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Antonin Artaud. Foudre du tact personnel
Wateau Patrick
PU VINCENNES
16,00 €
Épuisé
EAN :9782842922689
1. FéruleIL FUT UN TEMPS, dit-on, où le muthos fut remplacé par le logos, remplacé lui-même par l'écriture du romantisme allemand, puis par la grammè de Mallarmé. En plein XXe siècle, cette multirelève est retournée brutalement par Artaud qui remplace le logos par son muthos personnel. Si même cet affrontement ne définit pas toujours les interprétations mythiques de son existence, il lui manifeste par choc en retour ce qui demeurait impensé avant sa venue. Artaud implique activement son individualité, au sens de vérité indivisible, insérée dans son propre réel. Quelque chose change-t-il quand l'individuation voulue existe réellement? Non: le voulu reste voulu en devenant le souffert. A Rodez, dans une lettre à Henri Parisot, datée du 22 septembre 1945, Artaud oppose la poésie viscérale à la poésie construite de Lewis Carroll considéré comme «un lâche qui n'a pas voulu souffrir son oeuvre avant de (...)
Proximité de percussion le coeur penché de part et d'autre. Soudain sur un morceau les flammes à fines griffes et la fonte des graisses, ô l'écorcherie, cloutures de la tête !
C'est un livre qui s'éloigne, en cercles successifs, et s'éloignant se resserre. Sur notre solitude, sur nos amas de matière. Un livre qui transporte avec lui ses visages humains - leurs gerçures, leurs coups de dents - passagers clandestins du temps. A travers l'abandon et les routes perdues, les chemins gris, on touche la peau des blessures dans l'ombres, les secrets impossibles à formuler ; c'est le temps qui brûle. Des adieux, enfin, jetés dans les jours, marcher comme un défunt dans la vie, dans la douleur invisible.
Fragments poétiques, philosophiques, fantasmes perceptifs, rêves s'enchevêtrent intimement ici : "Pensée docimasique : la détermination dont l'écriture est capable demeure une question complexe, en raison des circonstances dans lesquelles une simple phrase travaille, au sens physiologique du mot. D'un côté, des images se multipliant, assurant l'encombrement du livre ; de l'autre, leur avancée libre, séparative de tout livre. D'où le sentiment d'être mené vers une simplicité contrariée, d'y suivre le sens de la torsion, et même d'atteindre des microlectures tordues précisément jusqu'à rupture : un tour par mot." "Un mot inscrit, un autre retiré, sont comme des pas, au moyen desquels l'écrivain s'approche de son livre ou s'en éloigne. Ecrire est donc, soumis à une étrange loi d'équilibre, chercher ses marques et s'aviser, non pas de la distance parcourue qui est commune mesure du livre, mais d'une extension noire de la notion de contact." "Il n'est pas nécessaire de s'approcher du néant pour juger de sa dimension ; même de loin, il est immense, et même il le devient davantage, lorsqu'on s'en éloigne encore un peu. Par conséquent, ne voir toutes choses que dans l'éloignement, là où elles sont comme en excès de plénitude." "Etudier la condition humaine, c'est retrancher l'humanité par couches successives, extrêmement minces, afin de suivre, jusque dans les derniers détails, tous les degrés et toutes les nuances par lesquels ce retranchement fait passer à l'état animal."