Ceci n'est pas un dictionnaire des sciences. C'est un "dictionnaire", certes, mais qui commence avec absinthe et finit à Zoroastre... Et s'il y est bien question de "science", ce n'est surtout pas celle des Scientifiques et des manuels scolaires ou universitaires, celle qu'il faut vulgariser au prétexte qu'elle serait inaccessible. Ceci est un recueil d'un bon millier d'articles, résultat de 97 regards croisés sur ce qui, dans la science, son histoire, ses personnages, ses lieux, ses idées-et surtout autour d'elle, dans ses contacts avec l'art, la littérature, l'économie, la politique ou la religion, a paru susceptible d'intéresser l'Homo sapiens du XXIe siècle. La plus totale liberté de ton est ici mise au service d'une recherche assidue de la clarté. Tout jargon, masque ordinaire de l'incompréhension, a été impitoyablement chassé, au même titre que ces figures de style signifiant qu'un savant s'adresse, du coeur de la Science, à un ignorant avide de savoir. Les sciences (toutes ou presque, et pas seulement occidentales) sont ici envisagées, non pas de l'intérieur comme c'est la coutume, mais de l'extérieur, depuis ces lieux où, au contact des autres domaines du savoir et de la culture, elles prennent tout leur sens. Le Big Bang de la cosmologie et l'ADN de nos cellules sont bien là, mais la poésie et l'alchimie ont aussi leur place; les mathématiques et la biologie moléculaire, mais aussi le mesmérisme et les anges. Avec en prime l'utilité et la subtilité, la beauté et l'ignorance, nombre de personnages inattendus et quelques dizaines d'images emblématiques de la science: la raison, fut-elle scientifique, ne peut se passer de l'imaginaire, ni la science de sa fiction. C'est à renouer les liens perdus entre les sciences et la culture que se consacre cet ouvrage, dans l'espoir un peu fou mais essentiel de voir la science, aujourd'hui gravement coupée de ce qui devrait être "son" public, c'est-à-dire chacun de nous, devenir plus intelligible. N. W.
Ceux qui avouent ne rien comprendre à la science ont au moins entendu parler de la pomme de Newton, du chaînon manquant ou de la baignoire d'Archimède. Mais savent-ils qu'une femme se cache derrière la pomme, que nombre de chaînons manquent toujours à la biologie contemporaine et qu'Archimède trempait aussi dans des affaires d'armement? Sont-ils bien conscients que le terme "big bang" est né d'une méchante plaisanterie et que Frankenstein n'est pas la créature couturée que l'on croit? Cette anthologie, par-delà l'histoire des sciences, nous conte des histoires de science, et fait le point sur les grands mythes qui nous tiennent lieu de bagage scientifique. Elle montre que ces images d'Epinal ont non seulement une logique propre, mais aussi dressent un tableau plus ressemblant que nature du monde savant et des points de friction de la pensée scientifique et du sens commun.
Résumé : Le prix de la métaphore est une éternelle vigilance annonce l'auteur en prélude à une analyse précise et fouillée des analogies, métaphores et idées reçues qui encombrent notre compréhension du vivant. L'ADN recèles les secrets du développement, nous dit-on, alors qu'il ne saurait spécifier le repliement d'une simple protéine, et moins encore les étapes du développement d'un organisme. L'organisme s'adapte à son environnement, nous assure-t-on encore, en s'insérant dans une niche écologique préexistante, quand il apparaît à l'évidence que les organismes créent eux-mêmes leur propre niche écologique. De corne de rhinocéros en maïs transgénique, sans négliger les graphes ni les analyses statistiques, Richard C. Lewontin débusque les abus de langage trop commodes qui déforment notre vision de la biologie et, en substituant à la classique double hélice une " triple hélice " prenant en compte l'environnement, ouvre à la recherche des perspectives nouvelles.
Dernier livre de Gould, Le Renard et le Hérisson est aussi une manière de testament intellectuel: le programme de son ?uvre vulgarisatrice - combler le fossé entre la science et les humanités - est le sous-titre de l'ouvrage. Avec une merveilleuse érudition qui relie Archiloque à Swift, Nabokov à Claude Perrault et, Edgar Poe à Erasme, et dans une prose foisonnante, voire baroque, il retrace les grandes lignes de la Révolution scientifique et de la vieille querelle entre science et humanités, à laquelle il propose avec sagesse de mettre fin. A la fois chercheur scientifique et écrivain, n'ayant jamaiscompris comment l'on pouvait découpler la science de son, substrat culturel, Gould dévoile les trésors de rhétorique qui structurent le discours scientifique et souligne l'importance des thèmes savants dans l'art et la littérature. Régler son compte au vieux mythe des "deux cultures": tel aura été le dernier combat de S.J. Gould.
Résumé : L'histoire des sciences traditionnelle paraît souvent rassembler ce que l'histoire a de plus ennuyeux, et la science de plus retors. Cette histoire de la Raison qui prétend, à coups de héros inspirés et de glorieuses découvertes, ignorer celles, parallèles, de la déraison et des sentiments est comme un conte de fées sans ogre qui ne ferait même pas frémir les enfants. D'où la nécessité d'une histoire " sentimentale " des sciences, susceptible de remettre un peu de désordre dans le musée poussiéreux de nos certitudes sur l'élaboration des Bavoirs. On y rencontrera un pionnier aveugle du cinéma, des Naturphilosophen politiquement incorrects, un Denis Papin fabriqué sur mesure, un Maupertuis étendu pour le compte, un chirurgien éventrant les crapauds et scrutant le sexe des sorcières, un Newton fabriquant des cerfs volants à pétards, un Voltaire tranchant la tête d'une douzaine d'escargots et un maître d'école suisse illuminant d'une formule magique le c?ur de l'atome. Des idées les moins géniales de Léonard de Vinci aux intuitions les plus fructueuses des savants romantiques, on suivra les imprévisibles linéaments de la pensée savante et l'on prendra la mesure de la profondeur vertigineuse à laquelle plongent ses racines poétiques, mystiques et magiques.
Depuis une quinzaine d'années, en Europe comme dans d'autres régions de monde, on constate que de nouveaux processus de commande ont encouragé les artistes à réaliser nombre d'oeuvres d'art public importantes. Les Carnets de la commande publique entendent évaluer par l'analyse de certaines de ces oeuvres comment la prise en charge de l'espace public peut engendrer de nouvelles attitudes. A l'occasion de réalisations ou d'expositions soutenues par la Délégations aux arts plastiques du ministère de la Culture, ces publications cherchent à déterminer les caractères spécifiques et les éventuelles conséquences esthétiques qu'entraînent les confrontation avec l'espace politique, socail de la ville, et une relation directe avec le public. Les Carnets de la commande publique, dans une double approche à la fois théorique et documentaire, proposent une analyse de ce corpus particulier, confiée à un historien ou à un critique d'art.
Résumé : L'art peut-il se passer de formes jusqu'à devenir invisible ? L'art peut-il être ? et jusqu'à quel point ? ? imperceptible ? Cet ouvrage propose une série de réponses à ces questions qui hantent l'histoire de l'art depuis ses origines et sont particulièrement prégnantes au XXe siècle comme dans la production à plus récente. Le terme inframince inventé par Marcel Duchamp, jusqu'à présent très peu étudié par l'historiographie, cristallise ces interrogations et les opérations artistiques qui leur sont liées. Il sert ici de point d'ancrage à une analyse au cas par cas d'oeuvres particulièrement exemplaires du devenir imperceptible de la plasticité. Ce livre, qui puise dans de nombreux exemples modernes et contemporains la matière de ses analyses (Piero Manzoni, Robert Barry, Ian Wilson, Max Neuhaus, Jiri Kovanda, Roman Ondák...), est cependant tout sauf encyclopédique : il propose une étude des singularités formelles et des disruptions qu'elles produisent sans souci d'exhaustivité. Comment l'oeuvre peut-elle être là sans insister sur sa présence ? Comment la disparition peut-elle devenir l'autre nom de la manifestation ? Autant d'interrogations auxquelles ces pages donnent une résonance théorique et historique. De l'inframince donc ou comment construire des intensités par soustraction.
On reconnaît immédiatement une photographie d'Helmut Newton. Comme s'il avait inventé un monde, le sien, à nul autre pareil, et une écriture photographique singulière, totalement maîtrisée, apollinienne, presque froide. Et, de Newton, l'imaginaire collectif a retenu une iconographie triomphante, solaire, faite de femmes en gloire, athlétiques, puissantes et désirantes, d'un érotisme glacé, de piscines californiennes à la David Hockney, de palaces fastueux, de fourrures et de bijoux. Bref, le monde des riches. Mais on sait moins le versant obscur, dionysiaque de l'oeuvre : la satire des riches et des puissants, l'élaboration d'un érotisme des ténèbres, où se jouent rituels SM, minerves, prothèses, enserrements du corps, et qui ouvre l'apollinisme apparent des images à la blessure dionysiaque. Jusqu'à la mise en scène des " doubles " à l'inquiétante étrangeté freudienne, des " écorchés ", des vrais-faux cadavres, des meurtres. Jusqu'à la cruelle lucidité, enfin, de son regard sur le vieillissement des corps - y compris le sien, qui fut confronté à la maladie. Surtout, et d'autant plus qu'il en a très peu parlé et s'est toujours refusé à en faire son fonds de commerce, on ignore que le jeune Helmut est d'abord un Juif berlinois rescapé de l'extermination nazie, dont la vie a sans cesse rejoué la figure mythique du Juif errant et qui trouva dans Paris, sa ville d'élection, le lieu où s'enraciner enfin, après Singapour, l'Australie, Londres et Los Angeles. Et c'est précisément à l'aune de cette judéité, jamais revendiquée comme telle mais douloureuse, que l'auteur a voulu réexaminer le corpus newtonien : en témoignent ces corps de femmes puissantes qui s'avèrent la réplique du corps aryen glorifié par le nazisme, le fétichisme des uniformes, du cuir et des casques, la présence obsédante des chiens, ou encore les portraits de Léni Riefensthal, l'égérie du Troisième Reich. Mais, de ce désastre " germanique ", Newton n'aura jamais fait la plainte amère ou rageuse : il a choisi, tout au contraire, de le magnifier. Premier essai consacré à l'oeuvre du photographe Helmut Newton.
Résumé : Né en 1952 à Minerviu en Corse, Ange Leccia est un photographe, plasticien et cinéaste français. Ses ouvres sont exposées à travers le monde dans les plus musées les plus réputés (Guggenheim Museum de New-York, Centre George Pompidou à Paris, City Art Museum à Hiroshima, etc.). Après des études à la Sorbonne et des premières créations cinématographiques, la carrière de Leccia prend véritablement son essor dans les années 80. Tout en continuant ses recherches visuelles, il met au point ce qu'il nomme lui-même des " arrangements " - face à face d'objets industriels, réflexions sur l'image filmée ou photographique, relectures de l'art Duchampien du ready-made - qui témoignent du " point juste de la relation entre les objets " d'où peut naître l'ouvre d'art. A l'image de sa photographie, ses vidéos, poésies admirables de l'errance et de la solitude contemporaines, louvoyant admirablement entre représentation et abstraction, intériorité et extériorité, expriment la volonté de Leccia d'assimiler son art à un engagement politique et une dénonciation sociale. L'identité, l'imaginaire, l'ambiguïté et la violence sont les piliers sur lesquels se fonde son expression. Ancien pensionnaire de la villa Médicis et enseignant des écoles des Beaux-Arts de Grenoble et Cergy Pontoise, Ange Leccia dirige actuellement le laboratoire de création du Palais de Tokyo. Son travail fait l'objet cette année de trois expositions en France.