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Entretien sur Celan
Schneider Jean-Claude
BRUIT DU TEMPS
11,00 €
Épuisé
EAN :9782358731669
Jean-Claude Schneider (né en 1936) a longtemps eu une dette envers Paul Celan. Jeune traducteur de l'allemand, il a rencontré le poète à Paris au début des années soixante à l'occasion d'un projet de traduction des poèmes de Celan en français aux éditions Gallimard qui, à la suite d'un malentendu, ne verra jamais le jour. C'est Celan qui, le premier, l'encouragea, lors de cette rencontre, à lire Mandelstam en lui offrant le petit livre de traduction du poète russe en allemand qu'il avait lui-même fait paraître en 1959. L'aboutissement du choc reçu alors, ce seront les deux volumes des Ouvres complètes publiées il y a deux ans. Les pages de cet entretien sur Celan, publié une première fois aux éditions Apogée en 2002, sont nées, quarante ans après, de cette rencontre et ce projet qui n'aboutit pas au livre escompté, mais qui marque, néanmoins pour Jean-Claude Schneider - qui a lui-même publié ses premiers poèmes au Mercure de France en 1958 - le début "d'une conversation infinissable avec les seuls poèmes, enfin renouée et sans cesse recreusée". Le livre est donc à la fois le recueil, longtemps différé à cause du malentendu initial, des traductions de poèmes de Celan par Schneider et un commentaire de ces poèmes, une lecture que l'on peut dire "fraternelle" , si l'on connaît l'oeuvre poétique de Schneider et en particulier de son dernier recueil Récitatif en ruine que nous publions parallèlement. Les livres sur la poésie de Celan se sont multipliés depuis qu'il a acquis le statut - paradoxal quand on sait son histoire familiale - de plus grand poète de langue allemande de la seconde moitié du XXe siècle. Mais celui-ci nous semble particulièrement précieux par son approche. A l'opposé de la démarche d'un Jean Bollack, qui pensait qu'il était possible, à force de savoir herméneutique, d'accéder à un sens qui serait le seul recevable, Schneider se place dans la position de l'"interlocuteur", de l'un de ces lecteurs du futur dont parlait Mandelstam. D'où le titre choisi pour ce livre qui fait allusion à l'Entretien sur Dante de Mandelstam aussi bien qu'à l'Entretien dans la montagne de Celan lui-même. Tout en préservant "la part d'ombre que le poème a pour tâche de sauver et dont il doit, pour buissonner, se vêtir", Jean-Claude Schneider nous apprend, dans ces pages, à nager vers les poèmes de Paul Celan, qui sont comme autant "de petites îles pour lesquelles manquent ponts et bacs".
Aux figures et remous que dans l'espace gagné sur le brouillon immergé des sensations la Peinture réinvente, répondent ici, poreuse chambre d'échos, les mots nés à l'ombre des toiles et mûris dans les plis nocturnes d'une mémoire insomniaque. Appelés par les vibrations silencieuses du monde peint, ils s'exposent, en son nom, levée de voix qui, pareillement assoiffées de réalité, inscrivent leurs matières opaques ou transparentes, s'imprègnent de ces espaces émus, des mystiques rivages de la couleur, prolongent la peinture et résonnent, résonnent, sont comme son Ombre.
C'était le paysage humain qui l'émouvait. II semble que la Beauté, pour toucher les sens de Flush, dût être condensée d'abord, puis insufflée, poudre verte ou violette, par une seringue céleste, dans les profondeurs veloutées de ses narines; et son extase, alors, ne s'exprimait pas en mots, mais en silencieuse adoration. Où Mrs. Browning voyait, Flush sentait; il flairait quand elle eût écrit. "Virginia Woolf, Flush, une biographie,1933."
Ayant par miracle survécu à cinq années de Goulag, Julius Margolin (1900-1971) est l'auteur d'un témoignage majeur, Voyage au pays des Ze-Ka, écrit dès son retour à Tel-Aviv en 1946. On y quittait Margolin à la sortie du camp, à l'été 1945, sans savoir comment se terminerait son odyssée. Luba Jurgenson a retrouvé et rassemblé des textes inédits de l'auteur relatant le retour, "Le chemin vers l'Occident, Slavgorod, Lodz, Varsovie, Paris, Marseille, après une année passée dans l'Altaï où il fut assigné à résidence à sa libération. Mais aussi une autobiographie inachevée,"Huit chapitres sur l'enfance", qui sont comme un prélude à"l'éducation européenne"de Margotin, permettant de comprendre le cadre social et intellectuel à l'intérieur duquel se forgera le récit de l'expérience fondamentale, celle de la confrontation de l'individu à la violence d'Etat."
Du temps a-t-il passé encore? Toujours la tempête. Et quelqu'un s'y fraie un chemin pour nous rejoindre tous les trois au premier plan, à l'abri du vent. Est-ce lui? Oui, c'est Gregor, nom de résistant: Jonathan, et il porte quelqu'un d'autre dans ses bras. Est-ce elle? Oui, c'est Ursula, nom de résistante: Sneena, la Neigeuse, sa soeur. Et elle n'est plus en vie. Ou: Elle est encore en vie, pour un instant, à moins que je me trompe?, debout, affaissée, assise, couchée, mourante. Ses parents, mes grands-parents, reprennent peu à peu leurs esprits. Et les deux disent:"Je le savais"."
Nouvelle édition établie et présentée ("Je ne mourrai pas tout entier") par Luba Jurgenson. Traduction du russe par Nina Berberova et Mina Journot. révisée et complétée par Luba Jurgenson. Enfin publié ici dans son intégralité pour la première fois au monde et sous son titre original, Voyage au pays des Ze-Ka est l'un des plus bouleversants témoignages jamais écrits sur le Goulag. Le livre était paru en France en 1949 sous le titre La Condition inhumaine, bien avant les chefs-d'oeuvre de Soljenitsyne et de Chalamov. Cet hallucinant récit de cinq années passées dans les camps soviétiques ne le cède en rien à ceux de ses célèbres successeurs, ni pour la qualité littéraire, ni pour l'acuité de pensée et la hauteur de vue avec lesquelles l'auteur s'efforce de donner un sens à son expérience, aux limites de l'humain.