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Lettres à Sade
Seth Catriona
MARCHAISSE
14,90 €
Épuisé
EAN :9782362800573
Extrait TOMBEAU SUR LA MORT DU MARQUIS DE SADE Près d'Épernon, à Émancé, dans l'actuel département des Yvelines, le nom d'un lieu-dit, la «Malmaison», témoigne de la présence ancienne d'une léproserie dans laquelle étaient soignés, mais aussi mis au ban de la société, des malades contagieux. Un manoir s'y trouvait, de grès, flanqué de tourelles en briques, orné d'une balustrade à pilastres et entouré des vestiges d'une enceinte fortifiée. En entrant du côté de l'ancien château, par la grande allée qui le partage, on tombait sur des taillis fourrés. Dans le premier du côté droit, une fosse devait être creusée par le fermier voisin. Sous la surveillance de Monsieur Lenormand, un marchand de bois qui exerçait rue de l'Égalité à Versailles, convoqué par exprès pour surveiller cette tâche funèbre, un corps devait y être placé, sans cérémonie particulière, par une froide journée d'hiver, sous un ciel glauque. La terre qui recouvrirait la dépouille devait être semée non de roses effeuillées sur un tas de fumier, mais de simples glands, afin que, par la suite, le terrain de ladite fosse se trouve regarni et le taillis fourré comme il l'était auparavant. Rien ne devait laisser deviner celui dont les restes se désagrégeaient ainsi dans un coin tranquille de l'Île-de-France. Pas de pierre pour marquer l'endroit : les traces de la tombe devaient disparaître de dessus la surface de la terre comme la mémoire du défunt était appelée à s'effacer du souvenir des hommes. Maurice Heine se rendit sur les lieux en 1932. Il y retourna avec Georges Bataille, lequel allait, à son tour, y conduire Michel Leiris. Leur pèlerinage les menait vers ce qui aurait dû être la sépulture de l'un des leurs, un écrivain, si sa famille avait respecté les dispositions du testament qu'il rédigea en janvier 1806, à l'asile de Charenton, «en état de raison et de santé», à l'âge de soixante-cinq ans, alors qu'il possédait encore une propriété agricole à la Malmaison mais n'était plus seigneur du château de Lacoste, cet imposant nid d'aigles provençal vendu en 1796. Il ignorait bien entendu qu'à l'étude anatomique de sa dépouille, refusée par anticipation - «Je défends que mon corps soit ouvert, sous quelque prétexte que ce puisse être» -, succéderait pendant deux siècles - et probablement au-delà encore - l'autopsie de ses écrits - de ceux, du moins, qu'il avait déjà fait paraître ou qui échappèrent aux autodafés d'une descendance bien-pensante, gênée aux entournures par ce père et aïeul à l'imaginaire débordant et à la troublante séduction. La présence d'extraits (parfois faussement lénifiants) ou d'oeuvres entières sortis de sa plume dans les manuels scolaires, sur les rayons des bibliothèques publiques et aux programmes d'étude des universités est-elle une consécration ou un clin d'oeil ironique de l'histoire ? et que des pays qui se veulent républicains continuent de censurer un auteur mort depuis deux siècles, est-ce une reconnaissance de l'exceptionnelle gravité avec laquelle il faut accueillir ses écrits ou la simple démonstration d'incohérences systémiques de la démocratie ? Les turbulences existentielles de l'homme ont secoué un monde en révolution ; ses livres révèlent-ils des failles que le mortier de la bonne conscience occidentale peine à masquer ? Donatien-Alphonse-François de Sade, ci-devant comte ou marquis, devenu simple citoyen, un temps représentant de la section des Piques, après avoir été réduit par la justice d'Ancien Régime à un numéro - Monsieur le 6 -, avait-il peur d'être enterré vivant ? Il semble avoir partagé, plus encore que quelque chimère de nécrophilie, cette crainte des «inhumations précipitées» dont Suzanne Necker avait fait la matière d'une publication. Il demandait en effet «avec la plus vive insistance» que sa dépouille fût gardée dans sa chambre mortuaire pendant quarante-huit heures après son décès avant que sa bière soit clouée. Celui qui avait affronté des dangers divers, voulu se tuer par amour, été condamné à la peine capitale pour ses excès de conduite par la monarchie et pour son modérantisme par les révolutionnaires, n'envisageait désormais pas de rendre son dernier souffle ailleurs que dans un lit, comme si l'agonie seule pouvait résister à la démesure de sa vision. Il entendait ensuite faire livrer à la terre un corps entier destiné à se décomposer en elle. Et pourtant, malgré ce que prévoyaient ses dispositions testamentaires, ni le corps ni la mémoire de Sade n'ont disparu. L'Histoire de Juliette défend le crime comme salutaire et vient assurer que rien ne meurt : «Tu peux varier les formes, mais tu n'en saurais anéantir ; tu ne saurais absorber les éléments de la matière : et comment les détruirais-tu, puisqu'ils sont éternels ? Tu les changes de formes, tu les varies ; mais cette dissolution sert à la nature, puisque ce sont de ces parties détruites qu'elle recompose.» Le désordre se transmue dans un creuset romanesque et fantasmatique : des lambeaux de pensées, des propos désagrégés, des émotions nouvelles, du grand néant de ce qui fut, surgissent ainsi des textes marqués au coin d'une lecture des écrits sadiens. (...)
Voltaire et Rousseau sont les deux incarnations majeures du siècle des Lumières, ce XVIIIe siècle que leurs oeuvres, leurs actions, leur rayonnement ont façonné. L'histoire les a unis au Panthéon, le haut lieu de la mémoire nationale. Ils sont morts tous les deux en 1778, Voltaire le 30 mai, Rousseau le 2 juillet. Ils sont bien du même siècle, mais Goethe a raison d'écrire qu'avec Voltaire un siècle s'achèvera alors qu'avec Rousseau un autre commence... Tous deux ont conquis la notoriété par leurs écrits. Et cependant leurs vies s'opposent. Voltaire est "rassasié de gloire, libre au sein de l'abondance". Rousseau se vit comme un "obscur, tourmenté d'un mal sans remède", marié à une servante sans instruction. Voltaire, libéral, anglophile, tolérant, défend l'individu contre le pouvoir absolu et le fanatisme, Rousseau pense l'homme en société. Voltaire vit en grand seigneur à Ferney, Rousseau dévoile son être : il écrit Les Confessions, dont le succès et l'influence sont immédiats. Jean-Jacques nous console, nous émeut, il porte l'espérance, l'amour. Voltaire nous rappelle qu'il faut voir "les hommes tels qu'ils sont en effet, des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue". La France ne cesse de dialoguer avec Voltaire et Rousseau. Ils occupent l'un et l'autre, l'un contre l'autre, une place centrale dans notre identité.
Seth Catriona ; Blum Claude ; Leclerc Yvan ; Fourn
La correspondance amoureuse des grands écrivains est souvent la part la plus secrète et la plus savoureuse de leur oeuvre : en laissant leur plume courir au gré de leur fantaisie et sans crainte de la censure, ils nous offrent des lettres pleines de passions et d'excès qui mettent à nu les coeurs et les corps. Dans ce recueil inédit où les soupirs succèdent aux fureurs, on découvrira avec surprise un Beaumarchais vaincu aux pieds de la belle Madame de Godille, un jeune Flaubert plein d'ardeur qui régale ses amis du récit ses fiasques sexuelles en Egypte... On lira aussi par-dessus 'épaule d'Apollinaire les mots d'amour que le poète adressa à Lou et Madeleine, et on se bouchera peut-être les oreilles aux cris du vieux Léautaud aux prises avec " Le Fléau " !
Un débat réunissant philosophes, littéraires et historiens s'est engagé, lors du XIIe Congrès international des Lumières, autour de la question du corps. En effet, le corps des Lumières est un objet qui méritait encore d'être questionné sur des plans épistémologique, anthropologique ou esthétique. Le présent ouvrage se veut le reflet de ces questionnements. Suivant la voie de l'époque qui récusait la séparation systématique des discours, il cherche à montrer combien l'écriture du corps entre dans une transdiscursivité. Discours scientifique, romanesque, philosophique ou social, entre autres, dialoguent au cours d'une période passionnée par l'émergence d'une nouvelle culture du corps. Les trois parties qui organisent le volume " Science, techniques et médecine du corps ", " Gouvernement du corps " et " Représentations idéologiques du corps " mettent en relief les cohérences et subversions, les conjonctions et prolongements de ces idées essentielles. Dans une dynamique d'ouverture et d'harmonie, les éditeurs ont tenu à rapprocher dans ces pages de jeunes collègues et des chercheurs confirmés, éloignés tant par la géographie que par leur parcours, afin de faire émerger des différences d'approche et des communautés d'intérêt autour de cet objet d'étude unique et multiple.
Résumé : Un château-fort imprenable surgit au détour d'un chemin et des pages jaunies d'un volume oublié. Une belle héroïne évanescente est enlevée par des brigands mystérieux. Des figures spectrales hantent l'intrigue et l'imagination. Il est minuit. Des portes grincent. Des hiboux hululent. Le pire paraît certain. L'abîme s'ouvre sous vos pas. Vous êtes dans un roman gothique. Dévorées par des lecteurs divers, de Balzac comme de Breton, ces oeuvres constituent une étape essentielle de notre modernité littéraire et sont aux sources du surréalisme, tout autant que de la fiction policière. Le présent ouvrage redonne vie et actualité à des livres oubliés, d'un genre à la fois célèbre et méconnu. Il fait le point, pour la première fois, sur le roman noir en France, des écrits sombres inauguraux des Lumières finissantes, aux récits hallucinés de Bataille.
Un enfant qui perd ses parents ? C'est un orphelin. Mais un parent qui perd son enfant ? Il n'existe pas de mot pour le désigner. Toute langue a des lacunes lexicales, des zones de sens auxquelles ne correspond aucun terme précis. Ce dictionnaire littéraire donne la parole à quarante-quatre écrivains qui tentent, non pas de fabriquer des néologismes, mais simplement de décrire et d'interroger quelques manques éprouvés dans leur pratique de la langue. Nul souci d'exhaustivité, nulle possibilité même. Mais l'esquisse d'une cartographie des absences, dans un certain paysage de la littérature française contemporaine.
Nous attaquons une deuxième nuit de montage, pour tenter, avec quelques reportages, de montrer à quoi ressemble l?Irak. La tâche est impossible. Il faudrait dire à la fois la complexité et l?attachement. Le drame et les rires. Les chiites, les sunnites, les chrétiens, les fous et les moins fous. Les suicidaires et les visionnaires. Les réalistes et les perdus. Le sable et le pétrole. La bêtise de quelques illuminés de Washington, et la naïveté de leurs successeurs. Les rêves des Irakiens, quand la parole fut libre pour quelques mois. Les désillusions, maintenant que les mots sont de nouveau chuchotés. Mes reportages ne peuvent pas montrer cela. Ils ne peuvent guère non plus montrer l?absurde et l?horreur. Encore moins le mélange des deux. Mais ces lettres peut-être? À petites touches, au jour le jour, l?auteur nous fait partager sa connaissance intime de la situation irakienne et cette forme de vie très particulière qui est la sienne, au coeur du réacteur de l?Histoire.
Extrait de l'introductionL'anthropologie peut-elle échapper au conflit de l'esthétique et de la guérilla?Jean DUVIGNAUD, Le langage perduAujourd'hui, la plupart des sociétés étudiées par les anthropologues ont produit une ou plusieurs générations d'intellectuels susceptibles de lire et de commenter ceux qui étaient venus les observer, ou observer leurs parents et grands-parents. Car les descendants des «sauvages» d'hier s'intéressent grandement aux livres qui les décrivent. Certains assistent aux soutenances de thèse, siègent dans les jurys ou mieux encore dirigent des travaux de recherche; et ils ne ménagent pas leurs critiques. Il arrive aussi qu'ils se réapproprient des traditions oubliées dont ils ont trouvé trace dans les ouvrages des premiers ethnographes, qu'ils les diffusent au village, et que lorsqu'un nouvel ethnologue arrive, on lui répète l'histoire qu'il prend à son tour pour argent comptant, d'autant que personne ne sait plus si elle a existé ou non, si elle a été inventée, quand et par qui.En même temps, toute publication sur telle ou telle population se voit dotée d'un enjeu politique local qui peut être national ou même international, et dont l'importance augmente encore dans les situations de conflit. La diffusion des médias jusque dans les régions les plus reculées de la planète, accrue par les nouvelles technologies de la communication, fait que ce «livre» que le chercheur dit vouloir écrire lorsqu'il se présente aux autorités locales d'abord, puis aux notables du groupe qu'il est venu étudier, n'est plus quelque chose d'incompréhensible ni de négligeable: selon les cas, la liberté d'accès au terrain en sera subtilement favorisée ou empêchée. Il est aussi des situations où le groupe concerné est hautement preneur de publicité (parfois même de publicité mensongère), contrairement aux représentants du pouvoir, ou inversement. L'enquêteur se trouve pris au coeur d'une bataille dont il devient - à travers son projet d'écriture - l'un des atouts ou des handicaps potentiels. Ce qu'on va lui dire et ne pas lui dire, ce qu'on va lui laisser voir et ce qu'on va lui cacher, l'instrumentalisation dont il pourra être ultérieurement l'objet ou même l'otage relèvent alors de rivalités ou de conflits qu'il lui faut déchiffrer: l'enjeu de l'écriture dépasse - et de loin - les objectifs déclarés de la science.Pour toutes ces raisons, les anthropologues s'interrogent aujourd'hui plus que jamais sur eux-mêmes et sur leurs méthodes, d'autant que dans le même temps ils sont appelés à lutter au sein du champ scientifique pour maintenir une discipline dont l'existence paraît régulièrement menacée par la diminution drastique des postes et des crédits. Déjà, dans les années 1980, la crise des systèmes de pensée (positivisme, fonctionnalisme, structuralisme, marxisme, culturalisme, etc.) avait déstabilisé l'ensemble des sciences humaines et provoqué un temps d'arrêt, un moment épistémologique obligé. Tout en réaffirmant l'importance du terrain comme indispensables prémices à la construction de leurs savoirs, les chercheurs avaient commencé à se tourner vers de nouveaux «objets» et à diversifier leurs «problématiques». Atteints, comme tant d'autres, par les effets du discours postmoderne sur la mondialisation, certains avaient proclamé l'anthropologie «science des mondes contemporains», laissant à penser, lorsqu'ils ne le disaient pas explicitement, que cet Autre extrême que les premiers ethnologues avaient cherché à rencontrer, ce «sauvage» d'antan, le vrai, celui qui était «pur» de tout contact avec la civilisation moderne, avait bel et bien disparu; hélas!
« Est-ce que c'était moi? Est-ce que vraiment j'ai vécu ça? Ou est-ce que c'est une autre, ou est-ce que c'est un rêve? Mon enfance dans le désert, les grandes traversées avec le Groupe Nomade, mon gavage, mes mariages avec... Est-ce que ça a existé? C est tellement loin de moi. Et puis si c était vraiment moi, qui suis-je maintenant? » La voix de Mariem s élève du pays au million de poètes, de ce désert mauritanien où le vent de sable efface toutes les traces, et voue la vie des hommes à l oubli. Portés par sa parole, magistralement mise en scène par Sophie Caratini, nous traversons le miroir du mythe pour atteindre fait rarissime à la vérité d un féminin saharien, bédouin, que le choc colonial va totalement bouleverser. Avec Mariem, reprennent sens des savoirs perdus, d autres manières d être au monde. Grâce à elle, nous accédons à la forme de vie et aux métamorphoses intérieures de tout un peuple.