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Goethe, le grand européen
Suarès André
KLINCKSIECK
24,99 €
Épuisé
EAN :9782865632725
C'est en homme de dévotion lucide et de culture passionnée qu'André Suarès s'empare progressivement de la personne de Goethe, fait briller les facettes et exhume les profondeurs d'un génie solaire dont "la seule affaire est de vivre pleinement pour la grandeur et la beauté" . Une foi inébranlable en sa propre vie enflammée par une curiosité universelle l'intègre à l'ordre naturel sans qu'il cesse de prendre appui en lui-même ; car il sait que "la peine seule doit être la force" . André Suarès n'omet pas les incompréhensions et les aveuglements du grand homme. Goethe choisit en effet ses ignorances, dit "non" à ce qui risque de troubler un ordre intérieur qui exige de rudes sacrifices et lui inflige parfois des "accès de néant" . Un Werther s'est tué derrière lui et il s'agit d'avancer avec Faust "vers la plus haute existence" . Aussi craint-il la musique passionnée de Beethoven et le romantisme tragique de Kleist. Le destin semble ironiser en le faisant s'éprendre, à soixante-dix ans passés, de la très jeune Ulrike. Mais, en règle générale, le salut est assuré par la mise en forme d'une oeuvre qui le délivre en poésie et par le culte secret de "l'éternel féminin" puisé aux sources multiples de l'amour, qu'il inspire de Madame de Stein ou de Christiane Vulpius. Ce portrait kaléidoscopique en l'honneur de Goethe confirme la maîtrise de Suarès dans un genre où triomphent son tempérament aux humeurs incisives et son style bien trempé.
Résumé : Le portrait, tel que l'entend Suarès doit rivaliser avec le roman ou le drame. "Le premier, j'ai traité les paysages et les villes comme des caractères ; et j'en ai fait des portraits analogues aux portraits d'hommes". "Caractères", le mot revient sans cesse, pour susciter l'élan créateur. Un portrait de Suarès est une peinture en mouvement. Il s'agit d'exercer un pouvoir de résurrection à la manière d'un Michelet ou d'un Balzac, deux sources de sa "mise en scène". Pour nourrir sa fresque, Suarès puise dans une culture admirable, l'une des plus complètes de sa génération, y compris les sciences. Voilà les règles pour "vivre en abeille sur les pentes du Parnasse", tout en gardant l'instinct, miraculeux, d'une lecture fraîche des oeuvres, débarrassées des systèmes et des dogmes. Suarès paraît même un ancêtre de la critique textuelle ! "Nature, infini palimpseste : mais il doit y avoir un texte là-dessous. Il doit y avoir un sens à ce texte, Quel doute est-ce là ? Un sens, tu veux un sens ? Donne-le lui". Les options de Suarès sont toujours d'un poète : "Dans un artiste réellement vivant, il y a dix et vingt hommes, cent même s'il dure, tout divers, plusieurs contraires entre eux, fussent-ils parents, qui viennent au jour les uns après les autres". Ne croirait-on pas lire déjà Pessoa ? "J'ai cent vies à tenter", et cent vies sont nécessaires pour visiter toutes ces âmes auxquelles Suarès prête à profusion les multiples facettes d'un génie protéiforme.
Cet essai paru en 1939 est une charge incantatoire, quasi mystique, contre la barbarie d'Hitler et la délirante romanité mussolinienne. Cette analyse, achevée en 1935, prévoyait la barbarie qui bientôt s'abattrait sur l'Europe.