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Europe N° 913, Mai 2005 83e année : Littérature de Bretagne
Rannou François ; Prigent Christian ; Favereau Fra
REVUE EUROPE
18,50 €
Épuisé
EAN :9782910814915
En mai 1981, Europe consacrait un dossier à la littérature de Bretagne. On y sentait pleinement l'effervescence de ces temps d'espérances et la grande richesse, même un peu désordonnée, de parcours singuliers trop méconnus. Presque vingt-cinq ans plus tard, ce paysage a été profondément remodelé. Les enjeux ne sont plus les mêmes, ils se sont déplacés. Ce qui définit le mieux cette littérature aujourd'hui, c'est le regard critique qu'elle porte sur elle-même. Après les années soixante-dix, années de protestations, de revendications culturelles (en breton et en français), a commencé, à partir de la deuxième moitié des années quatre-vingt, une phase d'interrogation sur son identité en vue d'une reconstruction, d'une refondation. Une ambition, commune aux écrivains des deux langues, est bien discernable, celle de s'arracher à une gangue de plus en plus étouffante, déniant à la littérature le droit d'investir son propre espace. Ce nouveau numéro d'Europe veut tenter d'en inscrire la trace et montrer la riche diversité d'?uvres qui s'accomplissent souvent dans une sorte de marge où on les tient confinées. Il est nécessaire qu'enfin apparaisse au grand jour cette nouvelle littérature bretonne. " Bretonne " parce qu'elle porte en soi pour être vraiment elle-même sa part d'ailleurs, déclencheur d'imaginaire, parce qu'à travers elle peut se délivrer une " matière " qui irrigue et nourrit la littérature universelle. " Nouvelle " parce qu'elle sait interroger son passé, en saisir les liens brûlants, en former l'actualité, le remettre en question avec un esprit critique pertinent. C'est enfin une littérature vivante dont les ouvres en cours tracent les contours d'un paysage ouvert sur le large, un paysage où les vents soufflent leurs promesses d'avenir.
L'oeuvre poétique de François Rannou s'impose comme une oeuvre exigeante explorant plusieurs domaines de l'expérience de la vie. Ce temps nôtre écru questionne un monde bouleversé, fluctuant, où l'Homme, en guerre perpétuelle contre ce qui fonde son humanité et son lieu (son habitation), peine à être, parfois, une conscience éveillée. Peut- on imaginer que le poème puisse donner corps à cette inquiétude, à cette nécessaire espérance teintée de cruelle lucidité ? Pour arriver à ce point de bascule, le livre est construit en 33 moments - comme le nombre de vertèbres de l'être humain, c'est dire le désir par la poésie de se tenir toujours debout. On avance dans cet ouvrage par facettes successives, faisant parfois remonter du puits de notre histoire des indices de notre présent, l'éclairant comme une lumière qui viendrait de derrière les mots, en projetant leur ombre fraîche
Pour rapt, une grande cohérence, faite de reprises, de progressions qui tracent un espace à ce qui se dérobe au creux même de la parole et interrogent la figure du poète aujourd'hui, c'est-à-dire pour nous : Etre assiégé dans sa parole et aussi poussé au dehors, les "chiens" guettant Etre dans notre monde coupé-relié au plus ancien, dans une tension presque sans consolation possible Pouvoir encore dire la possibilité d'amour-déchirure-silence sans illusion mais avec un oeil mat Sentir comment la mort prend orphée au collet à travers l'expérience des dernières heures de Segalen. Mais en même temps, comment autre chose s'ouvre Que vient découvrir le poème avec pour prétexte Max Jacob : polyphonie, travail de la voix, contretemps, pour composer un "chant" dont l'entaille fut naître l'écoute Les 14 stelles sont autant de lieux dits par ce qui les enlève à leur présence-cliché : imperceptibles mouvements, gestes obliques, inaperçus, battements sourds. La frontière invisible dit concrètement cette ligne de démarcation subreptice que Rimbaud passait Les deux derniers textes traversent Berlin pour essayer de dire ce qui se construit/se déconstruit en dehors de nous, en nous, comment le poème a affaire avec les temps en nous qui se recoupent et se superposent.