblement affinée et dont la vivacité de style reste un grand plaisir littéraire. A travers cette collection de pensées, de souvenirs, de réflexions et même de prédictions se dégage une philosophie profonde et originale.
Tout jeune sous-secrétaire d'État aux Colonies, Winston Churchill accomplit, à l'automne 1907, une tournée en Afrique de l'Est. Au cours de son voyage, il combine travail et plaisir: aux parties de chasse au gros gibier et expéditions touristiques, succèdent les rencontres avec des officiels, colons et chefs de tribus. Dans ce récit de voyage, il conte ses journées africaines, décrivant du point de vue d'un Européen du début du XXe siècle l'innocence et le charme des tribus qu'il rencontre tout en dénonçant les abus du colonialisme. Alternant considérations politiques et descriptions des paysages qui l'émerveillent, Churchill mène son lecteur le long du Nil, en Ouganda et au Kenya. Véritable oeuvre littéraire, ce texte n'avait jamais été traduit en français.