Élément fondateur de l'historiographie méthodique, l'événement avait déjà perdu son statut privilégié lorsque l'histoire des Annales promut une histoire davantage inscrite dans la longue durée et ouverte aux sciences sociales. C'est en 1974 que Pierre Nora parla du "retour de l'événement", dont Paul Ricoeur fit cependant observer que ce "n'était pas exactement celui qui a été repoussé dans les marges de l'histoire par la génération précédente". L'événement revenait comme "le troisième terme de la triade: structure, conjoncture, événement". Désormais, l'historien François Dosse parle de sa "renaissance", soulignant la "relation tout à fait essentielle entre langage et événement qui est aujourd'hui largement prise en compte et problématisée par les courants de l'ethnométhodologie, de l'interactionnisme et, bien sûr, par l'approche herméneutique". Après avoir tenté de cerner la notion d'événement en la confrontant à d'autres (en particulier au fait divers) pour en analyser le rendement dans des domaines variés (littérature, encyclopédie, iconographie, documents historiques) et dans un espace principalement ibérique, c'est à ses traces - ou à ses échos - que se sont intéressés les auteurs de cet ouvrage collectif. Les travaux de chercheurs de différents domaines des sciences humaines et sociales ont ainsi alimenté la réflexion.
Sierra Blas Veronica ; Rivalan Guégo Christine ; T
Les enfants ont longtemps été les oubliés de l'Histoire. Ce n'est que depuis la fin du XXe siècle que la médiatisation de la figure enfantine en guerre alimente les renouvellements de la recherche scientifique. Entre 1936 et 1939, plus de 30 000 enfants furent évacués par la République espagnole vers la France, la Belgique, l'Angleterre, la Russie, le Mexique, la Suisse et le Danemark. L'auteur a enquêté sur ces évacuations, qui feront date dans l'histoire de la protection des mineurs en période de guerre : qui peut certifier que ces départs poussés par l'urgence ne seront pas sans retour ? Peut-on protéger à la fois la vie des enfants et le droit des familles ? Alors que jusque-là les travaux publiés étaient le plus souvent des reconstitutions historiques à partir de journaux et de documents officiels de l'époque ou bien des témoignages a posteriori, l'ouvrage cherche, à l'inverse, à capter la " parole " de l'enfant au plus près du " je ", comblant de la sorte un vide historiographique. L'originalité du travail de Verónica Sierra est de privilégier, continûment, le point de vue de l'enfant. C'est en croisant les écritures enfantines avec les données historiques conjoncturelles qu'elle reconstitue les voyages en bateau, les transferts, les arrivées, les années qui passent. a guerre civile n'est donc que le cadre du récit qui cherche à retracer l'expérience de la guerre et de l'exil du point de vue des enfants.
Riche de ses quinze études originales, le présent volume se propose d'avancer la connaissance des collections (phénomène éditorial essentiel aux XIXe et XXe siècles qui a façonné, en particulier, les pratiques d'achat et de lecture du grand public), ainsi que de leur rôle dans la construction des sociétés contemporaines. Chacune à sa manière, tes différentes contributions étudient l'objet collection, non seulement en tant qu'artefact, ou objet emblématique d'une nouvelle consommation culturelle, mais aussi en tant que fait de société à part entière. Adoptant une perspective spatio-temporelle résolument large qui embrasse trois siècles, les articles étudient des cas européens (France, Espagne. Italie, Suisse, Belgique) aussi bien qu'américains (Canada, Argentine). Dans sa démarche, ce volume se veut avant tout comparatiste, donnant ainsi au lecteur une vision horizontale des transferts et de la circulation des modèles éditoriaux. Les différents points de vue adoptés pour appréhender la collection sont une autre force de ce volume. En mobilisant une documentation abondante et variée, les auteurs se penchent notamment sur le rôle des différents acteurs associés au processus de création et de diffusion (auteurs, directeurs de collection, éditeurs, lecteurs, traducteurs), sur les enjeux matériels et économiques sous-jacents à tout projet éditorial ou bien encore proposent une approche thématique, la collection contribuant à structurer le savoir dans un domaine de connaissance donné (littérature, histoire, sciences, médecine...). Parce qu'au fil des pages sont également abordés, en filigrane, les changements culturels majeurs qui ont conduit à la démocratisation de la culture et à la culture de masse, cet ouvrage devrait retenir l'attention des spécialistes du sujet, mais aussi des professionnels de la culture et de l'édition de plus en plus interpellés par l'avenir du livre dans un marché éditorial mondialisé.
La problématique du conflit, choisie comme objet d'étude lors du colloque organisé par le Centre de Recherches sur les Identités et les Cultures des Civilisations Occidentales à l'Université de Cergy-Pontoise, semble être au cœur même de toute œuvre littéraire. A travers leur diversité, les articles présentés dans ce volume témoignent de l'omniprésence du conflit comme thématique dans les littératures anglophone et hispanophone, de la Renaissance à l'époque contemporaine. Les genres littéraires majeurs que sont la poésie, le théâtre et le roman, tous représentés ici, offrent une vision du conflit aux multiples facettes.
Cet ouvrage est destiné principalement aux étudiants des premier et second cycles Universitaires abordant pour la première fois la littérature anglaise du XIXe siècle. Conçu à la fois comme panorama du vaste champ d'étude que constituent le roman et la poésie en Angleterre au XIXe siècle et comme guide méthodologique dans l'exercice du commentaire de texte, ce livre répond à un double objectif : introduire l'étudiant à la lecture des grands auteurs qui ont dominé la littérature anglaise à l'époque romantique puis à l'époque victorienne ; fournir des extraits d'?uvres représentatives à partir desquels ont été rédigés des commentaires de texte par quinze auteurs spécialistes de cette période. Des pistes de réflexion sont fournies sur un certain nombre d'extraits en vue de l'entraînement individuel des étudiants.
Au Moyen-Age le pouvoir se conjugue aussi au féminin. A rebours de la conception française du rôle des princesses de haut rang définie par la loi salique, les comtés de Flandre et de Hainaut sont, entre 1244 et 1503, le lieu d'exercice d'un pouvoir par les femmes. Marguerite de Constantinople, Marguerite de Flandre, Jacqueline de Bavière ou encore Marie de Bourgogne ne sont pas seulement filles, épouses, et mères : elles sont avant tout des femmes régnantes. Outils de validation et de pouvoir, leurs sceaux permettent de définir les contours de leur pouvoir politique et la singularité de leur statut. Par leurs spécificités iconographiques, héraldiques et emblématiques, les sceaux des princesses soulignent la place des femmes au sein de leurs lignées et comtés. Ce corpus sigillaire inédit, mis en regard avec les actes au bas desquels ils sont apposés (chartes, mandements, quittances), révèle les effets concrets de leur gouvernement. A travers l'histoire des pratiques de l'écrit et des représentations, ce sont les pratiques politiques des comtesses de Flandre et de Hainaut qui sont interrogées. In fine, cet ouvrage sur le pouvoir des femmes et les femmes de pouvoir se veut une contribution à l'histoire des femmes et du genre. Préface de Olivier Mattéoni
Subjectivités numériques et posthumain s'inscrit dans le sillage de l'ouvrage PostHumains : frontières, évolutions, hybridités publié dans la collection "Interférences" des presses universitaires de Rennes. Ce recueil était davantage consacré aux mutations, évolutions et hybridations du corps dans un devenir posthumain. Ce livre propose d'explorer l'imaginaire associé à l'émergence d'une subjectivité numérique dans la période contemporaine de l'hyperconnectivité et du développement de l'intelligence artificielle. Tout comme dans la perspective d'une corporéité posthumaine, un esprit qui ne serait plus ancré à un corps organique suscite de nombreuses réflexions et mises en fiction. L'approche proposée dans ce livre est par ailleurs fondamentalement interdisciplinaire car les questionnements relatifs aux devenirs de l'humain et à la définition de son identité que déclenche le posthumain sont universels.
L'histoire des poches de l'Atlantique reste largement méconnue, fragmentée en de multiples récits locaux décrivant largement les combats et les combattants ou les souffrances des civils, sans analyser les enjeux politiques et militaires, sans présenter l'avant et l'après. Cet ouvrage ne prétend pas à l'exhaustivité, mais revient sur des thématiques méconnues ou des réalités souvent complexes. L'ouvrage s'organise en cinq parties : une première revient sur la constitution et l'histoire de ces fronts en distinguant deux réalités très différentes, les poches bretonnes et celles du sud-ouest.Une seconde partie s'intéresse aux enjeux de ces ports forteresses pour les belligérants, les Allemands et les Français. Les assiégés et les assiégeants sont au coeur de la troisième partie, en posant le regard sur les exemples concrets de Lorient et de Saint-Nazaire, mais également sur les combattants, les FFI, les forces françaises et les troupes de l'Est. La quatrième et la cinquième partie renouvellent l'histoire des poches en abordant des sujets originaux, la Libération et sa planification, l'épuration, la restauration de l'Etat, la reconstruction, en particulier par l'exemple de Saint-Nazaire, puis la mémoire et les commémorations.Cet ouvrage apporte une vision différente et originale de l'histoire singulière de ces poches de l'Atlantique.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?