Le Front populaire est parvenu au pouvoir il y a 70 ans. Dans la mémoire collective, il incarne la victoire des forces de gauche coalisées (radicaux, socialistes et communistes). Et l'inscription dans la loi des premiers acquis sociaux. Il a, en contrepartie, suscité des critiques virulentes de la part de ses adversaires politiques : il aurait capitulé, à Munich, devant Hitler ; il serait responsable, par négligence ou impéritie, de la défaite militaire de 1940 ; il aurait voté les pleins pouvoirs à Pétain... Son combat le plus fameux, la lutte contre le fascisme, qui présida à sa naissance, est enfin, depuis l'ouverture des archives soviétiques, soumis à un éclairage nouveau : ce mot d'ordre était aussi, pour Moscou, un formidable outil de propagande et de manipulation des intellectuels et des opinions publiques.Aujourd'hui, à l'heure des bilans, au-delà des passions partisanes, quel jugement peut-on porter sur le Front populaire ? Entre le mythe fondateur de la gauche française et l'outil de Moscou à l'origine de la déstabilisation du patronat de droit divin, les historiens tels que Jean-Pierre Rioux, Michel Winock, Stéphane Courtois, Serge Berstein, Jacques Marseille,... tentent d'apporter un éclairage nouveau sur ce printemps de 36 chanté par les uns, vilipendé par les autres. On y apprend par exemple que l'antifascisme le plus affiché d'intellectuels tels que Gide ou Malraux était largement influencé par Moscou ; que les travailleurs en lutte n'avaient pas imaginé pouvoir réclamer au passage des congés payés ; que les élus de 36 sont loin d'avoir été les munichois les plus farouches proclamés par la droite...
Pourquoi et comment relire aujourd'hui notre histoire ? Pour quelle quête de sens ? Avec quel projet de rassemblement et quelles propositions qui relanceraient le vivre-ensemble, hier pour demain ? Qui sait si ce pays passionné d'histoire aura le courage de répondre à ces questions et même de se les poser plus longtemps ? De surcroît, nous voici plongés dans un monde menacé par la déstabilisation du vieil arc de civilisation qui joignait la Méditerranée à la Mésopotamie, par les menaces terroristes des djihadistes en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie. Ces violences guerrières n'épargnent pas la France qui en appelle à l'union nationale quasiment comme en 14. Si bien que les questions se font plus incisives. L'union, en urgence ? La résistance à l'oppression ? Le secours à la liberté des peuples, plus que jamais ? Oui, assurément. Mais pour rester fidèle à quels héritages ? Avec quelles ambitions communes ? Et s'il fallait s'armer pour surmonter la crise identitaire ? S'assembler pour rendre intelligible notre sentiment de vivre une rupture historique ?" J.-P. R. D'une plume alerte, Jean-Pierre Rioux décrit la crise qui affecte notre représentation de l'avenir et érode le pacte républicain, défend une conception de l'histoire comme intelligence du bien commun, réhabilite une mémoire collective qui nous aide à savoir qui nous sommes et ce que nous voulons faire ensemble.
Vingt-huit à trente-six années nous séparent désormais des dates douloureuses qui marquèrent la fin et le début de cette " guerre d'Algérie " qu'on ne sut pas nommer. C'est assez _ le temps d'une génération déjà mûre, celui des fils et même des premiers petits-fils ; le temps d'adoucir peut-être les rancoeurs et les nostalgies _ pour légitimer la tentative de repérage historique que nous proposons aujourd'hui au lecteur. La recherche, représentée dans ce livre par une bonne cinquantaine d'historiens lucides et d'acteurs dépassionnés, a en effet investi cette période conflictuelle de notre passé récent sans attendre que l'événement ait déroulé toutes ses conséquences et que le travail du deuil soit achevé. Pour la première fois, voici ramassé un propos d'histoire plurielle sur ce sujet d'histoire terriblement présent. " [... ] Nous n'avons pas cru déraisonnable d'estimer qu'on pouvait à la fois faire état de travaux antérieurs et rassembler du matériau neuf sur une histoire de la guerre d'Algérie entendue comme drame français, comme bataille d'opinion en métropole, comme étape (parenthèse ou mutation ? la question sous-tend ce livre) dans le cours d'un destin de la France marqué dans le même temps par ce que Jean Fourastié a nommé " les Trente Glorieuses " et par la quête d'un juste rang en Europe et dans le monde, comme blessure enfin et comme trouble de la mémoire collective. " J. -P. R.
Deux cents ans d'Inspection générale 1802-2002 Mélanges historiques Préface, par Jack Lang Avant-propos, par Geneviève Becquelin Visiteurs et inspecteurs des collèges avant la Révolution, par Marie-Madeleine Compère La rude jeunesse d'un corps (1802-1850), par Philippe Savoie André Marie Ampère (1775-1836), par André Warusfel Les littéraires, portraits et parcours, par Michel Leroy L'heure de vérité de l'affaire Dreyfus, par Vincent Duclert Les maîtres des manuels scolaires, par Jean-Yves Mollier Jules Isaac, par André Kaspi Des salles d'asile aux écoles maternelles (1837-1939), par Françoise Huguet et Jean-Noël Luc Germanistes et linguistes, par Hélène Belletto-Sussel Entre histoire naturelle et sciences de la nature, par Robert Larue L'inspection générale de l'enseignement technique, par Guy Caplat Sous l'Occupation, par Stéphanie Corcy-Debray Louis François (1904-2002), par Dominique Borne et André Zweyacker Dans la tempête des "mathématiques modernes" , par Pierre Legrand Jacques Muglioni (1921-1996), par Jean-Louis Poirier Les mutations des années 1980, par Marie-Thérèse Frank Le statut de 1989, par Pierre Garrigue La révolution silencieuse de l'après-89, par Bernard Toulemonde Conclusion, par Jean-Pierre Rioux
Résumons-nous. Vous êtes anciens et nous vous croyons jeunes. Vous passez pour gens simples chez nos esprits avertis. Vos idées ? Trop carrées, trop accessibles, archéorépublicaines ! Somme toute, les frelons ne vous ont pas lâchés. Ils vous ont même piqués au point le plus sensible, la mémoire. C'est ce triste constat qui m'a mis de méchante humeur par un matin de printemps, quand les dernières neiges fondaient derrière les haies du côté de Mittelbronn. J'enrageais à l'idée que le bicentenaire de cette Révolution que vous avez, mieux que dix autres, contée à tant de gens ne mentionnerait pas vos noms, dont vous n'avez fait qu'un. J'ai sorti ma grosse capote, regargné la tanière verte où je vous avais rencontrés, et j'ai écrit. Voilà". Jean-Pierre Rioux.
Tout jeune sous-secrétaire d'État aux Colonies, Winston Churchill accomplit, à l'automne 1907, une tournée en Afrique de l'Est. Au cours de son voyage, il combine travail et plaisir: aux parties de chasse au gros gibier et expéditions touristiques, succèdent les rencontres avec des officiels, colons et chefs de tribus. Dans ce récit de voyage, il conte ses journées africaines, décrivant du point de vue d'un Européen du début du XXe siècle l'innocence et le charme des tribus qu'il rencontre tout en dénonçant les abus du colonialisme. Alternant considérations politiques et descriptions des paysages qui l'émerveillent, Churchill mène son lecteur le long du Nil, en Ouganda et au Kenya. Véritable oeuvre littéraire, ce texte n'avait jamais été traduit en français.
Futur Nobel de littérature, le Premier Ministre britannique prenait un soin de styliste à l'écriture de ses discours de guerre. Au plus noir de la bataille d'Angleterre, dans un Londres harcelé par les bombardements allemands, chaque mot devait porter, frapper. Du sang, du labeur, de la sueur, des larmes. Mais le génie de Churchill, c'est beaucoup plus qu'un sens permanent de la formule. C'est une métrique incomparable, une musique et aussi cette voix, qu'on croit entendre, rocailleuse, emmêlée, essoufflée; six ans durant, elle a incarné la résistance des Alliés contre l'Axe. Le lecteur trouvera rassemblé ici le meilleur des discours de guerre de Churchill. Indisponibles en français depuis la fin des années cinquante, ils ont été entièrement retraduits, commentés et sont présentés en regard de leur version originale. Biographie de l'auteur Winston Churchill fut à la fois l'un des hommes d'Etat les plus importants du XXe siècle et un immense écrivain. Prix Nobel de littérature en 1953 pour l'ensemble de son oeuvre, il a notamment écrit deux récits autobiographiques, Mes jeunes années, et Réflexions et Aventures, disponibles en TEXTO.
Paris, août 1945 : le maréchal Pétain, ex-chef de l'État français, assiste, muré dans le silence, à son procès. Nuremberg, novembre 1945 : vingt et un dignitaires du IIIe Reich prennent place sur le banc des accusés. Jérusalem, avril 1961 : Adolf Eichmann répond devant un tribunal israélien de sa participation à la Solution finale. Envoyé spécial de France-Soir, Joseph Kessel met ici son talent exceptionnel d'homme de lettres au service d'un récit dramatique où la justice rencontre l'histoire.
Goebbels Joseph ; Canal Denis-Armand ; Thiérard Hé
Son nom est synonyme de mensonge et de manipulation. Joseph Goebbels (1897-1945), propagandiste en chef du Parti et de l'État nazis, artisan de la guerre totale et ultime dauphin de Hitler, passe pour le Diable en personne.Ce «monstre» a tenu son journal de 1923 à 1945 : un document unique en son genre, témoignage exceptionnel de l'intérieur du nazisme. Ce livre présente au public français 860 journées des années 1923-1933. Il fait suite au volume 1943-1945 et précède deux volumes sur la période 1933-1942, à paraître en 2007. Ces passages sont presque tous inédits, car issus de l'édition allemande des plaques de verre conservées à Moscou et éditées depuis 1992 par l'Institut d'histoire contemporaine de Munich.Le Journal témoigne d'abord de l'ascension d'un criminel, emblématique de la montée du nazisme. À 26 ans, Goebbels est un auteur raté, qui vit aux crochets de son père. À 35 ans, il est le plus jeune ministre de l'histoire de l'Allemagne. C'est un homme extrême, complexe, mais aussi d'une effrayante banalité. Il célèbre la vie et aspire à la mort. Il s'apitoie sur son sort et rêve d'extermination. Le pied-bot, le fils à sa maman (il écrit : «Mère est si gentille avec moi», comme il dira plus tard : «Hitler est si gentil avec moi»), ce pédant anti-intellectuel, se voit en «guerrier déchaîné» d'une foi nouvelle, en poète néoromantique (ses vers médiocres en témoignent), en «fanatique de l'amour». Ses jugements littéraires et cinématographiques sont d'une éprouvante nullité.Le Journal souligne les contradictions du nazisme, amalgame invraisemblable de racisme, de nationalisme et de conscience sociale. Goebbels en est le porteur. Il est entré à l'aile gauche du Parti, celle des frères Strasser, pour qui capitalisme et «juiverie» étaient un seul et même ennemi. Il se voit en émancipateur des travailleurs, en Robespierre ou mieux, en Marat, mais il accepte l'argent et la société des patrons. Il appelle au meurtre des communistes et des socialistes, mais il dévore les Mémoires de Bebel et s'indigne que Marx, dans Le Capital, montre si peu de compassion pour le sort des ouvriers anglais. Il aime la brutalité plébéienne des SA, mais il écrase leur révolte en 1930, comme il approuvera la Nuit des longs couteaux.Le Journal, enfin, dépeint la mort d'une démocratie. L'acharnement politique en est tout autant responsable que le contexte économique ou politique. Goebbels parcourt sans trêve l'Allemagne entière, il quadrille la société allemande, des princes déchus aux chômeurs. Il allie les campagnes de presse agressives (son journal s'intitule Der Angriff, L'Attaque), les meetings soigneusement orchestrés, les violences contre les Rouges, les Roses, les Juifs. Il fait d'Hitler, «Chef» (en français dans le texte) d'un petit mouvement, le Führer d'une nation.Ce livre est une leçon d'histoire pour le présent. Ou comment un peuple hautement civilisé, vivant en démocratie, s'est jeté volontairement dans les bras d'hommes déterminés mais ordinaires, porteurs d'une idéologie meurtrière mais non sans faille.