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LA RELIGION
SIMMEL GEORG
CIRCE
18,29 €
Épuisé
EAN :9782842420451
La croyance aux vérités du salut doit encore être autre chose qu'une opinion théorique, en raison de sa portée pratique. Car, si même on possédait ce qui en constitue le degré le plus élevé, à savoir l'omniscience, on serait encore exposé, en principe, à la possibilité du changement d'opinion, comme c'est le cas pour nos connaissances les plus sûres. ( ... ) Nous avons besoin, à cette fin, d'un point fixe, qui réponde à la durée de notre sentiment du moi, puisque c'est précisément ce moi qu'il faut défendre et sauver. Il faut donc que cet intérêt ait une base qui, au delà de tout ce qui est théorique, - pour assuré que ce soit, - ne soit pas autre chose que la croyance en un homme, croyance qui, indubitablement, contient un élément religieux de première importance. Cette croyance elle-même ne signifie cependant pas que nous croyons à l'existence de cet homme; elle ne signifie même pas que nous croyons à l'existence en lui de certaines propriétés concrètes; elle consiste dans le fait d'une attitude interne qui nous est propre, et qui manifeste notre côté de notre relation à lui. Et elle manifeste ce caractère exactement comme fait la croyance religieuse : la croyance en un homme peut nous attacher à lui plus étroitement que tout ce que nous savons de lui démonstrativement, peut triompher de toutes les preuves théoriques de ses erreurs, ou plus exactement s'émouvoir aussi peu de ces preuves que d'événements se passant dans un pays lointain, qui parle une langue étrangère. "
Rome, Florence, Venise réunit 3 essais qui furent publiés en volume après la mort de Simmel, en 1922. Simmel s'y montre plus proche du "flaneur" de Benjamin, qui va "herboriser sur le bitume" que des sociologues contemporains. Considérant chaque ville comme une oeuvre d'art, il assume une position de "touriste pensant", qui médite sur ce que la ville donne à voir et cherche à définir la tonalité affective de chaque cité.
Pendant longtemps, il semblait que le mot de sociologie eût une vertu magique ; c'était la clef de toutes les énigmes de l'histoire comme de la pratique, de la morale comme de l'esthétique, etc. C est qu'on donnait pour objet à la sociologie tout ce qui se passe dans la société ;par suite, tous les faits qui ne sont pas de l ordre physique semblaient être de son ressort.
Etudiant l'importance du secret dans la vie sociale, Georg Simmel nous rappelle que si la société est "conditionnée par le fait de parler", de communiquer, elle est aussi "modelée par la capacité de se taire". Les utopies communicationnelles ont sans doute à se mesurer aussi à cette dernière capacité.
Anna Akhmatova (1889-1966) eut très tôt conscience d'avoir donné la voix aux femmes dans la poésie russe en leur " apprenant à parler de l'amour ". Dès ses deux premiers recueils Le Soir et Le Rosaire, parus en 1912 et 1914, elle devient une star avant la lettre, étant imitée par les jeunes femmes dans sa façon de s'habiller et de se coiffer, suscitant surtout une multitude de vocations poétiques et d'épigones durant des décennies, en dépit même de l'ostracisme officiel, de l'interdiction de publier qui la frappera en 1926-1939, puis de 1946 à 1958. Aujourd'hui encore, les jeunes mariées se voient offrir un livre de celle qui pour les russophones restera à jamais le chant même de l'amour. La nouveauté radicale d'Akhmatova, qui représentait aux côtés de Goumiliov et Mandelstam le mouvement acméiste appelé à rompre avec le flou métaphysique et formel du symbolisme, résidait moins dans la " déferlante amoureuse " de sa poésie que dans une poétique inédite. Ayant " puisé dans la prose russe du dix-neuvième siècle sa sensibilité morale, la vérité des motivations psychologiques ", elle fait de chaque poème un fragment de nouvelle ou de roman, une page arrachée à un journal intime, retraçant toutes les phases et situations de l'aventure amoureuse. " L'héroine lyrique, comme le notait dès 1923 le grand critique russe Boris Eichenbaum, est un oxymore incarné, tressant l'émouvant et le sublime au terrestre et à l'effrayant, la simplicité à la complexité, la sincérité à la malice et la coquetterie, la bonté à la colère, l'humilité monastique à la passion et la jalousie ".
Chaque vers est enfant de l'amour" écrivait Marina Tsvétaïéva. Mais si l'exacerbation amoureuse, l'intensité de la passion, est effectivement une des caractéristiques de son oeuvre, ce qui frappe avant tout, au-delà de la liste infinie des "muses" masculines ou féminines, c'est qu'elle n'est que très peu assimilable à la poésie amoureuse, classique ou moderne. Il s'agit non pas tant de chanter, célébrer, sanctifier l'objet de sa passion, son propre sentiment, de mettre en scène l'épiphanie de l'amour ou la souffrance de la séparation, que de fonder sa poésie, donc son être même, sur un "absolu de l'amour" antérieur au monde et qui trouve sa plus parfaite expression dans le langage fondateur. La poétique de la rupture, propre à Tsvétaïéva, déterminait elle-même dans une grande mesure son comportement amoureux. Le traducteur s'est par conséquent efforcé de restituer les articulations sémantico-prosodiques de cette "étreinte de poésie" qui, lorsqu'elle aura reflué, ne pourra déboucher que sur la mort. "Puisque j'aurai pu cesser d'écrire des poèmes, je pourrai aussi un beau jour cesser d'aimer. Alors, je mourrai. Et ce sera bien sûr un suicide, car mon désir d'amour est tout entier désir de mort", avait-elle consigné dès mars 1919 avec une précision cliniquement prémonitoire. Marina Tsvétaïéva, un des plus grands poètes russes, avait choisi l'exil en 1922 puis était rentrée en Union Soviétique dix-sept ans plus tard, avant de se pendre à une vieille poutre le dernier dimanche du mois d'août 1941.
Parmi les caractéristiques étranges des habitants de ce continent - l'Amérique du Nord -, il en est une qui veut que chacun se choisisse des étoiles déterminées et vive en fonction d'elles. Ces étoiles ne sont pas célestes, mais cinématographiques, ce qui ne change rien à l'affaire. En revanche, cela permet d'augmenter sensiblement le fonds de roulement du ministère des P. et T. grâce au flot continu de lettres adressées aux dites étoiles bien-aimées. Raillant quelque peu cette bizarrerie et cette passion, le New-yorker fit paraître un jour une caricature: une très vieille lady de la plus haute société, - avec diadème en diamants dans ses cheveux blancs et laquais obséquieusement courbé à l'écart, - se livre à la même occupation qu'une quelconque jeune modiste ou n'importe quel office-boy: elle écrit à la star de son coeur. Mais le noeud de l'affaire n'est pas dans l'acte même d'écrire. Il est dans le destinataire. La lettre commence par:" Dear Mickey Mouse... "Là est l'essentiel..."