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La ville est un trou . Suivi de Un jour, avec 1 CD audio
Pennequin Charles
POL
18,25 €
Épuisé
EAN :9782846821919
Quelle est cette affaire de trou qui nous anime ? Quelle est cette ville ? et l'affaire d'y vivre. Pour y creuser soi ? Soi-même est absent de toute ville. Ou alors il est entravé par sa posture, muselé dans ses tics et ses trucs. Il ne revient à lui que par la bande, par tout ce qui a été prononcé et qui aurait pu rester dans l'air. Je vis dans la nature insupportable de l'homme, la ville est son trou, son milieu naturel. Et c'est là-dedans, dans le milieu de la parole non parlée et des gestes larvés et des violences télévisuelles et du patronat et de la bêtise comme culture nationale, que je vis. Dans ce trou-là, cette fosse sceptique de tout ce que les humains peuvent faire pour se débarrasser de la pensée. Et notre seul concept sera de tenter malgré tout d'y prendre l'air. Prendre tout. Dire tout et même son contraire. S'égarer dans le voisinage, emporter deux trois idées, traverser quelques histoires, en aimer quelques-unes, et quitter toutes les autres, jusqu'à occuper seul le terrain de l'angoisse. Le terrain de sa propre langue où tout est à faire. Je fais de la poésie parce que demain je suis mort.
Au fond, on pourrait dire du livre de Charles Pennequin, qu'il est un manuel de philosophie qui explore, après tant d'autres, le mystère du "d'où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous ?". On pourrait dire qu'il le fait avec un humour ravageur que l'exergue déjà se charge d'installer : "Je suis la preuve vivante que je ne vis pas". On pourrait ajouter que le titre même, "Bibi", montre que l'auteur n'a aucune illusion sur le côté désespéré et, pourquoi pas, assez ridicule de son entreprise, Bibi étant comme on sait l'équivalent grotesque et désabusé d'un moi qu'il n'est même pas nécessaire de trouver haïssable. Mais alors il faudrait préciser que ce curieux traité qui considère aussi bien les origines que les fins dernières le fait au moyen radical de la langue et de l'écriture entendues et pratiquées comme les plus extrêmes des outils pourvu que l'expérimentation formelle, la poésie soit ce qui les manipule et les exalte. S'il fallait trouver une ascendance à Charles Pennequin, on citerait Valère Novarina pour les thèmes et certain imaginaire, Christian Prigent pour la scansion, Christophe Tarkos pour l'obstination, le ressassement, la répétition.
Résumé : "Je parle de toi mon amour. Je parle de ton amour. Ou bien c'est de moi. C'est mon amour à moi dont il est question. Je me pose des questions sur notre amour à moi. Car y'a plus que moi dans cette affaire. Et je peux pas tout faire. Je peux pas faire l'amour avec moi tout seul. Et je peux pas parler tout seul non plus. Faut qu'on soit deux. Qu'on soit au grand complet pour se parler. Pour tout sortir. Faire le grand tri entre nos phrases. Pour dégager le terrain. Faut qu'on soit là pour faire table rase. Et pour qu'on soit plus qu'un. Faut qu'on discute un brin. Sinon ça sert à quoi de s'entêter. De tant vouloir être des hommes. Si déjà l'amour c'est pas humain."
Résumé : J'écris un livre pour comprendre la vie. Si au bout du livre je n'ai rien compris, alors il faudra laisser tomber le livre par terre. Peut-être même le livre tombera par terre avant. Peut-être il n'y a rien à comprendre, pas une ligne. Ne lisez pas les lignes pour comprendre la vie. Il y a mille choses à faire à chaque minute. Toutes les minutes comptent. Chaque minute est une somme de possibles. Tandis que les livres donnent la mort à la minute. Chaque mort est insufflée par une ligne du livre. Le livre est impossible à donner. Il se donne, mais pour mort. Il donnerait sa mort pour comprendre la vie le livre. Ceci est un livre fait pour comprendre la vie. La mienne de vie. On dit ça. On dit :J'ai la vie mienne. Et je comprends rien. Ceci est un livre qui aide à comprendre rien. Ce n'est pas facile de rien comprendre. Je pourrais m'expliquer ça. M'expliquer la vie des heures durant. Des heures durant je suis là à attendre que ça se passe. Tout pourrait ainsi passer. Que nos envies passent de main. C'est comme ça aussi qu'on passe le vivant. De la main à la main. On se refile le baigneur.
On peut tout exposer : quelques bibelots du second Empire, un recueil de photographies, un boudoir d'outre-tombe, une héroïne célèbre pour sa beauté, sa fatuité et sa fin lamentable. On peut tout exposer : une femme à la place d'une autre, la peur de son propre corps, une manière d'entrer en scène, l'ivresse de la séduction, un abandon, des objets qui rassurent, une ruine.
Résumé : "Un crime a été commis et c'est passionnant, on voudrait savoir qui a fait ça, qui a pris sur soi pour faire ça parce que ce n'est pas un acte banal, même pour un assassin, de tuer quelqu'un. Et dans une scène pornographique aussi, on est avide de se tenir au courant, qui fait quoi et pour quel bénéfice. Et dans un conte de fées, qui des fées, des princesses ou des animaux tire le plus de plaisir et de souffrance ? Et ma place au milieu de ça, moi, qui que je sois ? "
Résumé : Tilliers, petite ville de France, à la fin des années soixante. Dans la famille Farkas, Claire (la mère) soutient et transmet ; Luciane (la fille) se révolte et s'émancipe ; Abraham (le père) écoute et soigne ; Franz (le fils) observe et (s')écrit. Ensemble et séparément, ils vivent et racontent les séquelles de la guerre d'Algérie et les conséquences de Mai 68 ; la cause des femmes et les silences des hommes ; l'acné juvénile et les cicatrices du colonialisme ; les mélodies des Beatles et les maladies d'amour.