En 1904, la parution de " La Langue de l'abbesse " marque, avant Aline, l'entrée de Ramuz dans la prose fictionnelle. Dès lors, l'écrivain, qui partage son temps entre la Suisse et Paris, pratique de manières fort diverses ce qu'il appellera plus volontiers " morceaux " que " nouvelles " ; cette production connaîtra une ampleur considérable, et comprendra plus de cent septante textes publiés. Consacré aux premières années de cette exploration des formes brèves, entre 1904 et 1907, ce volume présente un Ramuz entrant dans la maison de la littérature romande par la porte de quelques-unes de ses revues les plus importantes, dont La Voile latine, La Semaine littéraire, Au foyer romand, tout comme par celle du Journal de Genève. Un dessein oriente ses multiples tentatives : celui de faire du pays - la montagne, les paysages et leurs gens - une matière d'art. Cette intention s'accompagne d'interrogations poétiques constantes : si le roman doit être un poème, c'est bien dans un morceau (" Sous la lune ") que Ramuz l'affirmera. L'éditeur Payot et Edmond Bille verront dans les nouvelles consacrées à l'univers alpestre, comme " Deux coups de fusil ", le style et le registre qui conviennent à leur projet d'un livre d'art sur le Valais. Au cours de l'élaboration du Village dans la montagne, Ramuz collecte un abondant matériel qu'il ne cessera d'exploiter par la suite, jusque dans ses romans les plus célèbres. Ce livre sera également pour lui l'occasion de développer la poétique du morceau, où l'écriture oscille entre le singulier du tableau descriptif et le général de l'évocation poétique.
Mes nouvelles n'en sont guère : des morceaux plutôt : un sur le domestique de campagne, un sur la putain de village, un sur votre chien, un sur un vieux cheval, un sur une bataille entre deux villages, vous voyez l'accent.- C'est en ces termes que Ramuz résume le contenu de Nouvelles et morceaux à l'artiste Alexandre Blanchet, à qui il demande des illustrations pour ce recueil. Ce faisant, il caractérise ses textes brefs d'une façon fort problématique : si l'on imagine à peu près ce que peut être une nouvelle, qu'en est-il vraiment d'un morceau ? Sans donner de réponse définitive à cette question, les années 1908-1911 laissent entrevoir quelques lignes de force, celles que l'écrivain va suivre notamment dans sa mise en oeuvre d'une nouvelle esthétique de la prose, qui connaîtra sa réalisation la plus aboutie dans les années 1920. A la recherche d'une unité formelle qui lui permette de réaliser une série de types "très généralisés et dépouillés de l'immédiat",Ramuz expérimente ainsi diverses manières de représenter les événements et les personnages afin que ceux-ci, tout en demeurant singuliers, perdent leur caractère accidentel. Ce travail proprement poétique trouve sa contrepartie stylistique dans un effort tendu en direction de la langue et de sa capacité à rendre présent, dans le discours qu'il tient, celui qui raconte ou décrit un monde, faisant alors non de l'histoire mais du récit lui-même et de ses acteurs le centre du texte.
En 1904, la parution de "La Langue de l'abbesse" marque, avant Aline, l'entrée de Ramuz dans la prose fictionnelle. Dès lors, l'écrivain, qui partage son temps entre la Suisse et Paris, pratique de manières fort diverses ce qu'il appellera plus volontiers "morceaux" que "nouvelles" ; cette production connaîtra une ampleur considérable, et comprendra plus de cent septante textes publiés. Consacré aux premières années de cette exploration des formes brèves, entre 1904 et 1907, ce volume présente un Ramuz entrant dans la maison de la littérature romande par la porte de quelques-unes de ses revues les plus importantes, dont La Voile latine, La Semaine littéraire, Au foyer romand, tout comme par celle du Journal de Genève. Un dessein oriente ses multiples tentatives : celui de faire du pays - la montagne, les paysages et leurs gens - une matière d'art. Cette intention s'accompagne d'interrogations poétiques constantes : si ,le roman doit être un poème", c'est bien dans un morceau ("Sous la lune") que Ramuz l'affirmera. L'éditeur Payot et Edmond Bille verront dans les nouvelles consacrées à l'univers alpestre, comme "Deux coups de fusil", le style et le registre qui conviennent à leur projet d'un livre d'art sur le Valais. Au cours de l'élaboration du Village dans la montagne, Ramuz collecte un abondant matériel qu'il ne cessera d'exploiter par la suite, jusque dans ses romans les plus célèbres. Ce livre sera également pour lui l'occasion de développer la poétique du morceau, où l'écriture oscille entre le singulier du tableau descriptif et le général de l'évocation poétique.