Peut-on critiquer le capitalisme? La question se pose effectivement. En premier lieu parce que ce mode bien particulier de production et de répartition des richesses, le capitalisme, étend aujourd'hui son empire à l'ensemble du monde et à la majeure partie des activités humaines, prenant une place telle dans nos vies qu'il nous est devenu difficile d'imaginer, plus encore de concevoir, rationnellement, d'autres types de rapports économiques entres les humains. Mais elle se pose, en second lieu, en raison du refus de plus en plus décomplexé, parfois brutal, de ceux qui ont la main sur les principales institutions d'élaboration et de diffusion de l'information et des idées que l'hypothèse même d'une autre forme d'organisation sociale puisse encore être librement envisagée, discutée, étudiée, soutenue... Le lecteur prendra connaissance dans la présentation de ce volume de l'histoire mouvementée des textes qui le composent. Elle témoigne de la désinvolture avec laquelle ceux qui en ont les moyens choisissent discrétionnairement ce qu'il est utile ou non de rendre public. Quant aux contributions elles-mêmes, elles démontrent, et c'est vraisemblablement là ce qui a un temps interdit leur publication, que la recherche et la pensée autour de perspectives non-capitalistes de développement des sociétés demeurent aussi vivantes que jamais.
Cet ouvrage rassemble des travaux conduits par des sociologues qui s'intéressent à la gestion et au management. Il est issu de discussions conduites au sein du Réseau Thématique n° 30 (sociologie de la gestion) de l'Association Française de Sociologie, durant son 1er Congrès (24-27 février 2004). Il trouve tout naturellement sa place dans la série " Sociologie de la gestion " de la collection dirigée par B. Péquignot. Plusieurs traits réunissent les textes présentés ici. En premier lieu, une même volonté d'étudier les " dispositifs de gestion " développés ces dernières années par les entreprises, en particulier les grandes entreprises, pour organiser les activités de production, piloter la relation au marché et contrôler les hommes au travail. En second lieu, et à une exception près, une même posture empirique et inductive réunit ces textes, qui, chacun à sa manière, tentent de décrire ce que font et disent les managers et quels effets ont sur les collectifs de travailleurs, mais aussi sur les clients des entreprises, ces pratiques et ces discours. On découvre alors que, fondamentalement, le management brandit la figure fictive - artéfactuelle - du client, au besoin en l'instrumentalisant, pour mettre les hommes et les femmes au travail, en contrôler les actions et les pensées, afin de créer les conditions d'un engagement salarial optimal. Après le corps, c'est la subjectivité du salarié qui est enrôlée pour produire la performance et le profit - au nom du client. Les " dispositifs de gestion " constituent les moyens et les résultats de cette stratégie. Ce sont eux que les auteurs ont placés au centre de leur attention.
Résumé : Les quartiers populaires proches des centres-villes sont aujourd'hui des espaces très convoités par des promoteurs ou des entrepreneurs comme par des aménageurs, qui planifient leur attractivité pour des catégories choisies de populations. Pour leurs habitants déjà là ou leurs usagers ordinaires, par contre, la pression sur les conditions de vie en ville se fait toujours plus forte. Pourtant, la transformation de ces quartiers en espaces plus distingués, plus exclusifs et plus lucratifs n'est pas toute tracée. A rebours des représentations lénifiantes d'un "renouveau urbain" unanimement vertueux, ce livre vise à remettre à l'avant-plan les rapports de domination qui sont à la racine des logiques de gentrification des quartiers populaires et les violences structurelles que celles-ci impliquent. Mais il s'attache aussi à révéler ce qui, en situation concrète, va à l'encontre de ces logiques, les déjoue ou leur résiste, remettant ainsi en question l'idée selon laquelle la gentrification serait un courant inéluctable auquel il serait vain de chercher à s'opposer. C'est ainsi à une repolitisation des questions urbaines que ce livre aspire à contribuer, à contre-courant du flot de discours qui les confondent avec des phénomènes quasi naturels ou les conçoivent comme des problèmes de management détachés de toute idée de conflictualité sociale.
Dutheil-Pessin Catherine ; Ribac François ; Delcam
Résumé : Depuis une trentaine d'années, la politique culturelle en France est de plus en plus déclinée sous la forme d'une abondante offre de spectacles plus ou moins subventionnés par l'Etat et les collectivités, et ce, à tous les échelons du territoire. De ce fait, les programmateurs et programmatrices de spectacles jouent un rôle essentiel puisqu'il leur appartient de convertir des spectacles particuliers en intérêt public. La Fabrique de la programmation culturelle est le premier livre qui s'intéresse à la formation, au travail, aux outils, aux compétences, aux réseaux de ces femmes et de ces hommes professionnels et aux multiples contraintes qu'ils doivent gérer. S'appuyant sur une exploration des espaces de travail et de rencontres, l'enquête met en évidence la dimension collective de cette expertise, la force et la diversité de ce groupe social. Dans un contexte où les profanes s'impliquent de façon croissante dans l'espace public (santé, nucléaire, alimentation, écologie, etc.), cette façon de produire de la "culture" interroge la définition des politiques publiques, leur mise en oeuvre et leur évaluation.
Roca i Escoda Marta ; Fassa Farinaz ; Lépinard Elé
Résumé : L'intersectionnalité est devenue en quelques années un concept incontournable, aussi bien en sciences sociales qu'au sein des luttes sociales, en particulier féministes. Forgée pour penser l'imbrication des rapports de domination, l'intersectionnalité constitue aujourd'hui un champ d'études et d'expérimentations théoriques foisonnant. Pour la première fois en France, des universitaires abordent ses multiples dimensions épistémologiques, théoriques et politiques , et les recherches récentes qu'elle a permis d'ouvrir dans des espaces aussi différents que la France, l'Amérique latine ou l'Europe de l'Est. Que peut nous offrir cette notion pour penser le genre, la théorie féministe et les mobilisations sociales aujourd'hui ? Comment contribuer à promouvoir un usage de l'intersectionnalité qui renforce son potentiel critique et "insurgé" , plutôt que figé sur des identités ? Réunissant des contributions qui s'appuient sur des enquêtes empiriques, cet ouvrage donne à voir la force d'un tel outil lorsqu'il s'agit d'éclairer des processus sociaux et politiques complexes. En offrant un regard à la fois rétrospectif et contemporain sur les enjeux politiques de la production d'un savoir intersectionnel, il a aussi pour ambition de montrer que l'intersectionnalité n'est pas seulement un agencement de critique théorique indispensable, mais aussi une plateforme à partir de laquelle construire des sujets politiques collectifs nécessaires au projet d'émancipation féministe.
Résumé : Le care ou le souci des autres est une zone de conflits, de tiraillements et de dominations. Celle, notamment, du travail salarié des professionnels du soin et de l'assistance, constitué essentiellement d'un salariat féminin subalterne, surexploité et stigmatisé par son "manque de qualification", et parfois sa couleur de peau ; celle, aussi, du travail domestique toujours inégalement distribué. Or on ne pourra jamais évacuer complètement le "sale boulot", il est urgent de penser une transformation politique du travail et de la société en plaçant le care au centre de la réflexion sur le travail. Cet ouvrage défend une position singulière, sensible et forte, au sein des débats contemporains autour du care et propose de changer de regard sur le travail, sur le soin et sur la société. C'est cette position que, d'entrée de jeu, la préface de cette nouvelle édition renforce en répondant et en désarmant avec brio les polémiques sur le care, polémiques parfois induites par la précédente édition, publiée en 2013. Ce qui conduit l'auteure à mettre la focale sur ce qu'est vraiment la "perspective du care" et à montrer l'inédit de cette posture théorique.