De l'"étrange défaite" de 1940 (Marc Bloch) aux premières années du XXIe siècle, ce deuxième volume de l'Histoire de la littérature française du XXe siècle dessine les lignes essentielles d'une pratique et d'une esthétique qui ont remis en cause les fonctions mêmes de la littérature, de sa création à sa diffusion. Les auteurs proposent sur ces soixante années de littérature des interprétations sans exclusive, étayées par une documentation précise et situées dans les débats idéologiques et esthétiques qui leur donnent une pleine signification. Tout en étant attentifs aux permanences, qu'atteste la durée des formes sur le temps long, ils ont cerné les nouvelles orientations et les enjeux. Les conditions politiques, les conditions psychiques se transforment, celles de l'édition également: l'imprimé n'est plus roi, la radio, l'image prennent une large place. Concurrencée, accompagnée ou soutenue par ces nouveaux médias, la littérature devient-elle obsolète ou prend-elle au contraire une place toute nouvelle dans la représentation du monde et dans l'élaboration de la condition humaine? Après les catastrophes de la Seconde Guerre mondiale, l'expression littéraire est-elle encore possible? Qui parle, à qui et de quoi, quand il s'agit de nouveaux auteurs comme ceux des pays en voie d'indépendance, ou d'une littérature féminine qui débat de ses possibilités? ou quand les frontières se déplacent entre fable, fiction et document, entre prose et poésie, entre théâtre et récit? Telles sont, entre autres, les questions que les auteurs abordent, pour comprendre les transformations de la littérature récente, de ses formes, de ses fonctions, de ses pratiques diverses. Biographie de l'auteur Michèle Touret et Francine Dugast-Portes sont professeurs émérites de l'université Rennes 2. Bruno Blanckeman est professeur à l'université Rennes 2. Jean-Yves Debreuille est professeur à l'université Lyon 2. Christine Hauron-Siréjols est professeur à l'université Paris III.
L?objectif est de proposer une nouvelle édition du récit historique de l?écrivain briochin Louis Guilloux OK Joe !, publié en 1976, c?est-à-dire du vivant de l?auteur, chez Gallimard (collection blanche) avec un autre récit, Salido. Ce texte bref un double intérêt littéraire et historique. Le récit s?appuie sur l?expérience de Louis Guilloux comme interprète de l?armée américaine durant une quarantaine de jours (fin août-10 octobre 1944) au moment de la libération de la Bretagne et lors du siège de Brest. C?est une plongée dans le fonctionnement de l?armée américaine (puissance matérielle, mode de vie) et dans sa vision du monde (valeurs, racisme de fait à l?égard des soldats noirs) à travers une expérience très rare pour un Français. Dans un texte écrit trente ans après les faits, ce n?est donc pas un simple témoignage. L Guilloux nous donne, de l?intérieur, une image des libérateurs ainsi que sa perception des Bretons libérés. En effet, L Guilloux a servi d?interprète lors d?enquêtes judiciaires menées sur le terrain par deux officiers américains à la suite de viols ou de meurtres commis par des soldats à l?encontre de la population civile, voire de FFI. Les procès se soldent en général par la peine de mort, exécutée, quand les auteurs sont des soldats noirs ; la justice étant plus clémente pour des officiers blancs.
Louis Guilloux (1899-1980) n'est pas seulement l'écrivain de Sang noir, du Jeu de patience ou de Coco perdu. Il a été aussi journaliste, en particulier à L'Intransigeant (au début des années vingt) et à Ce soir (à la fin des années trente). Echotier, critique de cinéma, critique littéraire, traducteur, il a touché à tous les genres, mais n'a guère fréquenté le reportage. Il a aussi offert contes, nouvelles ou enquêtes à des revues ou journaux divers (Vendredi, Le Populaire, Excelsior, Floréal, Le Petit Journal, Paris-soir, L'?uvre, Preuves). La presse est aussi un matériau pour son oeuvre : il s'inspire d'articles de journaux, et construit des personnages de journalistes. La presse est un monde essentiel pour la compréhension de cet écrivain. Ce monde, où il paraît mal à l'aise, structure son existence quotidienne ; il disait être un grand lecteur de journaux. Il y a projeté un destin, fait ses gammes, vécu des frustrations, laissant un corpus significatif.
Continuation de l'étrange défaite de 1940, la captivité de 1940-1945 a été une expérience que le corps collectif des soldats français a tenté de digérer. Devenus prisonniers de guerre des Allemands, ces soldats ont voulu par la parole, l'écrit et l'action, faire en sorte que des foires vives favorables à la reconstruction de la France émergent de ces cinq années remplies d'inutilité et d'humiliation. Ente 1940 et 1953, pas moins de 191 récits - témoignages, journaux, romans - furent publiés qui poursuivirent ce but, chacun à leur mesure. Ces textes, écrits par des écrivains professionnels ou (le circonstance, publiés dans l'urgence ou plusieurs années après la fin de la guerre, conçus connue (le simples témoignages ou comme des oeuvres littéraires audacieuses, constituent un corpus riche qui à ce jour n'a jamais été étudié dans son ensemble. Ces récits de captivité sont les témoins - conscients ou inconscients - d'un pays qui, emporté par le chaos de la défaite, voulut s'accrocher à son identité, cherchant des solutions et des consolations dans ce qui lui était familier: une terre, un esprit, un chef. Quelque chose d'étrange et de nouveau naissait pourtant de la captivité. Quelque chose qui, métamorphosant les prisonniers de guerre, changeait l'existence de ces hommes et rendaient caduques les histoires édifiantes de soldats droits, dignes, virils, spirituels, porte-parole d'un peuple qui croyait tenir bon face au chaos - qui croyait être victorieux malgré la défaite.
Hourmant François ; Lalancette Mireille ; Leroux P
Au Canada, les selfies du premier ministre Justin Trudeau sont devenus un marqueur de son identité politique et une ressource stratégique. En France, Nicolas Sarkozy, et plus récemment Emmanuel Macron, ont multiplié les couvertures de Paris Match, accédant avant même d'être élus au statut de célébrités politiques, n'hésitant pas à jouer sur les ressorts de la peopolisation pour asseoir leur visibilité et leur légitimité. Entre scandalisation et médiatisation promotionnelle, une nouvelle économie politique de la célébrité s'est imposée aux leaders politiques, désormais soumis à ces "tyrannies de l'intimité" dont parlait déjà Richard Senett à la fin des années 1970, comme au panoptisme des réseaux sociaux. En croisant les analyses et les regards transatlantiques, en confrontant les trajectoires - celles de Louise Michel et de Rachida Dati, de Marine Le Pen et de sa nièce Marion Maréchal Le Pen, d'Emmanuel Macron et de Justin Trudeau - il s'agit alors de tenter comprendre ce que la culture de la célébrité fait à la politique. Dévoiement de la politique pour les uns, appauvrissement du débat, disqualification du discours au profit des logiques émotionnelles, danger de démagogie par l'hypertrophie des affects, propension à l'exhibitionnisme des prétendants et au voyeurisme des électeurs, l'irruption de la "topique de la célébrité" peut aussi être considérée comme un outil de revitalisation de la politique à l'heure du désenchantement démocratique et de la crise de la représentation.
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre Hirsch4e de couverture : La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre HirschNotes Biographiques : Jean-Luc Mastin est maître de conférences en histoire économique et sociale contemporaine à l'université Paris 8.