Le dictionnaire n'est pas un livre comme les autres. On le consulte comme un code civil: aux mots venus d'ailleurs, il semble pouvoir donner, ou refuser, droit de cité. Pourtant, comme le montre l'essor récent de la "métalexicographie", il est passible d'une analyse critique, et ses décrets n'ont pas force de loi. Au carrefour de la linguistique, de l'histoire et de la sociologie, le présent ouvrage passe au crible le traitement lexicographique des emprunts depuis le XVIe siècle. Les rédacteurs de dictionnaires, sans disposer - ni peut-être vouloir user - d'une terminologie linguistique il est vrai hésitante jusqu'à la fin du XIXe siècle, se sont montrés soucieux de transmettre le souvenir du transfert linguistique, qui explique telle particularité de prononciation, d'orthographe, de construction ou de sens. Ils ont, ce faisant, inscrit une part d'altérité dans les identités linguistiques qu'ils contribuaient à bâtir. Tenant, dans le réglage des usages linguistiques, un rôle ambigu d'acteurs et de témoins, ils enregistrent, année après année, emprunt après emprunt, la peur et le goût, l'oubli et la mémoire de la langue des autres.
La Première Guerre mondiale est souvent présentée comme un moment de rupture dans l'histoire de la langue française. Est-ce le moment où le français serait véritablement entré dans la modernité ? On évoque le recul décisif des dialectes au profit du français, après l'expérience commune du front, le développement de l'argot, des vocabulaires techniques, l'apparition de nombreux néologismes qui ont marqué les contemporains et sont parfois entrés dans les dictionnaires... Qu'en est-il exactement ? Cet ouvrage explore ce laboratoire de mots, de textes et de discours qu'a constitué le conflit. Il mesure les enjeux d'une mobilisation culturelle, revient sur certaines représentations pour les confronter aux usages, et ouvre l'analyse à la comparaison avec d'autres pays comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou l'Espagne. Grâce à une collaboration fructueuse entre historiens, linguistes et littéraires, et en exploitant systématiquement de nouvelles ressources numérisées, parmi lesquelles des correspondances de " poilus ordinaires " avec leurs familles, il scrute les transformations à l'oeuvre et montre comment la guerre fut aussi une expérience de langage. C'est une " langue sous le feu " qu'on découvre, saisie par l'urgence, les impératifs de communication, mais aussi empreinte de la difficulté à dire un réel qui la dépasse.
Quel français écrivaient les Poilus ordinaires ? Comment leurs lettres conjurent-elles la séparation ? Comment créent-elles l'illusion d'une présence ? Cultivateurs, ouvriers viticoles, artisans, ils ont quitté leur village pour devenir soldats. Depuis les tranchées, un seule moyen pour garder le lien avec leurs proches : l'écriture. Ils en ont appris les rudiments à l'école de la troisième République, mais leurs occupations habituelles ne les confrontaient guère à cette activité. Eux qui, à la maison, parlaient plutôt"patois", s'emparent de cette langue française apprise, et commencent : "Je vien par cette lettre vous faire savoir l'état de ma santée". Ouvertures civiles, car il faut tenir les formes dans un quotidien boueux, où la civilisation perd pied. orthographe variable : les soucis de la norme paraissent ici si dérisoires. ce livre invite à découvrir les écrits laissés par des témoins modestes de la Première Guerre mondiale. Il donne à lire, dans leur transcription fidèle mais aussi dans une version orthographiée, trois correspondances de familles rurales, deux languedociennes, une bressane. Pas de grands récits héroïques, dans ces lettres. Certaines demandes - une paire de gants, de l'ail pour frotter le pain - laissent deviner la détresse matérielle des tranchées. Les femmes restées au village n'ont garde de se plaindre. Chez tous, un même souci de ménager l'autre. Et ce sentiment qu'un Poilu languedocien nomme la "languitude", et que la lettre permet , un moment de "lever". Dans la tragédie de la Grande Guerre, l'écriture ouvre, entre villages et tranchées, une échappée de tendresse.
On sait bien ce qu'on appelle "norme" , en linguistique : une pratique de prescription des comportements langagiers. Cette pratique, la linguistique s'est depuis longtemps habituée à la remiser dans un espace qui n'était pas le sien. Il a été une fois pour toutes entendu qu'il existait, aisément repérable, un certain usage normatif de la "grammaire" , qu'on connaissait, et qu'il fallait bien distinguer de la linguistique. Ainsi, la possible normativité du discours linguistique a souvent fait l'objet d'une soigneuse dissimulation. Alors, la norme "tabou" de la linguistique moderne ? Quinze linguistes affrontent ici le problème, en partant de ses enjeux épistémologiques, historiques, sociolinguistiques, et, pour finir, grammaticaux. Cet ouvrage s'organise en deux parties. La première analyse cette présence paradoxale de la notion de norme dans le discours des linguistes. La seconde approfondit les résonances de la problématique dans le domaine qui s'y prête le plus, à savoir la syntaxe. Attachement, affect ; lois, règles ; double relation au langage : autant de paramètres desquels le linguiste ne peut pas se permettre de détourner son regard.
Cet ouvrage explore comment l'art actuel, plus spécifiquement vidéo, permet d'interroger le rapport entre corps et images. La partie I décline les modalités d'influence de l'image et permet de remarquer que l'humain actuel est peuplé d'images. La partie II met en regard corps sensible et corps représenté à travers les traces fluctuantes du référent dans la représentation vidéo afin d'explorer le corps rêvé. La partie III montre le jeu entre la liaison et la déliaison du corps représenté avec le décor.