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Les fruits poussent dans les arbres
Sampiero Dominique
FLAMMARION
18,30 €
Épuisé
EAN :9782080681812
Ciel en impasse Sur la grand route entre Bavay et Le Cateau, une légende raconte qu?un homme a traîné sa femme par les cheveux, au cul de son cheval au galop. Ici, l?histoire n?impressionne personne. C?est un pays ébouriffé en haut, tout nu en bas, avec des arbres droits comme des I. L?air vire du gris au blanc en se frottant à la paille des vieilles haies: on dirait une porcelaine accrochée sur la cheminée, une auréole achetée à la brocante. Un peu de terre mange la route, lui dessine des hanches, des poitrines et des épaules de naïades qui attirent les voitures au fossé. Transis derrière leur radar, les gendarmes vous arrêtent à cinquante-sept kilomètres heure, histoire de faire un brin de causette. Les sentiers, sillonnés jadis par des douaniers en bicyclette pourchassant les blauwers, passeurs de dentelle, fraudeurs de café, alcool, tabac et chocolat blanc, s?enfoncent aujourd?hui en circuits touristiques fléchés vers la Belgique, dans des pubis de verdure jaillissant à contre-ciel pour reprendre souffle: on dirait que les talus respirent. De vieilles passerelles enjambent les voies ferrées qui servent de garage aux tracteurs. On ne sait pas si le vent pousse les nuages ou si l?horizon les attire pour les bouffer. Aux Quatre Chemins, l?horizon est vaste. Les panneaux pointent leur flèche dans le vide, le néant, l?éternité, avec des noms de villages incongrus: les câbles tendus entre les poteaux rassurent à peine. À un deuxième carrefour, un Christ rouille sous les averses devant une grille fermée par un vieux cadenas. Les pointes de la barrière sont acérées. Le jour des poubelles, chacun étale ses déchets sur les trottoirs. Des éboueurs bleu pâle, aux épaules et aux jambes jaune fluo, passent une fois par semaine et font le ménage: on devine la vie des habitants dans le fouillis de la benne. Du plus sage au plus débridé. Les SERTIRU rondes et ventrues, alignées comme des cercueils noirs, ne laissent rien filtrer. Les sacs noués d?une petite ficelle rose donnent envie de les emporter. Les débordantes et les éventrées parlent de couches- culottes et d?enfants qui braillent dans des familles allocations familiales. Les chiens viennent lécher la merde et les petits pots carotte. Tous les bistrots s?appellent CAFÉ DU COMMERCE. On y entasse autant de tickets de jeux que de cadavres de bibine. Entre les étiquettes Jenlain, Goudale, Bière des Jonquilles, la photo du patron trône au-dessus du bar sous un plexi doré: il pose au bras de sa femme, à côté des derniers gagnants du Millionnaire. En habits du dimanche, on ne les reconnaît pas. Des enfants emmitouflés achètent, en courant, des Marlboro pour leurs parents. Le chat blanc se sauve par la porte entrouverte. Les églises ne sont jamais loin de ces lieux de débauche. Les femmes papotent à la messe les jours de baptême et de confirmation. Aux mariages et aux enterrements, les hommes dépensent l?argent de la quête en genièvre et en ambrée des Flandres pression. Mairie, École, Salle des fêtes désignent les autres baraquements de la culture. De temps en temps, la cloche rassemble les gens cachés derrière leurs rideaux. Les cabines téléphoniques sont entières, indemnes de tags et de graffitis. On dirait qu?elles sont neuves mais elles sentent l?urine. Huile Labo. Pastilles Valda, respirez mieux! La vraie vie, c?est Auchan! Le censier a vendu un mur de la ferme en déficit pour un peu de pub. À trois cents mètres, pente à 6 %. Utilisez votre frein moteur. Use your engine braking. Plus loin, British Cemetery. Puis, Sandwiches Américains, Boissons fraîches, Pains Bagnats, Hamburgers, en majuscules sur une voiture qui brille comme un plat inox. Des panneaux tricolores annoncent des feux de circulation invisibles. Les châteaux d?eau dressent des entonnoirs pour les rivières. Café restaurant, Le Pendu. Parking à 1 500 mètres. Les voitures zigzaguent sur des triangles, pluie, boue, chutes de betteraves: dans les champs, à perte de vue, pas un arbre pour pisser ou graver le nom d?une amoureuse. À l?horizon pousse la mauvaise herbe des clochers. On entre dans le village par surprise. Après la rue d?En-bas et la rue du Calvaire, une vierge sale porte un ange dans sa main gauche et regarde en souriant les enfants morts pour la France. Un soldat sans casque dort blessé à ses pieds. Un panneau impasse annonce une ruelle qui aboie sur un sens interdit. Appuyée à un poste de transformation haute tension, danger de mort, accessible au personnel autorisé, l?église de 1734 ouvre ses portes uniquement au moment des offices, à cause des brocanteurs qui revendent les saints en bois fruitier. Sur la façade est placardé un imprimé dont on a rempli les cases vides: Vous êtes priés d?assister aux funérailles de Mademoiselle Gisèle Carlier, rappelée à Dieu dans sa 53ème année après avoir reçu les sacrements. La messe des funérailles sera célébrée le jeudi 4 janvier à 15 heures. Le chapelet des défunts sera récité le mercredi 3 janvier à 19 heures. La famille ne désire pas de visites. Miséricordieux Jésus, donne-lui le repos éternel! Au loin, un coin de ciel bleu troue le plomb des nuages. À trois pas de l?église, à mi-pente de la petite ruelle basculant au fond de l?impasse en voie herbeuse, à cent mètres du chemin de l?enfer qui s?éteint dans le ruisseau puis remonte vers le clocher du village mitoyen, Thérèse parle avec les morts, les saints et les anges comme avec des voisins. Les hirondelles, même chose. Quand la famille lui rend visite, les langues sifflent: T?es bien au frais, là, pour ta retraite, entre deux bénitiers! Elle sourit. La petite maison où elle vivote, de briques et de broc, toujours en travaux, avec un grand portail bleu nuit, ouverture électrique, niche au c?ur d?un village qui porte le même nom qu?un préhistorique député du Nord, là où aboutit le dérisoire panneau « centre-ville ». Le couloir est squatté par deux nids de salive, petites boulettes de terre brune patiemment malaxées sous une poutre. Au printemps, Thérèse attache la fenêtre de la porte d?entrée avec enne fichelle. Et les arondelles viennent couver. C?est salissant mais c?est pas grave: Thérèse nettoie. Elle décape ses boiseries à l?hiver, pour que l?odeur ne gêne pas les oisillons. ? Comme ça, j?ai des oiseaux à la maison. Un jour, j?ai laissé la porte du salon ouverte. Ils ont commencé un deuxième nid, mais là j?ai dit non, je vous donne le couloir, ça suffit! Le « salon » est meublé sobrement, avec une belle lumière aux couleurs du jardin. Thérèse débarasse la minuscule desserte en osier et verse du café noir dans des tasses en porcelaine de Limoges, Mory Tellier, Caudry, sur un plateau en plastique orné de trois iris, gagné en prime à l?époque où elle travaillait à Stanhome, société de produits d?entretien ménagers à domicile. Au fond à gauche, penchée à la fenêtre, offerte par Gérard, l?aîné, sa femme Françoise, Philippe n° 3 ? les deux autres, elle ne les voit jamais ? Ginette, Sylvette, les filleuls et nièces à qui Thérèse récite le nom des étoiles lorsqu?ils sortent tard de chez elle et qu?il n?y a pas d?éclairage dans la rue, une lunette astronomique Celestron dans sa housse de protection: Je ne m?en sers pas, les réglages sont compliqués, quand je suis prête, les astres ont disparu derrière les nuages ou la buée voile les lentilles à cause des différences de température, alors il faut attendre une autre lunaison et c?est trop long, je préfère regarder aux jumelles.
Résumé : "Laurence ferme les yeux avec moi, serre les lèvres, et ses baisers sont ceux d'un animal craintif qui frotte son museau sur le mien, de gauche à droite. Je suis obsédé longtemps par cette image honteuse, cette bouche qui dit non et oui en même temps, et par la confusion où nous basculons ensuite. Son visage me repousse et ses mains me retiennent. C'est comme si elle devenait aveugle et que je guidais ses gestes pour lui faire accomplir ce que nos deux corps attendent sans que des mots sachent le dire. Laurence se laisse faire et nous nous abandonnons à cet instinct qui nous colle l'un à l'autre, sans jamais nous consoler ni apaiser la peur d'être au monde." Récit d'initiation, histoire d'une passion adolescente, cachée, obsessionnelle et transgressive qui lie le narrateur à sa soeur d'adoption et lui laisse aujourd'hui encore, après une enfance tiraillée entre l'amour et la peur de l'abandon, la possessivité et l'indifférence, un sentiment d'inachevé.
Résumé : " David a aimé beaucoup de femmes, juste pour les toucher sous leurs robes, mais les a-t-il aimées vraiment ces femmes qu'il a portées dans son lit comme des peluches ? D'une conquête à l'autre, il est passé d'une vie à l'autre, parfois en même temps, il a traversé plusieurs existences et sa personnalité change, s'adapte, puis chacune effaçant la précédente, il reste seul devant quoi, le temps qui reste quand on a tout gâché ? David se souvient de toutes ses folies pour faire jouir les femmes qu'il a aimées et il se demande parfois s'il n'a pas rêvé. "
Dans l'univers de Dominique Sampiero, la naissance et la mort sont intimement liées, comme le cycle des saisons.La lumière du deuil est le portrait d'une jeune femme seule, enceinte, qui chante la lumière, la nature, mais aussi la peur, le désespoir et la mort. Qui était donc cette femme que le narrateur n'a même pas connue et qui lui manque?Dans Le dragon et la ramure, Justin, un orphelin élevé par des moines, apprend l'art de l'enluminure, puis abandonne la vie monacale pour vivre auprès d'Agate des jours de joie et de ténèbres et connaître la rédemption par l'amour.Deux courts récits d'une rare densité.
Depuis ton départ, j'ai décidé de te parler chaque jour à voix haute, comme dans un refrain. les bribes d'une chanson, de tenir à toi. en secret, dans un jardin de toboggan et de ducasse, quoi qu'il arrive, du matin au soir, au-delà du raisonnable." Les parents séparés, la petite fille est partie vivre avec sa mère. Dominique Sampiero raconte la solitude infinie qui succède à la joie des retrouvailles, au fil des week-ends et des vacances, la chaleur des souvenirs quand la peine est trop grande, "la petite présence" qui fait naître le manque comme elle le console. Le récit, écrit entre prosaïsme du quotidien et poésie intime, du difficile cheminement d'un homme vers une vie nouvelle, pourvu qu'il accepte qu'elle soit la sienne.
Résumé : " Vous vous demandez sans doute ce que je fais dans la chambre de ma mère. Moi, le professeur de lettres de l'Université catholique de Louvain. Qui n'a jamais trouvé à se marier. Attendant, un livre à la main, le réveil possible de sa génitrice. Une maman fatiguée, lassée, ravinée par la vie et ses aléas. La Peau de chagrin, de Balzac, c'est le titre de cet ouvrage. Une édition ancienne, usée jusqu'à en effacer l'encre par endroits. Ma mère ne sait pas lire. Elle aurait pu porter son intérêt sur des centaines de milliers d'autres ouvrages. Alors pourquoi celui-là ? Je ne sais pas. Je n'ai jamais su. Elle ne le sait pas elle-même. Mais c'est bien celui-ci dont elle me demande la lecture à chaque moment de la journée où elle se sent disponible, où elle a besoin d'être apaisée, où elle a envie tout simplement de profiter un peu de la vie. Et de son fils. "
Biographie de l'auteur Edouard Louis a 21 ans. Il a déjà publié Pierre Bourdieu : l'insoumission en héritage (PUF, 2013). En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman.
Résumé : Les histoires d'amour ne se ressemblent pas. Cependant elles entretiennent des correspondances secrètes à travers le temps et l'espace. Alice et Vincent s'aiment, aujourd'hui, à Paris : ils ont l'art et l'érotisme en partage. Leur passion entre mystérieusement en résonance avec d'autres amours, des collines de Rome aux rivages du Brésil, et jusque dans la Grèce antique. Dans cette chasse éperdue où l'on ne sait plus qui fuit et qui assaille, on croise Piero di Cosimo, l'énigmatique peintre de la Renaissance, Diane et Actéon, chasseurs illustres, Ariccia et Philippe, égarés en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, et bien d'autres amants pris dans les tumultes de l'Histoire.
Résumé : Parti sur les traces de Robert Desnos et de son séjour à Cuba en 1928, le narrateur arpente les rues de La Havane, découvre les nombreuses églises et les bars, flâne sur le Malecón pour y capter le " réel merveilleux " auquel il finira par succomber. Au fil de ses séjours, il croise des personnages hauts en couleur, dont un ancien guérillero, des musiciens, des anonymes extravagants rêvant de départs, une riche New-Yorkaise qui attend la chute du castrisme, une mystérieuse infirmière, un prêtre de la santería... Des souvenirs remontent : une amante ensorceleuse, un chauffeur de taxi fanfaron, des poètes et des cinéastes, ainsi que des figures illustres ; Sartre et Beauvoir enflammés par la révolution, Alejo Carpentier, Lezama Lima, le boxeur Kid Chocolate, Paul Morand, le coureur automobile Fangio (kidnappé par les barbudos), Hemingway, Allen Ginsberg, García Lorca et quelques invités surprises, tels que le jeune Leonard Cohen ou encore Anaïs Nin.