Maître Eckhart a été un grand lecteur des Pères de l'Eglise, qui étaient les auctoritates, les autorités auxquelles il se référait pour commenter l'Ecriture. Mais, si les textes des Pères latins lui étaient directement accessibles, il n'en allait pas de même pour les Pères grecs qui demandaient à être traduits. Il a disposé d'un certain nombre de traductions et d'outils de travail, comme la Catena aurea de S. Thomas d'Aquin. Ils seront identifiés par des spécialistes dans cet ouvrage, ce qui permettra de comprendre comment Eckhart a lu Origène, Jean Chrysostome, Maxime le Confesseur, Jean Damascène... et de préciser l'interprétation qu'il en a donnée, ce qui amènera à rechercher pourquoi il a eu recours aux Pères grecs et quelle a été leur influence pour la version occidentale de la divinisation qu'il a proposée avec la naissance de Dieu dans l'âme. Ce travail sur les sources patristiques, tant latines que grecques, renouvelle les études eckhartiennes. Il est réalisé dans le cadre du projet ANR - 17 FRAL - 0002 TEAPREA (Teaching and Preaching with Patristic auctoritates. Meister Eckhart in France and Germany, past and present). Ce volume, consacré à la lecture des Pères grecs par Eckhart fait suite à celui que nous avons consacré aux Pères latins et il sera complété par l'Index de l'ensemble des sources patristiques d'Eckhart, qui sera un outil de référence pour l'étude de l'oeuvre d'Eckhart.
L'année 1996 sera marquée, en France, par le XVe centenaire du baptême de Clovis. Connaissance des Pères de l'Eglise s'associe à cette célébration par ce numéro spécial, consacré non seulement au baptême de Clovis, mais plus largement à la christianisation de la Gaule. Compte tenu des interrogations relatives à l'année exacte du baptême de Clovis (Noël 496 ou 498 ou entre 490 et 500 ? ) et du caractère somme toute assez ponctuel et symbolique de cet événement qui vient sceller la conversion du roi franc au christianisme, nous optons pour un thème qui correspond mieux à la réalité : celui de la christianisation de la Gaule. En effet, à la différence du roi Vladimir, du prince Miesko Ier... , dont le baptême, avec tout leur peuple, a été un événement fondateur de l'Etat et de l'Eglise en Russie, en Pologne... , Clovis est baptisé seulement avec sa garde personnelle et divers foyers de christianisme existaient déjà en Gaule avant son règne, et même depuis 177 (date à laquelle on situe les martyrs de Lyon) : à Lyon grâce aux évêques saint Pothin et saint Irénée et aux martyrs de Lyon, à Poitiers avec saint Hilaire, à Tours avec saint Martin, à Toulouse avec saint Sernin, à Lérins avec saint Honorat... Dans le cadre de ce numéro, nous ne pouvons reprendre la genèse de la christianisation de la Gaule, qui s'agrandit, d'ailleurs, par les victoires de Clovis (cf carte p. 8), pas plus que nous ne pouvons envisager tous les problèmes liés à l'arianisme, mais nous y reviendrons dans de prochains numéros, à propos de saint Irénée, de saint Hilaire... Nous nous limiterons donc à deux tournants dans la christianisation de la Gaule : le rôle de saint Martin à Tours - qui n'a pas été sans infléchir la conversion de Clovis - et le baptême de Clovis, à Reims, présentés respectivement par l'Académicien Jacques Fontaine, spécialiste, entre autres, de saint Martin, dont il a édité la Vita dans la collection Sources Chrétiennes et par Jaime Garcia, de l'Université de Burgos. Claude Collignon, Supérieur du Séminaire de Reims, ouvre le numéro en dégageant la signification de cette commémoration du baptême de Clovis. Puis, Pierre Riché, spécialiste du Haut Moyen Age, retrace les grands moments de la christianisation de la Gaule aux Ve et VIe siècles et Jean Gaudemet, spécialiste de l'histoire des institutions, explique quelles étaient les structures ecclésiales dans la Gaule mérovingienne. Que tous soient remerciés de leur contribution à ce numéro fort dense ! Le comité de rédaction connaît quelques changements en ce début d'année. Thierry Ziegler part pour une autre mission et est remplacé par Laurence Brottier, spécialiste de Jean Chrysostome et déjà auteur dans Connaissance des Pères de l'Eglise. Françoise Vinel et moi-même échangeons les fonctions. Que toute l'équipe de Connaissance des Pères de l'Eglise soit remerciée pour le travail qu'elle effectue pour faireconnaître cet esprit qui animait les Pères. Marie-Anne VANNIER
Vannier Marie-Anne ; Charpin-Ploix Marie-Lucie ; R
Rien dans le créé n'est capable de déifier, dès lors qu'il ne saisit pas Dieu non plus. C'est en effet le propre de la seule grâce divine d'accorder aux êtres, analogiquement, la déification en illuminant la nature par la lumière surnaturelle en la hissant, au-dessus de ses propres limites, à la splendeur de la gloire [...]. Devenir par grâce ce que Dieu est par nature [...]. Celui qui l'accorde à ses élus, étant par essence infini, a une puissance infinie pour le faire au-delà même de toute infinité, qui ne s'arrête jamais avec ceux qui naissent d'elle. Toujours plutôt retient-elle à elle ceux qui d'elle reçoivent l'être et ne peuvent être sans elle. De là aussi qu'il parle de la richesse de sa bonté en tant qu'elle n'arrête jamais sa disposition divine et radieuse de bonté pour notre transformation déifiante. " S. MAXIME LE CONFESSEUR, Question XXII à Thalassios, trad. E. Ponsoye, Paris, Ed. de l'Ancre, 1992, pp. 112-113.
Vannier Marie-Anne ; Pouderon Bernard ; Siat Jeann
Depuis quelques années, les écrits apocryphes suscitent un intérêt croissant. II est vrai que l'accès aux sources y a largement contribué, en particulier la publication des deux volumes de la Pléiade consacrés aux Ecrits apocryphes chrétiens. Récemment, l'attention a été portée sur l'Evangile de Judas. C'est ce texte que présente en ouverture Bernard Pouderon, montrant qu'il s'agit, en fait, d'un écrit gnostique. Jeannine Siat étudie ensuite la différence entre évangiles canoniques et évangiles apocryphes, soulignant que les premiers optent pour la sobriété, l'objectivité, alors que les seconds foisonnent en récits merveilleux. Le recours à l'imagination y est omniprésent. Rapidement, les Pères ont élaboré des critères pour distinguer les écrits canoniques des apocryphes. Nous les dégagerons à partir de la Lettre festale 39 d'Athanase d'Alexandrie et du De doctrina christiana d'Augustin principalement. Finalement, Marlène Kanaan nous introduit à un texte original et peu connu du Moyen Age : Le Roman de Barlaam et de Joasaph, conservé à Balamand, et qui est une adaptation chrétienne d'une légende indienne. On peut le classer au nombre des apocryphes tardifs. Dans un deuxième temps, Jacqueline Amat, spécialiste des songes, nous propose une réflexion très dense sur les songes et visions comme catégories littéraires ou expériences spirituelles. Puis Patrick Laurence s'interroge sur le statut du priscillianisme. Ce numéro de Connaissance des Pères de l'Eglise, qui reprend une partie des Rencontres nationales de patristique de Carcassonne de 2007, est original. II traite à la fois les apocryphes et les visions, qu'Augustin a classées en trois catégories (corporelle, spirituelle et intellectuelle). Il pose le problème du canon des Ecritures et de l'expérience spirituelle. Marie-Anne VANNIER
Ils n'avaient qu'une âme et un cœur dans le Seigneur" (Ac 4,32). Si la charité a fait de tant d'âmes une seule âme et de tant de cœurs un seul cœur, quelle est la grandeur de la charité qui unit le Père et le Fils? Elle peut être plus grande en vérité que celle qui unissait ces hommes qui n'avaient qu'un seul cœur. Si donc cette multitude de frères n'avait qu'un seul cœur à cause de la charité, si cette multitude n'avait qu'une seule âme à cause de la charité, diras-tu de Dieu le Père et de Dieu le Fils qu'ils sont deux? S'ils sont deux dieux, ce n'est pas en eux que se trouve la charité suprême. Car si, ici-bas, la charité est telle qu'elle fait une seule âme de ton âme et de l'âme de ton frère, comment au ciel, le Père et le Fils ne sont-ils pas un seul Dieu? Que jamais la foi sincère n'admette une telle pensée! A quel point du reste cette charité l'emporte sur les autres, comprenez-le à ceci : autant il y a d'hommes, autant il y a d'âmes; s'ils s'aiment, ils forment une seule âme; néanmoins on peut encore parler de plusieurs âmes quand il s'agit des hommes, car leur union n'arrive jamais à une telle perfection. Là, au contraire, tu peux dire qu'il y a deux ou trois dieux. Cela te souligne la surabondance et la perfection suprême de cette charité, telle qu'il ne peut en exister d'autre. S. Augustin, Homélies sur l'Evangile de Jean XIV, 9, BA 71, pp743-745.
Henri Cazelles, sulpicien, un des maîtres les plus connus de l'exégèse française, énonce quelques règles de sagesse pour une lecture actuelle de l'Ancien Testament. Claude Geffré, dominicain, pose des questions dont notre réflexion sur le dogme catholique ne saurait faire l'économie. Pierre-André Liégé, dominicain, doyen de la Faculté, expose le statut de la théologie pastorale. Jacques Audinet, prêtre, directeur de l'Institut supérieur de pastorale catéchétique relié à la Faculté, présente les requêtes du sociologue en matière pastorale. René Simon, salésien, responsable du département de morale, montre quelques-uns des problèmes les plus urgents qui renouvellent de nos jours les formes et les méthodes de travail chez les moralistes. Eglise que dis-tu de toi-même ? La grande question conciliaire ne cesse de se répercuter dans les institutions où la vie en Eglise se pense et se transforme dans la mouvance de Vatican II. Présenter la réalité de cette recherche, avec ses limites et ses incertitudes mais aussi ses promesses d'avenir, tel est le propos de ce premier volume de la collection Le Point théologique, dirigée par CHARLES KANNENGIESSER.
La Maisonneuve Dominique de ; Margain Jean ; Weing
Résumé : Si les grammaires de l'hébreu biblique abondent, les manuels sont assez rares, du moins en français. L'hébreu, langue sémitique à la morphologie très structurée, présente une syntaxe souple où domine la parataxe. Sa phonétique, en revanche, particulièrement complexe, nécessite une longue pratique des textes. Maintes fois, des élèves ont manifesté le désir d'avoir entre les mains un instrument de travail qui les familiarise progressivement avec les mécanismes de la langue à partir de la lecture de textes appropriés. Le manuel de J. Weingreen, A Practical Grammar for Classical Hebrew, en usage depuis plusieurs décennies (1939; 1959), répond pleinement à ce besoin. Très attendue, l'édition française du "classique" anglais de J. Weingreen, par la clarté et la justesse de ses exercices, a comblé un vide.
La montée de l'incroyance et de l'athéisme, l'abondance de la littérature du désespoir et du cynisme ont stimulé les croyants à redécouvrir combien leur foi est la semence d'un enthousiasme humain absolument original. Bien plus, par une curieuse convergence, la réflexion philosophique, l'inquiétude théologique, la contestation politique de la religion et le renouveau de la pensée catholique suscité par le dernier concile posent dans des perspectives nouvelles la question du sens de l'espérance chrétienne. Fernand Dumont établit les préalables à une théologie de l'espérance. Michel M. Campbell analyse la tentation de l'espérance dans quelques oeuvres contemporaines. Roger Lapointe recherche, à partir de la parodie du mot Bloomusalem, le sens du langage de l'espérance Jean Richard définit l'espérance à l'époque de la "mort de Dieu" . André Myre situe l'espérance et le royaume de Dieu dans l'Ecriture. Jean-Marc Dufort évoque l'espérance tradition liturgique. André Naud, en conclusion, dégage les espérances séculières à Vatican II. De propos délibéré, ces pages présentent, non pas seulement une étude collective sur un thème donné, mais une recherche sur la méthode prendre pour l'aborder et, par même, esquissent l'amorce d'un renouveau de la démarche et du regard théologiques. a donc semblé opportun et d'un intérêt certain de publier ces recherches de la Société canadienne Théologie dans collection Le Point Théologique, dirigée par Charles KANNENGIESSER.