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Topographie du souvenir. "Le livre des passages" de Walter Benjamin
Witte Bernd
SORBONNE PSN
21,00 €
Épuisé
EAN :9782878543735
Paris - lieu de mémoire Bernd WITTE Si la recherche de lieux de mémoire connaît une telle vogue aujourd'hui, c'est parce que la mémoire collective est de moins en moins agissante dans la société, parce que la possibilité d'une transmission de l'expérience s'est affaiblie à mesure que les sociétés contemporaines se sont individualisées, ne reconnaissent plus de norme sociale valable pour tous et laissent donc aussi chacun libre de décider ce qui, du passé, lui semble digne d'être transmis. Les lieux de mémoire sont le fruit d'un ultime effort désespéré pour faire coïncider l'expérience subjective personnelle avec la conscience publique qui s'est sédimentée dans les objets du monde extérieur que perçoivent nos sens. Ou plutôt: pour faire en sorte que cette expérience collective qui s'ignore prenne conscience d'elle-même. Les lieux de mémoire ne peuvent plus fonder une identité sociale, ils ne peuvent que convaincre le lecteur individuel. Vus sous cet angle, ils sont une forme déficitaire de la mémoire culturelle. Dans le Livre des passages, la grande oeuvre de sa période tardive à laquelle il a travaillé entre 1933 et 1940 dans son exil parisien, Walter Benjamin a essayé de lire Paris «la capitale du XIXe siècle» en tant que lieu de mémoire. Au XIXe siècle déjà, par exemple dans les Lettres de Paris de Ludwig Borne ou le Lutetia de Heinrich Heine, la capitale française avait fait l'objet d'une lecture topologique qui cherchait à y saisir la situation de la conscience publique et de la vie culturelle de l'Europe. Benjamin s'insère dans cette tradition, mais dans des conditions médiatiques et un contexte historique totalement différents. Heine était venu à Paris pour fuir la Restauration metternichienne, espérant trouver ici la liberté de pensée et un champ d'action politique. Benjamin a fui le national-socialisme pour une ville dont on allait découvrir très vite qu'elle était elle-même menacée d'être agressée par l'Allemagne national-socialiste. La méthode du travail entrepris par Benjamin est déterminée essentiellement par le fait que, depuis le début du XIXe siècle, les médias par lesquels s'expriment l'art et la culture se sont fondamentalement modifiés. Benjamin a conscience qu'au lieu de la reproduction mécanique de l'information par les techniques de l'imprimerie traditionnelle ou automatique, comme du temps de Heine, c'est la reproduction analogique par le film et le grammophone qui est devenue le média dominant. Il constate: «En un temps où les hommes étaient devenus étrangers les uns aux autres à un degré extrême, où il ne leur restait plus que des relations médiatisées à perte de vue, le film et le grammophone ont été inventés.» (GS II, 436). Dans ces conditions médiatiques, la lecture de l'espace urbain prend une autre forme. Elle ne se fonde plus - comme au temps de Heine - sur le spectacle concret de l'histoire inscrite dans la pierre des places et des rues, mais sur la collecte et la lecture de tous les textes qui ont jamais été écrits sur cette ville. Le projet de Benjamin de lire les passages de Paris comme «histoire originelle» du XIXe siècle et, par conséquent, de la modernité se révèle être ainsi une tentative pour construire «une mémoire archivistique» qui, dans sa rage de tout noter, est le reflet fidèle de la rage de produire qui sévit en Occident depuis le début des temps modernes. Les dossiers dont se compose le Livre des passages, constitués de centaines d'extraits et de citations, sont classés - et ce n'est pas un hasard - selon un alphabet majuscule et un alphabet minuscule. Il en résulte une encyclopédie dans laquelle les mots clés de l'univers social passé se retrouvent disposés selon l'ordre alphabétique, un ordre rigoureux certes, mais sans signification. Ce qui s'y exprime, ce n'est pas la ville, son architecture, sa vie sociale, c'est ce qui a été écrit sur elle. Benjamin a signalé lui-même cet état des choses dans un bref texte qu'il appelle une «allégorie bibliographique»: il y évoque «la déesse de la capitale française, dans son boudoir, étendue rêveusement». Elle est entourée de toutes sortes de bibelots représentant les monuments célèbres de Paris «pour rappeler la mémoire de tant de choses disparues». Cette miniaturisation de l'aspect physique de la ville montre que celui-ci a perdu de son importance pour décrypter le souvenir et l'expérience transmise par lui. Tandis que Heine pouvait chercher à lire l'esprit public et ses perversions à travers la trace qu'ils ont laissée dans la pierre, à présent il faut le faire à travers la littérature sur la ville: «Puis, renchérissant sur ce bric-à-brac pittoresque, le submergeant, à perte de vue, la masse inépuisable des livres aux mille formes - in-seize, in-douze, in-octavo, in-quarto et in-folio de toutes les couleurs... - [...] Les hommages de tout ce qui écrit dans le monde entier.» (GS III, 139 sq) Dans ce texte en forme d'emblème baroque, Benjamin montre au lecteur que le véritable lieu de mémoire qui permet d'atteindre le résultat souhaité, suspendre les forces productives - le repos «rêveur» de la déesse Paris -, c'est la littérature.
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Né en 1892 à Berlin et mort en 1940 à la frontière franco-espagnole (Port-Bou), Walter Benjamin a toujours erré "aux confins des doctrines qui se combattent, dans les lisières entre histoire, sociologie, esthétique et théologie" (H. Bianciotti). Ami de Scholem et de Brecht, accueilli par G. Bataille et P. Missac à Paris, dont il voulait écrire l'histoire comme "capitale du XIXème siècle", qualifié de "rabbin marxiste" et de "matérialiste messianique" à cause de son approche nouvelle de l'expérience historique, il reste encore à découvrir. Essais sur son oeuvre et traductions de ses écrits se multiplient. Mais il manquait une biographie qui retraçait l'histoire de cette vie mouvementée et introduisît à l'évolution de sa pensée, depuis ses études sur la tragédie et le théâtre baroque jusqu'aux questions touchant "l'oeuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité technique", "la photographie", la littérature, l'architecture des villes (les "passages" de Paris), et surtout le langage, la mystique et la philosophie de l'histoire.
Au regard de la disparité persistante entre l'Ouest et l'Est du pays en Allemagne, le domaine dit "alternatif" est un terrain d'étude privilégié pour comprendre la contre-culture depuis l'unification allemande de 1990. Celle-ci a-t-elle permis la conservation de deux héritages différents ? Comment le processus de rapprochement de mouvements anti-systémiques issus de deux systèmes politiques et sociaux différents s'est-il déroulé ? La culture alternative a-t-elle évité en son sein l'écueil de la reproduction de rapports de domination qui sont manifestement à l'oeuvre au niveau fédéral ? Issue de nombreux voyages et rencontres, cette étude se propose de chercher une réponse à ces questions à travers le milieu identifiable, stable sur une certaine durée, des " communautés alternatives " implantées en milieu rural. L'analyse s'appuie d'une part sur une attention particulière au milieu, à la langue et au contexte culturel, d'autre part sur les méthodes empruntées aux sciences sociales, en particulier à l'analyse historique des mouvements sociaux, à l'histoire orale, aux entretiens qualitatifs et à l'observation participante. Anne-Marie Pailhès est maître de conférences à l'Université Paris Nanterre, habilitée à diriger des recherches en Etudes germaniques. Elle est l'auteur de nombreuses publications sur la RDA et l'Allemagne de l'Est depuis 1990.
A l'image des cas psychanalytiques de Freud, les romans de May Sinclair sont des objets déconcertants placés sous le signe du singulier, du particulier et de l'inattendu. Souvent qualifiés de textes hybrides qui se tiendraient à mi-chemin entre les écritures victoriennes et modernistes, ils offrent un contrepoint intéressant aux modèles woolfiens de représentation du féminin en accordant une importance toute particulière aux discours théoriques. Esprit curieux au parcours atypique, Sinclair est en effet aussi une essayiste prolifique, dont les nombreuses publications sur le vote féminin et la condition des femmes, les articles de psychologie et de psychanalyse, les critiques littéraires et les essais philosophiques sont en dialogue constant avec les romans. Ceux-ci ne sont jamais pour autant des romans à thèses : bien au contraire, la prose sinclairienne s'attache systématiquement à remettre en question le cadre de référence, à prolonger le questionnement ou à affiner l'analyse. Explorant la complexité des épistémologies modernistes, cet ouvrage se penche ainsi sur l'influence de la pensée par cas sur la fiction sinclairienne, qui oscille entre l'énigme, le modèle, l'abstrait et l'inconnu.
Indexée sur l'expérience d'un lieu, l'écriture de Jean Rolin se situe au coeur des renouvellements thématiques et esthétiques de la littérature de ces trente dernières années : à partir d'une immersion dans un espace concret - visite réitérée, incursion, séjour prolongé - elle définit une forme littéraire située au croisement du documentaire et du romanesque, en prise sur les espaces contemporains, tentant d'élaborer les conditions d'un possible témoignage. Selon quelles modalités s'opère la saisie incarnée et située d'un territoire ? Comment l'expérience vécue est-elle recomposée par l'écriture, en marge des catégories génériques du reportage ou du récit de voyage ? Comment s'actualise la situation de l'écrivain dés lors que son rapport au monde prend soin d'écarter toute prétention didactique ? C'est à toutes ces interrogations que ce volume s'efforce de répondre à travers des lectures croisées, qui font dialoguer entre elles les différentes oeuvres de Jean Rotin pour mieux en cerner les constances, les récurrences et les évolutions.
La théorisation actuelle du personnage de fiction demeure tributaire, pour l'essentiel, de présupposés structuralistes qui ont conduit à le concevoir comme un être de papier et d'action, et comme partie d'un système. Assurément opératoire sur un vaste corpus, cette manière de penser le personnage n'en est pas moins débordée par les usages fictionnels contemporains, qui ambitionnent de documenter le fait humain tous azimuts. Dès lors, un geste d'ouverture et d'ajustement théoriques s'impose pour saisir ces nouveaux usages et leurs implications. Les études réunies dans le présent ouvrage participent ainsi de trois perspectives : poétique, pragmatique et culturelle. Attentives à leurs objets propres comme aux enjeux conceptuels qui les traversent, elles donnent à voir la singularité des nouveaux possibles des oeuvres (littéraires, cinématographiques ou numériques), et contribuent à la nécessaire historicisation des théories du personnage.