Philosophe et chroniqueur politique attentif aux faits, qu'il subsume dans une perspective générale et mondiale, Adriano Tilgher vit avec lucidité les contrastes incurables et les ferments d'une société en débâcle, en Europe et ailleurs, durant la période comprise entre 1910 et 1940. Esprit indomptable, il s'agissait pour lui de lutter contre nos sombres illusions : le "mythe de la Raison impersonnelle se réalisant progressivement dans l'Histoire". Et c'est l'enseignement de Spengler, mais aussi de Vaihinger et Einstein - "trois étendards du colossal assaut que la pensée relativiste lance en Allemagne, et de là irradie dans le monde entier" - qu'il reprend et analyse à travers l'exercice d'une vigilance critique fondée sur des positions sceptiques et relativistes. Se concrétise ainsi ce faisceau de thèmes qui se cristallise dans l'oeuvre de Tilgher entre les deux guerres et qui culmine dans la publication de 1921 : Relativistes contemporains.
Adriano Tilgher (1887-1941) fut l'une des figures emblématiques de la vie culturelle et politique italienne entre 1910 et 1940. Esprit inquiet, il fut parmi les signataires du "Manifeste des intellectuels antifascistes" de Benedetto Croce en 1925, et parmi les premiers à reconnaître le génie de Pirandello. Parmi ses oeuvres : Filosofi antichi (1919) ; La crisi mondiale e Saggi di socialismo e marxismo (1921) ; Studi sul Teatro contemporaneo (1923). En français : La Philosophie de Leopardi (2016).
Cet ouvrage qui parut originellement en 1940 est le premier à reconnaître l'existence d'une philosophie de Giacomo Leopardi, alors même que les voix les plus autorisées de l'époque lui refusaient cette dimension. Dans un ouvrage d'une grande élégance d'écriture, Adriano Tilgher nous convie à un voyage dans la pensée léopardienne, selon les étapes que constituent les grands thèmes de la réflexion du poète. Le lecteur se rendra aisément à l'évidence que ces thèmes sont toujours les nôtres. Traduit de l'italien par Arnaud Clément Préface de Stefano Biancu
Résumé : Dès sa parution en 1940, Giuseppe Capograssi souligne l'intérêt de cet essai sur Leopardi : "C'est, de l'intérieur, une exploration et une reconstruction complètes de cette pensée organique, comme jamais on ne l'avait tentée". Le premier, Tilgher a su reconnaître l'existence d'une "philosophie de Leopardi", alors même que les voix de l'époque les plus autorisées, à la suite de Benedetto Croce, lui refusaient cette dimension. Il le fait ? au sommet de sa maturité et de son propre cheminement philosophique ? dans un ouvrage d'une grande élégance d'écriture ; un voyage captivant, pas à pas, dans la pensée leopardienne, selon les étapes que constituent les grands thèmes de la réflexion du poète de Recanati. Et ces thèmes sont toujours les nôtres.
L'importance exceptionnelle que les différentes formes de religion ont eu dans l'histoire de l'humanité est tout à fait étonnante. Au lieu de concentrer leur attention sur la situation existentielle en tant que dimension vécue dans le présent, les êtres humains ont cherché le plus souvent à expliquer son sens dans la référence à l'au-delà. La raison de cette tendance semble avoir été dictée surtout par le fait que pour l'être doué de conscience de soi la mort est impensable, inacceptable. Ce texte analyse le problème de la recherche d'un sens ultime, qui de fait apparait inatteignable, comme le montrent les expériences des grands philosophes de la modernité ayant souligné les limites de la pensée et du langage. Toutefois le message évangélique du Christ garde toute sa validité en tant que mystère de l'anéantissement de Dieu dans l'amour.
La question "qui suis-je ? " occulte souvent celle de savoir quelle place occupe l'autre dans le processus d'édification de l'identité personnelle. L'autre n'est sans doute pas absent des discours portant sur l'identité et le sujet, mais il est le plus souvent envisagé comme un élément extérieur gravitant autour d'un Moi considéré comme un centre de référence. Or l'autre n'est pas toujours celui qui me fait face, il est bien plus souvent celui qui me fait être. C'est notamment le cas quand l'autre est un modèle, que je le choisisse (figure d'exemple), ou qu'il soit socialement construit et imposé (figure d'exemplarité). L'autre, par qui je deviens celui que je suis, se manifeste donc comme une source féconde de construction de soi.
Pourquoi, partout et de tout temps, les hommes ont-ils voulu offrir des sacrifices à leurs dieux ? Pour leur plaire et s´attirer leurs faveurs ? Pour les remercier sans rien demander en échange ? Qu´est-ce qui se cache derrière ce rite ? Hubert et Mauss, éminents spécialistes des religions, pensent que si le sacrifice est "l´instrument privilégié de communication entre l´homme et les forces supérieures" , comprendre son langage signifie cueillir l´essence de la religiosité primitive.
Nanni Moretti est l'auteur italien qui, mieux que ses contemporains, a su lire et percevoir les égarements du présent, en représenter les fractures, en restituer les masques aussi bien privés que publics. De Io sono un autoarchico à Mia madre, le cinéma de Moretti a mis en images la radicalité d'une crise existentielle d'un sujet névrotique et fourvoyé, perdu, présent au monde à l'aide de déguisements idiosyncrasiques qui le placent, souvent, sous le signe du grotesque. En restituant son rapport lumineux à l'actualité, cet essai explore avec un regard singulier l'oeuvre du grand cinéaste italien. D'un cinéma, celui de Moretti, qui fusionne le comique et le tragique et nous restitue sans cesse un présent inquiet, non-résolu, douloureux ; un présent qu'il continue de traverser pour nous aider à nous y retrouver.