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La traversée littéraire
Robert Marthe
GRASSET
25,15 €
Épuisé
EAN :9782246493013
La Traversée littéraire comprend des textes-articles, conférences, entretiens... dispersés depuis quelque trente ans dans des journaux et des revues dont certains ont disparu. Devenus en partie introuvables, ces textes traitent de sujets divers, où reviennent néanmoins souvent les auteurs auxquels j'ai consacré une grande part de ma vie : Kafka, Flaubert, Freud, pour ne citer que les principaux. Pour la plupart, ces textes sont liés à mes recherches du moment, d'autres, en revanche, ont davantage affaire avec l'actualité littéraire. Chaque auteur est envisagé chaque fois sous un angle différent. La figure des écrivains le plus souvent évoqués ici n'est pas si simple, ni si unie qu'on puisse prétendre la dessiner d'un trait. C'est seulement en l'éclairant de tous côtés, avec tout ce qu'on sait sur la vie de l'homme et sur son oeuvre, que j'ai pu espérer la recomposer avec ses contradictions, ses ombres, ses ambiguïtés". M. R.
Paru pour la première fois en 1946 dans la revue L'Heure nouvelle, ce texte, désormais classique, de Marthe Robert inaugure le travail d'une vie consacrée en grande partie à Franz Kafka; vie entière passée à en traduire (aussi) les écrits les plus intimes pour en préserver paradoxalement la part secrète, qu'aucune lecture (philosophique, psychanalytique, politique, mystique etc.) n'était en mesure de révéler.
Comme je n'en finis pas de m'interroger sur la littérature et surtout sur les rapports exacts des choses écrites avec la vie, je me propose de consigner ici, dans une sorte de Journal non daté, les remarques et questions qui me viennent à l'esprit en relation avec ce que je lis, sans tenir compte du genre des textes ni même de leur qualité. Dans ce recueil que j'intitule {Livre de lectures}, par antiphrase, cela va de soi, car on n'y trouvera pas de ces modèles fournis par les anthologies, et encore moins les certitudes sur quoi se fondent les manuels, je n'envisage nullement de citer oeuvres et auteurs pour en faire la critique, fût-ce au sens scientifique et technique que le mot prend désormais pour nous, mais bien plutôt de relever au jour le jour ce que le fait littéraire a de flou, de fuyant et d'incompréhensible au fond sous ses airs rassurants de phénomène classé. Je veux en somme demander aux livres qui me sont tombés un jour entre les mains ce qu'il en est de la littérature en général, ce qui justifie son extraordinaire pouvoir social et de quel fonds mal exploré elle tire toujours sa satisfaction.
Pourquoi le roman ? En posant cette question au seuil de son livre, Marthe Robert installe d'emblée son lecteur au coeur d'un des problèmes les plus mystérieux de toute la littérature. Quelle est la force obscure qui pousse les hommes à raconter des histoires ? Aucune des définitions données jusqu'à présent pour expliquer un genre à la fois si universel et si disparate n'étant satisfaisante, Marthe Robert prend pour point de départ le texte célèbre de Freud sur " le roman familial des névrosés " pour démontrer - avec des arguments purement littéraires - que tout roman a pour origine le même besoin de bousculer l'ordre des choses, de changer la vie, qui entraîne le petit enfant à se rêver des parents imaginaires meilleurs, plus forts et plus beaux que sa famille réelle. Du conte de fées et du feuilleton populaire aux plus hautes créations littéraires, le héros romanesque est toujours soit l'Enfant trouvé, qui refait le monde à sa guise, soit le Bâtard, qui cherche à imposer sa volonté au monde. Ou plutôt, l'Enfant trouvé et le Bâtard sont indissolublement liés dans toute figure romanesque, car ils reflètent les deux exigences contradictoires mais simultanées du romancier, l'exigence " romantique " et l'exigence " réaliste ", la nostalgie du Paradis perdu et l'ambition conquérante. Selon que l'une ou l'autre de ces exigences se montre la plus forte, on a soit les romanciers de " l'autre côté ", les Cervantès et les Defoe, soit les romanciers de " tranches de vie ", les Balzac et les Flaubert, mais tous, quels qu'ils soient, secrètement écartelés entre le refus scandalisé du monde et le désir d'un bouleversement réparateur. Ce résumé très grossier ne saurait rendre l'admirable complexité des analyses de Marthe Robert. C'est tout le paysage romanesque qui change insensiblement sous nos yeux, une nouvelle histoire du roman qui s'écrit, une nouvelle méditation sur l'éternel rêve humain qui se poursuit sans faiblir dans ces pages.
A strictement parler, il n'y a que deux façons de faire un roman : celle du bâtard réaliste, qui seconde le monde tout en l'attaquant de front ; et celle de l'enfant trouvé, qui, faute de connaissances et de moyens d'action, esquive le combat par la fuite ou la bouderie.".
Résumé : " Peins ma fille, peins... Le jour commençait à baisser quand elle s'était enfin arrachée d'une ancienne fièvre. Une grande toile en était sortie, comme elle n'en peindrait jamais plus, avait-elle aussitôt compris. Une simple bâtisse dans l'herbe rase d'un vert cru, une bergerie, peut-être, tombée du ciel comme un météore... " Ainsi peint Aimée Castain, bergère de Haute-Provence. La montagne est dans le paysage. La mer nappe l'horizon, invisible, brumeuse, à soixante kilomètres. Et partout, la tendre sauvagerie des collines, les oliviers, les bories, la tentation de la couleur. Saisir sur la toile la beauté du monde. Son mari Paul ne comprend pas bien cette passion nouvelle, mais Aimée s'y donne, entièrement, tout en surveillant son troupeau. Peu à peu, son talent franchit la vallée, les amateurs achètent ses toiles, les journalistes écrivent sur le prodige. Une candeur de touche, un talent singulier, comme offert, par l'insaisissable : l'école du ciel, peut-être... La narratrice et son compagnon, Daniel, avocat, cherchent comment fuir Paris et Marseille, la vie épuisante, éclatée. Dans un village de Haute-Provence, une maison leur apparaît, comme offerte elle aussi, par l'invisible. Elle sera leur point d'ancrage. Chaque matin est une promesse nouvelle. Puis Daniel s'enflamme pour l'oeuvre d'une artiste oubliée, une fille de métayers, née pendant la Grande Guerre, une simple bergère. La maison qu'ils viennent d'acheter fut la sienne. Un talent magnifique et méconnu aurait-il vécu entre ces murs ? Elisabeth Barillé nous entraîne à la rencontre d'Aimée Castain et nous livre le roman de la liberté, avec grâce et un sens unique des images : échapper à son histoire, traverser l'enfance, accomplir son destin.
L'éducation d'Alphonse se fait de 1946 à 1947 entre une librairie d'ouvrages anciens, le Carillon des Siècles, et la prison de Fresnes : bien difficile de rester honnête lorsqu'on est jeune, qu'on a un très maigre bagage culturel et un sacré appétit sexuel en ces années d'après-guerre où le moindre paquet de cigarettes se paie son pesant d'or. Au Carillon débarque, un jour, le Professeur, curieux pédagogue porté sur la dive bouteille et les spéculations les plus hasardeuses de l'esprit. Alphonse, ébloui, va lui filer le train en ses pérégrinations bistrotières, dans les rues d'un Paris qui s'éveille après la nuit de l'Occupation. On va y rencontrer, bien sûr, toutes sortes de rêveurs, de poètes, de mythomanes, de loquedus, d'escrocs, et même Louis Aragon. Un roman dans la suite du {Café du pauvre} et du {Banquet des Léopards}. Drôle, toujours émouvant, croustillant... écrit au fil des métaphores les plus inattendues.
Résumé : Paru en 1845, Paris anecdote est un livre consacré à la vie quotidienne à Paris, au milieu du XIXe siècle. L'auteur revient sur les métiers les plus insolites de la capitale : du pâtissier ambulant à la femme qui a fait fortune en vendant de la mie de pain récupérée pour les oiseaux, en passant par l'éleveuse de fourmis ou l'exterminateur de chats. Il raconte la vie d'une maison du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où logent peintres, poètes, chanteurs, tous pauvres et flamboyants, des princes râpés de la bohème. Il raconte ses nuits dans les plus fameuses tavernes et autres cabarets du quartier des Halles, mille rencontres avec des Parisiens et des banlieusards qui commercent, rêvent, boivent, perpétuant un Paris du Moyen Age depuis bien disparu et qui ont fait de Paris, à jamais, la ville qu'elle est. Industrieux du jour et dériveurs de la nuit, comme ce pair d'Angleterre excentrique et tragique, ou cette tenancière de café gouailleuse, c'est le grand et petit peuple de la capitale du XIXe siècle, pour reprendre l'expression de Walter Benjamin. Un Paris disparu, d'avant les travaux du baron Haussmann, d'un temps où, comme l'écrit Privat d'Anglemont dans ce livre culte et inédit depuis des décennies, " on voulait s'amuser, on ne pensait même qu'à cela ".
Résumé : "J'ai longtemps cru qu'il suffisait d'être deux pour faire un enfant. Eve, Adam ; un instant d'éternité. La vie s'est chargée de me détromper : à 27 ans, comme de plus en plus de femmes, j'ai dû demander l'aide de la médecine pour tenter d'être mère. A l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, j'ai rencontré une gynécologue obstétricienne, Sylvie Epelboin. Elle a suivi ce long chemin avec moi. Un chemin qui a duré des années, qui a eu la peau de mon mariage, mais qui a créé un lien unique entre le docteur Epelboin et moi, entre la soignante et la patiente". "Et moi, Elise, je me souviens de ce premier jour, de votre entrée avec Simon, dans mon cabinet. Vos regards, votre jeunesse, cette envie, et devant vous, la médecine, le temps... ". Vingt-cinq ans plus tard, Elise propose à Sylvie de croiser leurs regards sur cette aventure, de mêler l'intime à la médecine. D'un côté, Elise, jeune adulte, jeune mariée, confrontée à une épreuve à laquelle elle n'était pas du tout préparée, hantée par les réminiscences d'épisodes très douloureux de son histoire. De l'autre côté, Sylvie, passionnée, engagée, féministe et mère, à l'origine d'un des premiers centres de fécondation in vitro en France, aussi attentive aux progrès de la Science qu'aux questions éthiques qui les traversent. "Nous avons écrit toutes les deux, soucieuses de raconter au plus juste cette histoire d'intimité médicalement assistée. Peuvent s'y reconnaître les femmes à qui l'enfant se refuse, celles qui ont enfin mené à terme ces grossesses rêvées, et, bien sûr, les médecins, chercheurs, biologistes, qui, d'une manière ou d'une autre, ont leur place dans cette épopée inouïe qu'est l'Assistance Médicale à la Procréation".