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Ni peur ni haine
Prévost Jean ; Bluteau Emmanuel
JOSEPH K
12,00 €
Épuisé
EAN :9782910686567
Début 1933, paraît un nouvel hebdomadaire, Pamphlet. Ils ne sont que trois pour rédiger l'ensemble des seize pages que compte le périodique: Alfred Fabre-Luce, Pierre Dominique et Jean Prévost. Trois hommes et des parcours qui divergent après le 6 février 1934, date charnière qui agit comme un révélateur. Après l'explosion de la violence, chacun choisit son camp pendant la montée des périls, avant le déclenchement des hostilités. Les deux premiers adhéreront au Parti populaire français de Jacques Doriot, puis verseront dans le vichysme ou la collaboration. Quant à Jean Prévost, résistant, il connaîtra une fin tragique dans le Vercors, abattu par les Allemands le 1er août 1944. Dans les cinquante numéros de Pamphlet parus de février 1933 à mars 1934, Jean Prévost compose le panorama de son singulier éclectisme et exprime sa volonté de comprendre son époque: Pamphlet marque le point culminant de son engagement "politique" dans la presse; il y pratique un journalisme de combat, exigeant, critique et sans idéologie. Exhumés et réunis pour la première fois en volume, les textes qui composent le présent recueil résonnent par leur modernité et leur extrême indépendance à l'égard des systèmes et de tous les "ismes" dont les années 30 firent grande consommation. Lucide sur les événements, Jean Prévost ne l'était pas moins sur lui-même; raison supplémentaire pour lire ou découvrir cet écrivain hors-norme dont le maître mot était liberté, nécessairement conjugué au verbe résister.
Jean Prévost était capitaine au 39ème R. I. sous les ordres du Colonel Gibon Guilhem pendant toute la durée de la Grande Guerre. Après la guerre, il fait partie des troupes d'occupation à Kaiserslautern. Il met à profit cette période pour rédiger ses Souvenirs de Guerre sous forme manuscrite sur un cahier conservé dans la famille depuis près d'un siècle. Ce livre en est une recopie, augmentée de quelques documents. Ce livre offre l'intérêt de décrire les faits tels que Jean Prévost les a vécus, dans un style bien évidemment militaire, avec en outre quelques réflexions personnelles. La consultation de son dossier militaire au Service Historique de la Défense, au Château de Vincennes, a par ailleurs permis d'apporter des compléments indispensables. Gazé à Verdun, il en est mort en 1925. Il a été décoré de la Croix de Guerre avec cinq citations et fait Chevalier de la Légion d'Honneur. Jean Prévost est tout simplement un héros d'une grande modestie.
Résumé : "Julie avait vaguement entendu le début du combat, le bruit des corps roulant ensemble. Elle s'était dit, à écouter les pas de l'homme qui revenait seul, que ce devait être Pierre ; mais elle n'osait pas encore le croire ; elle ouvrit, elle le vit, et après un moment de défaillance le serra violemment contre elle. Après tant d'impuissance et d'attente, il lui semblait que ses bras énervés prenaient leur part du combat. Elle fermait les yeux, les pensées : comme cet homme contre elle était vaste et solide ! "Petit, tu me fais mal, lui dit Pierre à l'oreille ; j'ai un bras touché." A la fin elle demanda : "Où est Léon ?- Dans la Seine ; il a coulé sous le bateau. Fini."
Résumé : La vieille règle de simplicité du style était d'écrire comme on parle, de ressembler à la conversation. Mais un homme cultivé lit trois fois et demi plus vite qu'il ne parle : de plus, la typographie de la page fait que bien des mots parlés sont inutiles à écrire. La prose de Stendhal essaie d'égaler en nudité, en promptitude, les découvertes de la pensée. Seul Pascal, sans le vouloir, indiquait ce chemin dans ses Pensées. Montrer le monde dans le mouvement d'une pensée agile, faire que l'auteur se prenne pour le héros, que le lecteur même s'identifie avec l'auteur, Stendhal y arrive par vingt ans d'exercices, qui lui permettent d'improviser ses grandes ?uvres. Cette extrême présence du récit, cette pensée et ces caractères toujours à l'état naissant, parfois cette harmonie de sentiments qui égale la musique par l'évocation intérieure, font-ils un style inimitable ? Le prosateur ne se donne qu'un outil, qui est lui-même ; il puise dans son c?ur sans cesse fouillé, pétri par lui et repétri. Art d'écrire, art de vivre, art de penser, se fondent en une seule création.
Jacques Spitz, polytechnicien et ingénieur-conseil, connaît une carrière littéraire singulière. Il publie tour à tour des romans d'inspiration surréaliste et des récits précurseurs de l'existentialisme. Proche des avant-gardes, il signe des articles dans La Revue du Cinéma ou des essais sur la théorie quantique dans la revue Inquisitions et La Nouvelle Revue Française. De 1935 à 1945, il fait paraître huit romans d'imagination scientifique teintés de pessimisme et d'humour, dont La Guerre des mouches et L'OEil du purgatoire constituent les chefs-d'oeuvre. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des maîtres du genre, entre les anticipations de Jules Verne et l'arrivée de la science-fiction américaine au début des années 1950. Son ami André Armengaud part aux Etats-Unis à la requête du Gouvernement provisoire du Général de Gaulle, en tant que directeur d'une mission de production chargée d'acheter le matériel nécessaire à la reconstitution du patrimoine industriel français. C'est au cours de cette mission qu'il demande à Jacques Spitz de rédiger des notes pour la Section historique de l'armée américaine sur la situation culturelle de la France. Eloigné des passions qui animèrent la vie intellectuelle française pendant la guerre, Jacques Spitz livre néanmoins une synthèse parfaitement documentée des évolutions et des enjeux qui ont profondément marqué la presse, l'édition, la radio, le théâtre et le cinéma pendant l'Occupation et les premiers moments de la Libération. C'est ce texte, rédigé en 1945 et resté inédit, que Joseph K porte aujourd'hui à la connaissance du public.
Claude Mesplède et son équipe proposent une édition revue, mise à jour et augmentée. Amoureux des dictionnaires, Daniel Pennac dit dans sa préface l'extrême importance de cette édition : "Si les littératures policières décrivent le monde et l'individu tels qu'ils ne vont pas, Le Mesplède, lui, décrit le monde des littératures policières tel qu'il va et où qu'il aille. Ce ne sont pas seulement des auteurs, des titres, des personnages, ou des thèmes qui sontrépertoriés ici, mais tout ce qui constitue la vie même autour de ces romans et de ces nouvelles : leurs collections, leurs séries, leurs maisons d'édition, leurs librairies, leurs fanzines, leurs historiens, leurs dessinateurs, leurs films, leurs festivals, leurs prix locaux et internationaux⦠Oui, c'est bien Le Mesplède que j'emporterais sur une île déserte ; ce dictionnaire si minutieusement achevé est un roman sans fin.
Concernant ma modeste rubrique cinématographique, de nombreux lecteurs m'écrivent. Le dépouillement de ce courrier me tient lieu chaque matin de douche écossaise. Quel dommage, en vérité, que l'on ne puisse plaire à tout le monde ! Enfin... renonçant à faire, pour ou contre moi, l'unanimité, j'évolue tant bien que mal entre les envois de fleurs et les plus agressifs torpillages. On a beau s'y faire, il n'empêche que les fervents du Septième Art ont parfois la dent dure. Exception faite de vibrants (je n'ose écrire pertinents) hommages relatifs à ma clairvoyance et à mon objectivité en matière de pellicule, je me fais quotidiennement traiter de "rebutant crétin", "démolisseur obtus", "analphabète prétentieux", tandis que les épithètes "vendu" et "refoulé" (sic), sont monnaie courante. Certain correspondant (signant illisible et demeurant rue des Pyramides, Paris 2e) devrait toutefois se renseigner quant à ma date de naissance avant de me traiter péremptoirement de "vieux c..." comme il l'a fait dans une récente missive. Je ne discute pas l'épithète, mais je conteste l'adjectif." Michel Audiard, L'Etoile du Soir, "Courrier-spécial", 17-18 août 1946. 1946, le jeune Michel Audiard, âgé de vingt-six ans, reprend son métier de journaliste. Dans L'Etoile du Soir, privé de carte de presse pour avoir écrit dans des journaux collaborationnistes, il multiplie les reportages qu'il signe de divers pseudonymes. Sous celui de Jacques Potier, il tient la rubrique cinématographique où il bénéficie d'une totale liberté de ton pour fustiger la prolifération des films sur la Résistance ou le rôle de Jean Gabin dans L'Imposteur, pour encenser Citizen Kane et les nouveaux films de Billy Wilder, John Ford, Robert Siodmak, Leo McCarey ou Walt Disney, pour railler le jeu de Pierre Blanchar, acteur, metteur en scène et épurateur zélé, lui préférant Pierre Fresnay, Michel Simon, Paul Meurisse ou Michèle Morgan "dont l'Amérique n'est pas parvenue à sophistiquer les yeux de petite fille triste". Celui qui deviendra l'un des plus célèbres dialoguistes français est alors l'une des plumes les plus acérées de la critique cinématographique française qui poursuit à Cinévie sa défense d'un cinéma exigeant contre les choix des spectateurs dont le "mauvais goût est élevé à la hauteur d'un sacerdoce".
Movies livre la somme des scénarios des films de Gainsbourg (dont l'inédit "Colle Girl" ou encore "Black-out" jamais réalisé). Le plus surprenant est que ces textes correspondent assez peu à l'idée que l'on pouvait s'en faire par les films seuls : ils offrent en effet une réelle autonomie de l'écriture. Esquisses, reprises, différents jets ici préservés, donnent alors — chez un Gainsbourg écrivain de l'image — la vaste matière d'authentiques créations littéraires.