
Tout sur mon frère
Après Interdit, Karine Tuil n'en finit pas avec la famille. Et avec toujours ce ton à mi-distance entre l'ironie et l'humour, la grimace et la gravité. Cette fois, elle s'appuie sur la fraternité. L'un, Vincent, est trader, marié et coureur de jupons, ambitieux et cocaïnomane, flambeur dont le désir est plus impitoyable qu'un percepteur. L'autre, Arno, est un plumitif, inspiré par le pataquès familial (et notamment par les liaisons adultères de son frère cadet, éternel débiteur de ses histoires), ressemblant étrangement au jeune homme idéaliste qui souhaite devenir écrivain dans le film Tout sur ma mère de Pedro Almodovar. Pour éloignés qu'ils sont, les voilà tous deux rapprochés au moment où leur père, traducteur de littérature hispanique, se trouve victime d'une hémiplégie. Moins il va parler, plus ses fils vont reprendre la parole. Parallèlement, les choses vont s'inverser, le financier brossant précisément le portrait de son frère écrivain. À l'univers des finances et de la Bourse, où se mêlent fiévreusement la poétique de back office, broker, mark to market et risk management, tout comme Almodovar manipule les genres, l'auteur ajoute les complexités des rivalités fraternelles, des méandres familiaux gagnés par les secrets d'alcôve. Karine Tuil, se fait donc ici et encore tombeuse de mythes. -- Céline Darner
| Nombre de pages | 252 |
|---|---|
| Date de parution | 23/02/2005 |
| Poids | 138g |
| Largeur | 110mm |
| SKU: | 9782253112396 |
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| EAN | 9782253112396 |
|---|---|
| Titre | Tout sur mon frère |
| Auteur | Tuil Karine |
| Editeur | LGF |
| Largeur | 110 |
| Poids | 138 |
| Date de parution | 20050223 |
| Nombre de pages | 252,00 € |
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Tuil KarineCommencer par sa blessure, commencer par ça - dernier stigmate d'un caporalisme auquel Samir Tahar avait passé sa vie à se soustraire -, une entaille de trois centimètres au niveau du cou dont il avait tenté sans succès de faire décaper la surface à la meule abrasive chez un chirurgien esthétique de Times Square, trop tard, il la garderait en souvenir, la regarderait chaque matin pour se rappeler d'où il vient, de quelle zone/de quelle violence. Regarde! Touche! Ils regardaient, ils touchaient, ça choquait la première fois, la vue, le contact de cette cicatrice blanchâtre qui trahissait le disputeur enragé, disait le goût pour le rapport de forces, la contradiction - une forme de brutalité sociale qui, portée à l'incandescence, présageait l'érotisme -, une blessure qu'il pouvait planquer sous une écharpe, un foulard, un col roulé, on n'y voyait rien! et il l'avait bien dissimulée ce jour-là sous le col amidonné de sa chemise de cador qu'il avait dû payer trois cents dollars dans une de ces boutiques de luxe que Samuel Baron ne franchissait plus qu'avec le vague espoir de tirer la caisse - tout en lui respirait l'opulence, le contentement de soi, la tentation consumériste, option zéro défaut, tout en lui reniait ce qu'il avait été, jusqu'à l'air affecté, le ton emphatique teinté d'accents aristocratiques qu'il prenait maintenant, lui qui, à la faculté de droit, avait été l'un des militants les plus actifs de la gauche prolétarienne! L'un des plus radicaux! Un de ceux qui avaient fait de leurs mortifications originelles une arme sociale! Aujourd'hui petit maître, nouveau riche, flambeur, rhéteur fulminant, lex machine, tout en lui exprimait le revirement identitaire, l'ambition assouvie, la rédemption sociale - le contrepoint exact de ce que Samuel était devenu. Une illusion hallucinatoire? Peut-être. Ce n'est pas réel, pense/prie/ hurle Samuel, ce ne peut pas être lui, Samir, cet homme neuf, célébré, divinisé, une création personnelle et originale, un prince cerné par sa camarilla, rompu à la rhétorique captieuse - à la télé, il s'adonise, s'érotise, plaît aux hommes, aux femmes, adulé par tous, jalousé peut-être, mais respecté, un virtuose du barreau, un de ceux qui disloquent le processus accusatoire, démontent les démonstrations de leurs adversaires avec un humour ravageur, n'ont pas froid aux yeux -, ce ne peut pas être lui ce loup de prétoire artificieux, là-bas, à New York, sur CNN, son prénom américanisé en lettres capitales SAM TAHAR et, plus bas, son titre: lawyer - avocat -, tandis que lui, Samuel, dépérissait dans un bouge sous-loué sept cents euros par mois à Clichy-sous-Bois, travaillait huit heures par jour au sein d'une association en tant qu'éducateur social auprès de jeunes-en-difficulté dont l'une des principales préoccupations consistait à demander: Baron, c'est juif?/passait ses soirées sur Internet à lire/commenter des informations sur des blogs littéraires (sous le nom de Witold92)/écrivait sous pseudonyme des manuscrits qui lui étaient systématiquement retournés - son grand roman social? On l'attend encore... -, ce ne peut pas être lui, Samir Tahar, transmué, méconnaissable, le visage recouvert d'une couche de fond de teint beige, le regard tourné vers la caméra avec l'incroyable maîtrise de l'acteur/du dompteur/du tireur d'élite, les sourcils bruns épilés à la cire, corseté dans un costume de grande marque taillé à ses mesures, peut-être même acheté pour l'occasion, choisi pour paraître/ séduire/convaincre, la sainte trinité de la communication politique, tout ce qu'on leur avait transmis jusqu'à la décérébration au cours de leurs études et que Samir mettait maintenant à exécution avec la morgue et l'assurance d'un homme politique en campagne, Samir invité à la télévision américaine, représentant les familles de deux soldats américains morts en Afghanistan, entonnant le péan de l'ingérence, flattant la fibre morale, tâtant du sentiment et qui, devant la journaliste qui l'interrogeait avec déférence - qui l'interrogeait comme s'il était la conscience du monde libre! -, restait calme, confiant, semblait avoir muselé la bête en lui, maîtrisé la violence qui avait longtemps contaminé chacun de ses gestes, et pourtant on ne percevait que ça dès la première rencontre, la blessure subreptice, les échos tragiques (...)ÉPUISÉVOIR PRODUIT23,45 €
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