Les "33 écrits" de ce livre constituent un complément indispensable à toute lecture de Dante, ainsi qu'une étape fondamentale pour sa réception. En retraçant l'histoire d'une traduction et d'une lecture, ils creusent la manière dont Jacqueline Risset a replacé Dante "en avant de nous", ils transmettent la passion et l'enthousiasme d'une écrivaine-traductrice pour un chef d'oeuvre intemporel, qu'elle parvient à libérer d'une tradition poussiéreuse. Soudain, Dante devient notre contemporain. Le volume est composé d'études, d'articles, d'entretiens, de conférences rédigés entre 1973 et 2014. Nous suivons Jacqueline Risset pas à pas, avant, pendant et après sa traduction, en compagnie de Joyce, Lautréamont, Rimbaud, Botticelli, Fellini, Balzac, Proust, Pasolini, Machiavel, Beckett, Borges, Mandelstam, Kafka... S'y éclaire à quel point Jacqueline Risset a su prendre la mesure de la "révolution du langage poétique", par une traduction dont le principe repose surtout sur l'adoption d'un vers libre qui privilégie le rythme plutôt que la métrique, pour redonner à la terza rima sa vitesse et à la Comédie sa proximité.
Jacqueline Risset est professeur à l'université de Rome-III. Elle a publié récemment Une certaine joie : Essai sur Proust. Elle a traduit la Divine Comédie de Dante et Le Prince de Machiavel. Jacqueline Risset a déjà publié aux Éditions Gallimard Petits éléments de physique amoureuse (1991).
Résumé : "On dit qu'écrire sert à mettre à distance ; à regarder de plus loin l'émotion. Certainement. Mais c'est aussi le contraire : écrire sert à vivre plus, à sentir de plus près ce qu'on vit - surtout quand l'émotion coïncide pour un temps, plus ou moins long, avec la vie même. Les poètes troubadours disent qu'"aimer" et "chanter" sont des verbes synonymes. Ils ont raison. L'un et l'autre se lèvent, à distance très rapprochée, comme un double vent, qui aère les choses, change le paysage. La vie, surtout quand elle est éclairée par une lumière nouvelle, dans le coeur, fuit très vite. On se jette sur son crayon : "Reste, soleil, reste un instant de plus" - prière faite au papier ; l'astre, déjà, suit son cours. C'est une affaire d'instants". Jacqueline Risset.
Dans À la Recherche du temps perdu, toutes les rencontres sont possibles, et tout compte, comme dans les rêves. La proximité des objets du monde produit la ressemblance, et le désir est glissement inextinguible. Là côté, dans la perception proustienne, produit juxtaposition et contamination, et abolit tout cloisonnement à l'intérieur de l'expérience. La suite de lectures qui forme ce livre met en évidence les rapports entre théorie et fascination, entre désir et profanation, mais aussi les illuminations qui préparent l'écriture du grand livre, les lieux, figures concrètes de l'espace, et encore l'évolution de l'idée du mal, et la centralité transgressive du sommeil. Qui écoute Proust part à la recherche, et s'efforce de transmettre les saisies, les étapes et les surprises de la poursuite. JACQUELINE RISSET a traduit La Divine Comédie de Dante (5e édition 2007) et publié divers livres de poèmes et d'essais, parmi lesquels Puissances du sommeil, Les Instants, Traduction et mémoire poétique.
Résumé : Qu'est-ce que la poésie ? Les notions de traduction et de mémoire poétique aident à répondre à cette question classique. Surtout si l'on entend par traduction un élément non marginal de l'écriture poétique, c'est-à-dire une pression forte du poème étranger, capable de susciter le geste d'écriture et par mémoire poétique non pas une archive inerte, mais une chambre de résonance active, un laboratoire de l'invention. Dans ce très bel essai littéraire, Jacqueline Risset cherche à cerner l'essence de la poésie, en proposant des lectures sensiblement originales de quatre grands poètes et écrivains.
Articuler entrelace trois motifs, dont la progression est commune. Improviser une parole. Des lettres sont jetées hors les mots. Un poème naît d'une lecture à voix haute. Inventer les pouvoirs d'une phrase. Car les objets d'une phrase nourrissent le corps. Une logique sans maître. Dire les états de langue auxquels nous appartenons. Et, appeler les relations de nos vies, les unes aux autres, libres.
Demande au muet est une série de dialogues courts où un maître, d'une intelligence relative, répond à son disciple, guère plus malin. Néanmoins, de temps à autres, tout comme une montre arrêtée finit par donner l'heure exacte, un jaillissement du sens, une fulgurance de la pensée ne sont pas impossibles. Oscillant entre nonsense et sagesse, ils traitent du monde avec l'absolu sérieux et la distance ironique qui conviennent.
Aspe Bernard ; Atzei Patrizia ; Balaud Léna ; Casa
Occupation, hégémonie, féminisme, poésie... Cet exemple numéro 4 peut apparaître comme un hétéroclite assemblage. Nous ne renonçons pas à l'hétéroclite, nous voulons seulement qu'il nourrisse les certitudes les plus tranchées. Celles qui permettent de tisser une alliance. Y voir clair : telle est la première exigence. Et le premier obstacle : notre embarras, notre habitude à nous éprouver ainsi : encombrés de nous-mêmes. Englués dans une réflexion" plus ou moins esseulée, qui nous a donné ce pli : sur tout ce qui peut concerner l'existence, et l'existence politique, il faut tout d'abord hésiter, ne pas savoir, avouer que l'on ne comprend pas tout, que l'on n'est pas à la hauteur. Nous voulons en finir avec cette modestie. Revient le temps des manifestes. Le temps des affirmations, des prises de parti, le temps où il nous faut tirer les conséquences. Nous ne voulons plus de ce monde de tiédeur douceâtre, qui régente même nos manières d'être ensemble. Nous voulons le retour de l'incandescence. Nous voulons que brûlent des feux nouveaux.
Pasolini Pier Paolo ; Chiesi Roberto ; Atzei Patri
La rage est un poème filmique en prose et en vers, un essai polémique mêlant radicalité et lyrisme. On y trouve le Pasolini le plus âpre et le plus clairvoyant. Traduit en français pour la première fois, La rage est le texte littéraire le plus explicitement politique de Pasolini. En interrogeant les événements et la société de son temps, avant l'avènement définitif de l'uniformisation, La rage éclaire aussi, d'une façon saisissante, notre temps. La joie de l'Américain qui se sent identique à un autre million d'Américains dans l'amour de la démocratie : voilà la maladie du monde futur ! Quand le monde classique sera épuisé - quand tous les paysans et les artisans seront morts - quand l'industrie aura rendu inarrêtable le cycle de la production et de la consommation - alors notre histoire prendra fin. La classe propriétaire de la richesse. Parvenue à une telle familiarité avec la richesse, qu'elle confond la nature et la richesse. Si perdue dans le monde de la richesse qu'elle confond l'histoire et la richesse. Si touchée par la grâce de la richesse qu'elle confond les lois et la richesse. Si adoucie par la richesse qu'elle attribue à Dieu l'idée de la richesse.