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Géricault. Généalogie de la peinture
Thélot Jérôme
ATELIER CONT
9,50 €
Épuisé
EAN :9782850350337
On connaît Géricault pour ses peintures de chevaux transis par la foudre, pour ses portraits d'enfants les plus troublants de l'art français, pour ses têtes de fous qui n'ont aucun équivalent dans l'histoire de la peinture, et pour son immense tableau révolutionnaire et moderne, Le Radeau de la Méduse, chef-d'oeuvre du Romantisme et protestation de la vie jusque dans la mort. On sait aussi que sa vie fut brève et fulgurante, son oeuvre inachevée mais géniale, et que sa mémoire fut révérée par tous les artistes du XIXe siècle. Mais on ne savait pas ce que Jérôme Thélot montre ici, que Géricault fut en outre un penseur, aussi grand qu'il fut grand artiste. Exposant la pensée interne à son art, et la "? philosophie en acte ? " qui s'y réfléchit, cet essai dessine un portrait fascinant, en cinq chapitres qui suivent l'aventure existentielle du peintre. On découvre d'abord dans ses premiers ouvrages de 1808 à 1814 le premier tourment de Géricault, qui fut de questionner la différence entre l'homme et l'animal, son travail se définissant alors comme "? conscience de soi de la peinture ? ", où "? l'existence humaine sort de la vie par la représentation ? ". Ensuite, de 1814 à 1817, en particulier dans les études extraordinaires exécutées en Italie, on voit que l'artiste remonte "? jusqu'au fondement de la représentation dans la violence ? ". Puis l'analye du tableau de 1819, Le Radeau de la Méduse, révèle que sa "? généalogie de la peinture ? " s'y parachève, exhibant dans la vie originaire, et dans la volonté de survie, la provenance de la violence. Au cours des années d'avant sa mort en 1824, éclate enfin la force la plus audacieuse dont le peintre fut doué - la force de la miséricorde -, qui fait la beauté irrésistible de ses lithographies, de ses portraits et de ses études de tête, où, "? abaissant son art ? ", il en a réalisé la "? possibilité la plus féconde ? ", témoignant de la "? présence ? " d'autrui, et de la "? transcendance de cette présence par rapport à toute image ? ". Ainsi l'essai de Jérôme Thélot manifeste l'unité profonde de l'oeuvre entière de Géricault ? : comme connaissance de soi, critique de la violence, affirmation de la vie et lucidité de la compassion.
Les cinq essais composant cet ouvrage cherchent la raison fondamentale en vertu de laquelle le processus photographique doit produire ce qu'il produit. Ils examinent les principes du photographique, ils décrivent ses a priori et ils exhibent les conditions premières auxquelles toute photo concrète doit sa possibilité. L'essence de la photographie - un écart de la lumière - est telle que ce qui se révèle nécessairement dans les photos qu'elle détermine, c'est le monde comme dehors. Or un contrecoup de cette révélation est la ressaisie de l'individu par lui-même comme l'absent de ce monde, et comme d'une autre essence que cette lumière. C'est pourquoi toute photo est énigme.
Que font, au juste, les poètes ? Comment le poème est-il possible, et quelle possibilité ouvre-t-il ? La poétique qui répond à ces questions est la connaissance radicale du travail vivant auquel le poème doit sa possibilité, dont il résulte et qu'il reconduit. Elle décrit le faire originaire par lequel l'émotion non verbale de la vie humaine accomplit son essence, qui est de passer à la verbalité. Elle est philosophie première, pour autant que ce travail de la poésie révèle l'homme à lui-même, édifie la communauté des solitudes individuelles, et donne dans la même parole la vie vivante et le monde réel.
Résumé : "Aucun peintre sans exception, depuis Michel-Ange, n'avait été appelé à sentir et à rendre le genre terrible d'une manière plus puissante que feu Géricault." C'est ainsi que le comte de Forbin défendait en 1824 Le Radeau de la Méduse, dont plusieurs malentendus avaient marqué la réception. Aucun peintre depuis Michel-Ange n'avait réinventé avec tant d'audace les exigences d'un art sublime, donnant à la peinture française son tableau le plus célèbre, au romantisme son chef-d'oeuvre, et à la modernité son premier mythe de la catastrophe. Mais dans Le Radeau de la Méduse Géricault fournit de l'expérience du sublime une version si différente de toutes celles qui l'ont précédée, qu'il n'y a pas un concept dans la théorie esthétique pour la décrire adéquatement. Les souffrances que Géricault a peintes n'attestent aucun arrière-monde, pourtant leur déréliction n'empêche pas que sa peinture y trouve un absolu. Le Radeau de la Méduse participe d'un lieu que nous avons en nous - d'un lieu commun - dans lequel il nous est possible de nous rencontrer. "Nous sommes, disait Victor Hugo, sur le radeau de la Méduse. Et la nuit tombe."
La peinture et le cri fait d'abord valoir un stimulant paradoxe, dont aucun livre ne s'est encore emparé. Art du silence, "? chose muette ? ", insurmontablement privée de voix, la peinture qui ne peut représenter le simple discours que par les postures et les gestes, s'est pourtant risquée parfois aux limites d'elle-même jusqu'à figurer le cri, excédant tout discours. Le présent essai scrutant dans l'art européen les rares tableaux, pourtant majeurs, qui représentent un cri, explique les raisons de cette rareté et la portée de ces exceptions. Sous ce jour neuf, ensuite, c'est une histoire nouvelle de la peinture depuis le Quattrocento qui se déploie ici. Car après avoir été congédié de l'immense majorité des oeuvres produites au long des siècles, le cri a fait à l'âge des Lumières l'objet d'une explicite prohibition chez Winckelmann et Lessing, si bien que de sacrifié au silence pictural par la tradition humaniste il est devenu, contre toute censure, à partir du romantisme un sujet délibéré, posant une question à la fois nouvelle et rétrospective. Cette question est au centre de l'essai ? : Toute image n'est-elle pas fondée sur la violence ?? Toute représentation n'est-elle pas "? maçonnée sur un cri ? " (Bonnefoy)? ? De Pollaiolo à Francis Bacon, en passant par un polyptique de Botticelli, le dernier retable de Raphaël, la Méduse de Caravage, le Massacre des Innocents de Poussin et celui de Guido Reni, Apollon et Marsyas de Ribera et Saint-Michel de Giordano, puis Le Cri de Münch, et s'achevant par une sculpture polychrome de Raymond Mason, le développement chronologique élucide au centre de son parcours la pensée de Winckelmann et de Lessing, dont la portée tient à sa prohibition explicite de la figuration du cri. Il s'ensuit, d'une part, une conjecture sur l'origine de la peinture, d'autre part l'esquisse d'une histoire inouïe de cette dernière. La thèse de l'essai peut alors s'énoncer comme suit ? : il n'est de représentation que sacrificielle, l'origine de la peinture gît dans la violence, toute image provient d'un cri. D'abord longtemps absent, mais de loin en loin surgi sous le pinceau de maîtres rares, le cri fut soudain si menaçant pour l'édifice de l'art comme institution idéaliste que sa proscription théorique à l'âge moderne a paradoxalement favorisé son écoute par de nouveaux peintres venus après les dieux. Un Picasso, un Bacon - et bien d'autres - vont faire de la figuration du cri une sorte de spécialité, sinon de lieu commun. Ce retour expressif du cri refoulé fait entendre sa puissance critique au fond de toute image.
Imaginons un homme, chez lui, que son désoeuvrement enchante un moment, puis ennuie. Il se lève, il pense un peu, il voudrait faire quelque chose, mais quoi, il ne sait pas encore. Sortir, non, il y a trop d'agitation dehors, ou alors il fait trop froid. C'est qu'il fait bon à l'intérieur, même si rien ne se passe. Le spectacle, c'est au-dehors qu'il faudrait aller le chercher, mais l'envie n'est pas là. Le mur protège l'intimité du tumulte extérieur ; la porte, ouverte, en violerait la douceur. Non, l'idéal serait de rester sans rester ; d'être là, sans y être. A la fois dedans et dehors. Pour cela notre homme a à sa disposition une bibliothèque, où il va trouver de quoi entendre parler du monde, quelques tableaux aussi, qu'il a choisis avec goût, avec science, devant lesquels rêver un moment ; et ces livres, ces tableaux lui offrent des paysages qu'il n'a pas en cet instant sous les yeux. Peut-être que tout cela le lasse. Pour être là sans y être il a, aussi, des fenêtres. La porte, elle, comme ouverture, permet au corps entier de franchir le seuil, mais ce n'est pas de cela qu'il veut. La fenêtre, donc, parce qu'elle offre du monde un pur spectacle, un spectacle auquel les sens seuls sont conviés, et la vue la première, c'est d'elle qu'il a besoin. Etonnant théâtre du monde que celui sur lequel ouvre la fenêtre. Du réel, elle décide de tout cacher ou de tout dévoiler, selon qu'elle veuille jouer de la clôture ou de l'ouverture. Mieux qu'un objet, la fenêtre devient alors une forme, un mode d'être, une façon de voir : un langage. Si les yeux, comme on a coutume de dire, sont les fenêtres de l'âme, quel peintre, quel écrivain, n'en aurait pas fait sa matière ? C'est à cet art de la fenêtre, un art merveilleux, troublant, que du Graal à Rilke, de Shakespeare à Proust, de Goethe à Mallarmé ou encore de Cervantès à Flaubert, mais aussi de Vermeer à Bonnard, de Friedrich à Matisse, de Bruegel à Chirico ou de Van Eyck à Balthus, au long d'un double parcours littéraire et pictural, le texte de Pascal Dethurens veut donner toute sa plénitude et tout son sens.
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Résumé : C'est ainsi que j'érige les idoles polymères, chimie sophistiquée de l'être au monde. Elles me parlent comme je leur parle, une harangue de sourds-muets dans le silence peuplé du rien à dire. Que font-elles ? Elles gesticulent. Elles gesticulent pourquoi dire, pourquoi faire, je ne le sais pas, pour rien. Et pourtant ce rien dit quelque chose. Il a pris corps pour tout dire du rien à dire après tout très loquace. OEuvre atypique que celle Jean Claus - non seulement du fait de l'ancrage régional de l'artiste, qui tient résolument son Journal d'un Vosges-trotter, mais aussi et surtout de l'inspiration baroque de sa peinture et de sa statuaire. Tableaux de couples nus s'égayant dans des cieux pastel, sculptures de corps androgynes en suspension acrobatique, monuments copulatifs, oratoires, reliquaires, autels domestiques, vaisseliers... : autant dire que la visite de son atelier - ou de son "garde-meubles", selon le mot de l'artiste - vaut pour une exploration de l'inclassable. Et que, face à l'irrésistible légèreté de cet art, qui balance entre l'anachronisme riant de ses sujets et l'ironique modernité de ses matériaux, c'est le spectateur, pour finir, qui ne sait plus sur quel pied danser.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.