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Gregoria de Calabre. Le grillon et la mule
Seminara Fortunato
CIRCE
12,96 €
Épuisé
EAN :9782842420673
Sa vie durant, Fortunato Seminara (1903-1984) a exploré dans ses récits et ses romans les replis d'une Calabre que le fascisme de l'Entre-deux-guerres et le prétendu boom économique des années Cinquante ont laissée " primitive toujours ", selon le titre italien du second récit de ce volume dont les burlesques héros, la Mule et le Grillon, sont comme une brève reprise héroï-comique du drame de Gregoria, la protagoniste du premier récit. Dans les collines d'une Calabre dont les herbes et les ronces, les maisons et les arbres, trempés de pluie, se couchent sous le vent du Sud, il est arrivé à Gregoria deux ou trois des pires choses que puissent connaître une enfant et une femme. Les rêves muets des uns et les projets inavoués des autres la font sortir un soir du bourg et la jettent dans les pentes et le vent. S'enfonçant peu à peu dans la folie avant de s'accomplir dans une fuite sans fin, elle traverse, révèle et dévaste des zones de plus en plus reculées du pauvre et délictueux pays du Sud : elle y débusque sans le vouloir serpents et secrets, châtiant sans s'en rendre compte d'anciennes fautes d'hommes rudes que leur contrée réduit à n'être souvent que des loups entre eux.
Vers le milieu du XXe siècle, le juge Paolo Sarlo arrive dans une grande propriété agricole d'Italie du Sud, pour liquider la succession de son oncle. Contre toute attente, il découvre que celui-ci régnait en tyran sur ses paysans et que, pour essayer de capter une part de son héritage, de nombreuses paysannes prétendent avoir eu un enfant de leur maître. Découragé face à une société paysanne dont il ne parvient pas à décrypter les modes de penser, le juge renonce à établir une vérité définitive. Au même moment, un autre personnage, le secrétaire de l'oncle, détenteur de nombreux secrets, dévoile ses véritables intentions. L'histoire apparaît alors dans toute sa signification politique et philosophique. Ecrite entre 1944 et 1951, L'Héritage de l'oncle est sans aucun doute la pièce la plus réussie de Fortunato Seminara ; elle peut être considérée comme une parabole politique dont la morale est largement inspirée de l'allégorie de la caverne.
Résumé : Fortunato Seminara (1903-1984) est l'auteur d'une oeuvre romanesque et théâtrale originale et riche, aujourd'hui encore en grande partie inédite. Le vent dans l'oliveraie (1951) est son meilleur roman. Situé en Calabre, une des régions les plus reculées et archaïques de l'Italie, il met en scène les réflexions et les incertitudes d'un petit propriétaire terrien face aux tourmentes de l'existence. Aux bouleversements historiques de l'après-guerre (grève des paysans, agitation sociale), s'ajoute la crise du couple menacé par l'adultère. Le personnage tente d'analyser la situation avec lucidité et franchise à travers l'écriture d'un journal intime où apparaissent les grandes thématiques de Seminara : la solitude et les préoccupations de l'intellectuel et du petit bourgeois dans un contexte "primitif", la description sans complaisance de la violence du monde paysan, les souffrances multiples et universelles de sa Calabre sauvage. Ce roman, fort bien accueilli par la critique au moment de sa sortie, est le premier d'une "trilogie de la solitude" publiée intégralement en 1963 par le grand éditeur Einaudi avec l'approbation enthousiaste d'Italo Calvino et d'Elio Vittorini.
Parmi les caractéristiques étranges des habitants de ce continent - l'Amérique du Nord -, il en est une qui veut que chacun se choisisse des étoiles déterminées et vive en fonction d'elles. Ces étoiles ne sont pas célestes, mais cinématographiques, ce qui ne change rien à l'affaire. En revanche, cela permet d'augmenter sensiblement le fonds de roulement du ministère des P. et T. grâce au flot continu de lettres adressées aux dites étoiles bien-aimées. Raillant quelque peu cette bizarrerie et cette passion, le New-yorker fit paraître un jour une caricature: une très vieille lady de la plus haute société, - avec diadème en diamants dans ses cheveux blancs et laquais obséquieusement courbé à l'écart, - se livre à la même occupation qu'une quelconque jeune modiste ou n'importe quel office-boy: elle écrit à la star de son coeur. Mais le noeud de l'affaire n'est pas dans l'acte même d'écrire. Il est dans le destinataire. La lettre commence par:" Dear Mickey Mouse... "Là est l'essentiel..."
Pour qui chercherait ici des définitions de la modernité, la lecture sera décevante. L'histoire du siècle passé, celle que pour l'instant nous vivons (mais savons-nous ce que nous vivons ? avons-nous la moindre idée de ce qui se fomente ?), ont donné d'autres significations à ce qui, par exemple, pour Rimbaud précisément, se jouait dans l'ordre de l'" inouï, du fulgurant, de l'illuminant ". D'autres idées sur ce qui peut être appelé " commencement " se sont frayé, se frayent leur chemin. Elles les discernent, ces commencements, comme plus dispersés, plus dissimulés, moins spectaculaires, et surtout, tributaires de la répétition, du ressassement, parfois de l'après-coup de mornes rabâchage. Tout dans ce numéro, sans en faire systématiquement la critique, est à côté des idées qui ont cours sur la modernité et la post-modernité. L'inattendu se révèle véritablement inattendu, sans tambours ni trompettes, la plupart du temps en marge du champ officiel de la pensée, et parfois du champ social de l'innovation. C'est, pour nous, de ce côté que sont les surprises.
Chaque vers est enfant de l'amour" écrivait Marina Tsvétaïéva. Mais si l'exacerbation amoureuse, l'intensité de la passion, est effectivement une des caractéristiques de son oeuvre, ce qui frappe avant tout, au-delà de la liste infinie des "muses" masculines ou féminines, c'est qu'elle n'est que très peu assimilable à la poésie amoureuse, classique ou moderne. Il s'agit non pas tant de chanter, célébrer, sanctifier l'objet de sa passion, son propre sentiment, de mettre en scène l'épiphanie de l'amour ou la souffrance de la séparation, que de fonder sa poésie, donc son être même, sur un "absolu de l'amour" antérieur au monde et qui trouve sa plus parfaite expression dans le langage fondateur. La poétique de la rupture, propre à Tsvétaïéva, déterminait elle-même dans une grande mesure son comportement amoureux. Le traducteur s'est par conséquent efforcé de restituer les articulations sémantico-prosodiques de cette "étreinte de poésie" qui, lorsqu'elle aura reflué, ne pourra déboucher que sur la mort. "Puisque j'aurai pu cesser d'écrire des poèmes, je pourrai aussi un beau jour cesser d'aimer. Alors, je mourrai. Et ce sera bien sûr un suicide, car mon désir d'amour est tout entier désir de mort", avait-elle consigné dès mars 1919 avec une précision cliniquement prémonitoire. Marina Tsvétaïéva, un des plus grands poètes russes, avait choisi l'exil en 1922 puis était rentrée en Union Soviétique dix-sept ans plus tard, avant de se pendre à une vieille poutre le dernier dimanche du mois d'août 1941.
Anna Akhmatova (1889-1966) eut très tôt conscience d'avoir donné la voix aux femmes dans la poésie russe en leur " apprenant à parler de l'amour ". Dès ses deux premiers recueils Le Soir et Le Rosaire, parus en 1912 et 1914, elle devient une star avant la lettre, étant imitée par les jeunes femmes dans sa façon de s'habiller et de se coiffer, suscitant surtout une multitude de vocations poétiques et d'épigones durant des décennies, en dépit même de l'ostracisme officiel, de l'interdiction de publier qui la frappera en 1926-1939, puis de 1946 à 1958. Aujourd'hui encore, les jeunes mariées se voient offrir un livre de celle qui pour les russophones restera à jamais le chant même de l'amour. La nouveauté radicale d'Akhmatova, qui représentait aux côtés de Goumiliov et Mandelstam le mouvement acméiste appelé à rompre avec le flou métaphysique et formel du symbolisme, résidait moins dans la " déferlante amoureuse " de sa poésie que dans une poétique inédite. Ayant " puisé dans la prose russe du dix-neuvième siècle sa sensibilité morale, la vérité des motivations psychologiques ", elle fait de chaque poème un fragment de nouvelle ou de roman, une page arrachée à un journal intime, retraçant toutes les phases et situations de l'aventure amoureuse. " L'héroine lyrique, comme le notait dès 1923 le grand critique russe Boris Eichenbaum, est un oxymore incarné, tressant l'émouvant et le sublime au terrestre et à l'effrayant, la simplicité à la complexité, la sincérité à la malice et la coquetterie, la bonté à la colère, l'humilité monastique à la passion et la jalousie ".