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L'abandon
Seyvos Florence
OLIVIER
11,20 €
Épuisé
EAN :9782879293530
Extrait Javais presque dix-huit ans quand Richard est devenu mon professeur de violoncelle. Je naimais pas les hommes, surtout les profs, jen avais peur. Je naimais pas non plus les femmes. Jétais simplement habituée à Mme Bonnet, qui mavait donné des cours pendant cinq ans. Quand jai appris que jallais avoir un homme pour professeur, jai envisagé de quitter le conservatoire. Il était déjà dans la salle quand je suis entrée, méfiante, haineuse et apeurée, comme si je risquais de prendre des coups. Il ma demandé de minstaller et de jouer ce que je voulais. Jai bafouillé que je navais pas didée. Ce qui te passe par la tête, ça na pas dimportance, a-t-il répondu. Javais espéré quil me vouvoierait. Jai attaqué le deuxième mouvement du Haydn en do et jen ai fait quelque chose entre la marche militaire et la pâtée pour chat. Mon archet tremblait et jaurais voulu dire : jai un beau son, normalement, vous savez. Il ma demandé poliment de poser mon violoncelle, de mallonger par terre et de respirer avec le ventre. Jai obéi sans réfléchir, parce que lobéissance immédiate a toujours été dans ma nature. Je me suis allongée, la gorge serrée. Il a posé une main sur mon ventre. Respire ici. Je navais pas le choix. Soit les larmes jaillissaient, soit je me calmais. Jai préféré me calmer. Et jai rassemblé toute ma volonté pour me concentrer sur sa main. Tout à coup elle ma paru apaisante. Je me suis appliquée à la faire monter et descendre doucement. Je regardais les moutons de poussière sous le piano. Jai pensé quil allait membrasser et que quelquun ouvrirait la porte juste à ce moment. À la fin du cours, jétais un peu narquoise mais séduite. Ensuite, assez vite, je suis devenue inconditionnelle. Je parlais de lui dès que je me trouvais avec des gens qui ne le connaissaient pas. Je disais, sur un ton très sérieux, que javais vraiment beaucoup de chance, mon nouveau prof était absolument génial, cétait une personne comme on en rencontre rarement. Jai été inconditionnelle jusquau début de notre liaison, un an et demi plus tard. Je nai pas supporté quil devienne accessible. Je voulais quil reste sur son piédestal. Je voulais quil maime, mais pas quil soit amoureux de moi. Dune certaine manière, jai instantanément cessé de laimer, et nai eu de cesse de vouloir rétablir par des artifices léquilibre rompu. Plus tard, jai souffert comme tout le monde, jai été désespérée, humiliée. Mais la douleur la plus profonde, celle qui me laissa inconsolable, la douleur première qui causa toutes les autres fut la tristesse de le voir tomber dans mes bras. Je ne vis que pour les jours où jai cours au conservatoire. Et je cherche toute sorte de prétextes pour my rendre. Pourtant cest chaque fois une torture. Mon ventre devient si douloureux que je suis obligée de déboutonner mon pantalon sous ma chemise. Richard se comporte très naturellement avec moi. La discrétion à laquelle nous sommes contraints ne semble pas lui coûter le moindre effort. Et cela mhumilie. Jattends parfois de longues minutes, assise dans un couloir, faisant semblant de lire une partition. Il est à quelques mètres de moi, en train de discuter avec dautres profs et jattends. Je ne demande pas un sourire, je veux juste que son regard se pose sur moi, un tout petit instant. Quil ne puisse pas sen empêcher. Je fixe la trotteuse de ma montre. Sil ne ma pas regardée dans la minute, je le quitte. La trotteuse avance. Je te laisse une demi-minute de plus Regarde-moi, salaud, je ne te demande pas limpossible. À lheure du cours, je fais la gueule. Je lui dis quil ne faut pas compter sur moi pour travailler jamais le concerto de Romberg ou les Variations rococo. Je déteste les Variations, cest de la musique de merde. Je naime que Dutilleux. Richard sourit, me dit que je suis trop jeune, que chaque uvre a son intérêt et quon le découvre forcément en la travaillant. Cela mexaspère. Je prends mes petits airs vaches, je me ridiculise par des phrases que je trouve, sur le moment, bien senties. Mais dès quil passe sa main sur ma joue, je me dégonfle comme un ballon crevé. Je lui dis que je laime, je veux poser mon violoncelle et le serrer dans mes bras. Il men empêche et ma gorge se noue. Pourtant, il arrive toujours à me faire travailler. À la fin de lheure, je suis presque calme, préoccupée uniquement par mon legato. Contente ou pas contente de moi. Mais sûre davoir mes chances au premier tour, au Conservatoire de Paris, et cest la seule chose qui mintéresse. Parfois, il me vient à lidée que je nai pas de cur. Ensuite, la torture recommence. Je veux quil me dise au revoir, quil me redise au revoir, mieux. Je me demande comment il se comporte avec lélève suivante. Je réclame une différence flagrante. Je ne le dis pas, bien sûr. Jhésite entre le sourire entendu et un regard implorant. « Tu as Françoise, maintenant ? » Quand la porte sest refermée sur eux, je moblige à partir. Jai peur de le lasser. Jespère quil sera déçu de ne pas me voir en sortant, je parviens à me le faire croire. Je descends lescalier et je claque la grande porte, décidée à le quitter. À le lui faire savoir dès le lendemain. Je veux le voir décontenancé, piteux. Quil souffre, quil en chie. Et dès que je suis arrivée chez moi, je me prépare pour le cours suivant. À cette époque, je partage un deux-pièces avec Lydia, qui est un peu plus âgée que moi. Elle est en deuxième année de médecine. Lydia fait la cuisine en se roulant des joints. Je ne fume jamais, ça me donne mal au cur. De temps en temps, je me saoule au whisky-Coca. Quand le sol tourne trop vite, je vais vomir et je mendors comme une masse. Lydia est au courant de mon histoire avec Richard, mais pas dans le détail. Elle est assez naïve. Est-ce quil me dit quil maime ? Est-ce quil me le dit souvent ? Dans quelles circonstances ? Voilà ce qui la préoccupe. Il te la dit pendant que vous couchiez ensemble ? Il ne parle pas. Dailleurs, je préfère. Je mens. Je rêve de lentendre me dire quil est fou de moi. Et je passe mon temps à retenir les mots qui se pressent dans ma gorge. Lydia a beaucoup de soupirants mais pas de petit ami. Il y a Joachim, dont elle est très amoureuse, qui lappelle tous les jours pour lui dire quil ne sentend pas si bien que ça avec sa petite amie, Claire. Et Fred, qui la harcèle et quelle naime pas. Il ne faut plus que je voie Fred. Ce mec est sourd. Je lui dis non et re-non. Cest comme sil nentendait pas. Je me suis déjà fait avoir deux fois, ça suffit. Elle passe minutieusement sa boulette de shit sous la flamme de son briquet. Je me vautre sur la table pour la regarder faire.
Henri est frêle, fragile, « différent ». Et pourtant il émane de lui une force étrange. Lorsque sa s?ur découvre la vie de Buster Keaton, génie du cinéma burlesque, elle ne peut s?empêcher de penser à lui. Buster est insensible à la douleur, Henri ne peut la dire. L?un effectue des cascades périlleuses, l?autre subit une rééducation éprouvante. Résistants, seuls, insoumis, ce sont deux garçons incassables.Née en 1967 à Lyon, Florence Seyvos est écrivain et scénariste. Elle a reçu le Goncourt du premier roman et le prix France Télévisions pour Les Apparitions.« Florence Seyvos marche sur deux fils, le burlesque et le tragique. C'est dans cet équilibre, cette double tension, que se déploie ce texte gracieux. »Le Monde
Lorsque la narratrice arrive à Hollywood pour y effectuer une recherche biographique sur Buster Keaton, elle ne sait pas encore que son enquête va bifurquer dans une direction très personnelle, réveillant le souvenir d'Henri, ce frère " différent " qui l'a accompagnée pendant toute son enfance. Quel rapport entre ce garçon dont le développement mental s'est interrompu, et le génie comique qui deviendra l'un des inventeurs du cinéma ? Henri semble perpétuellement ailleurs. Encombré d'un corps dont il ne sait que faire, il doit subir la rééducation musculaire quotidienne que lui impose son père, et qui ressemble à une suite ininterrompue de tortures. Joseph Frank Keaton Jr, dit " Buster ", naît un siècle plus tôt dans une famille de saltimbanques dont il devient bientôt la vedette, lorsque son père découvre qu'il semble insensible à la douleur. En effet, Keaton père a inventé un numéro de music-hall dans lequel son fils est soumis à une série de chocs extrêmement violents tout en gardant un visage impassible. De cette enfance maltraitée naîtra, des années plus tard, une ?uvre cinématographique où le burlesque se mêle à une poésie d'une infinie subtilité.
Résumé : Avant de rencontrer José, son frère adoptif, Alice l'imaginait comme une sorte de lutin, fragile et silencieux. La première fois, il est passé tout près d'elle, sans la regarder, en faisant un bruit de moteur. Il aimait se prendre pour une voiture. Ce n'était pas vraiment l'idée qu'Alice se faisait du monde des lutins
Hantée par les lieux de son enfance, Suzanne se souvient. De la maison d?été aux portes closes, des jeux au bord du lac avec son frère. Puis il y avait les adultes. L?oncle pervers, le maître d?école sadique, la cousine tyrannique. Odette qui seule prenait soin d?eux? Que me manque-t-il, se demande Suzanne. Comme Ariane dans le labyrinthe, elle revisite les lieux et les moments où tout s?est joué.Née en 1967, Florence Seyvos est écrivain et scénariste. Elle est notamment l?auteur des Apparitions et du Garçon incassable disponibles en Points.« Florence Seyvos, avec un art subtil, sans jamais forcer la note, mais parfois avec une cruauté qui laisse pantois, montre les masques qui ne cachent pas les figures mais les constituent. »La Croix
Résumé : C'est l'histoire d'une famille. Un père, une mère, deux enfants nés d'unions précédentes. Le père et la mère sont écrivains. Ils se sont rencontrés lors d'un projet où ils enregistraient les sons de New York, de toutes les langues parlées dans cette ville. C'est l'histoire d'un voyage : la famille prend la route, direction le sud des Etats-Unis. Le père entreprend un travail sur les Apaches et veut se rendre sur place. La mère, elle, veut voir de ses yeux la réalité de ce qu'on appelle à tort la " crise migratoire " touchant les enfants sud-américains. A l'intérieur de la voiture, le bruit du monde leur parvient via la radio. Dans le coffre, des cartons, des livres. C'est l'histoire d'un pays, d'un continent. De ces " enfants perdus " voyageant sur les toits des trains, des numéros de téléphone brodés sur leurs vêtements. Des paysages traversés et des territoires marqués par la chronologie, les guerres, les conquêtes. C'est l'histoire, enfin, d'une tentative : comment garder la trace des fantômes qui ont traversé le monde ? Comment documenter la vie, que peut-on retenir d'une existence ? Et enfin : comment parler de notre présent ? Avec Archives des enfants perdus, Valeria Luiselli écrit le grand roman du présent américain. Mélangeant les voix de ses personnages, l'image et les jeux romanesques, elle nous livre un texte où le propos politique s'entremêle au lyrisme.
Résumé : Depuis les années 2000, les sexualités féminines sont sorties du silence grâce aux séries télévisées : après Sex and The City, les productions les plus récentes ambitionnent de raconter la singularité de l'expérience des femmes. En quatre chapitres, Sex and The Series explore les métaphores et les schémas inédits que proposent ces séries récentes, et la révolution télévisuelle que nous vivons : comment le "regard masculin" est-il transformé ou contredit ? Quelles nouvelles narrations nous sont proposées ? Erudit, malicieux, cet essai détonant est également un éloge de notre plaisir de téléspectateur.
Dublin, de nos jours. Frances et Bobbi, deux anciennes amantes devenues amies intimes, se produisent dans la jeune scène artistique irlandaise comme poètes-performeuses. Un soir, lors d'une lecture, elles rencontrent Melissa, une photographe plus âgée qu'elles, mariée à Nick, un acteur. Ensemble, ils discutent, refont le monde, critiquent le capitalisme comme les personnages de Joyce pouvaient, en leur temps, critiquer la religion. Ils font des photographies, ils écrivent, ils vivent. C'est le début d'une histoire d'amitié, d'une histoire de séduction menant à un " mariage à quatre " où la confusion des sentiments fait rage : quand Frances tombe follement amoureuse de Nick et vit avec lui une liaison torride, elle menace soudainement l'équilibre global de leur amitié.Mais Conversations entre amis n'est pas qu'une banale histoire d'adultère : c'est avant tout le portrait attachant, empathique, des jeunes gens contemporains, ces millenials qui ne parviennent pas à trouver leur place dans le monde que leur ont laissé leurs aînés. La voix de Frances, poétique, désinvolte, parfois naïve, d'une extraordinaire fraîcheur est, par de multiples aspects, celle de sa génération.