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Création et schizophrénie
Oury Jean ; Maldiney Henri
GALILEE
32,00 €
Épuisé
EAN :9782718603544
La création esthétique dans son architectonie : procédure d'émergence, "d'élan retenu". Jusqu'à la limite où l'absence est en oeuvre : "absence d'oeuvre", pulsation, prise dans une forme tissée de rythme, "gestaltung" d'un espace, d'un site, d'une ligne. Cette simplicité extrême s'interroge sur son propre apparaître, son matériau, son "être" singulier. Corrélation entre sublimation et subliminaire, là où le vide "s'aesthésise", se courbe dans l'invention d'une juste mesure. Cet espace est celui de l'"artiste", rare, qui l'atteint par sa disposition particulière et par son travail incessant, en deçà de toute intentionnalité. Dimension pré-représentative, pré-égoïque. Ce "pré" où se manifeste aussi, par une autre nécessité, la reconstruction vicariante du schizophrène après l'éclatement, la catastrophe existentielle : fonction inchoative, après le déluge. Rassemblement qui fait "oeuvre" impossible de son corps. C'est le même espace, le même site : zone de rencontre d'un effort incessant de recollection et d'une disposition presque passive, d'un don impératif marqué du sceau destinal de l'artiste. Ce cheminement, à travers les pièges de l'aliénation massive ? sociale, esthétique, consommatoire ?, est peut-être une voie d'approche d'une psychopathologie concrète. Logique poétique d'une sous-jacence qui, par moments, apparaît dans sa nudité.
Biographie de l'auteur Jean Oury, psychanalyste, médecin directeur de la clinique de La Borde. Il est l'un des fondateurs de la psychothérapie institutionnelle.
LiminaireEpreuve du temps? Petite géologie naïve; gypse, lamelles, mots plats qui font poussière dans l'usure, le frottement, les pointes d'oubli: le miroitement des saisons.Une préface n'est qu'une feuille légère, déjà craquelée dans l'avancée de l'oubli, entre ironie et humour, prise dans un diagrammatisme en forme de «traduction»... Alors? Pourquoi ce rassemblement, cette promenade, cette prétention à vouloir dire, encore?«Mais si, c'est important! Publie tes préfaces!», m'a-t-on dit. Tout en pensant à cette légèreté combien subtile de Kierkegaard quand il publie une Préface des préfaces; ironie qui s'infiltre dans cette prétention de rassemblement.Mais c'est peut-être un exercice de salutation renouvelée. Chaque «auteur» à qui s'adresse cette révérence est là, à nouveau, indirectement évoqué, invoqué. Peut-être s'agit-il de souligner un itinéraire, avec des entrecroisements, des points de rencontre, une conversation, des pas qui s'éloignent dans l'ombre, un appel dans le lointain, du silence. Silence de l'écriture, un «précaire» qui s'éternise un peu, hors des contrées de toute monumentalisation.Et réunir dans un même recueil tous les gens qui ont compté pour moi, qui «comptent» chacun à sa façon, dans des «voisinages» variables, mais qui ne se connaissent pas tous les uns les autres, est-ce bien raisonnable? Il aurait fallu leur demander ce qu'ils en pensent. Et encore! D'ailleurs, il est un peu tard. Et puis ce n'est pas si grave. Il ne s'agit pas de les faire jouer ensemble dans une hypothétique polyphonie.Mais tout ça n'est que verbiage, à moins que ce soit une épreuve, une tentative de faire basculer le «temps qui passe» dans le «hors-temps», là où quelque chose se manifeste dans son évanescence, dans un rythme à fleur de peau. N'y a-t-il pas ici un exercice de bascule d'un texte à l'autre, afin que l'attention se focalise dans une sorte «d'entre-textes», espace subtil, inédit, d'appositions soutenues par un vide?
Si la question de la formation se présente comme une problématique complexe, c'est qu'elle fait appel à une disposition fondamentale, celle d'apprendre à apprendre. Au fil des quatre mouvements qui composent ce texte, Jean Oury porte inlassablement la question de l'engagement en psychiatrie, incitant le lecteur à cet exercice jamais fini, à ce travail permanent de modification. Biographie de l'auteur Médecin psychiatre de la clinique de La Borde qu'il a fondée en 1953 dans le mouvement de la psychothérapie institutionnelle, Jean Oury est le seul praticien et penseur à articuler la question de l'aliénation dans des registres aussi habituellement clivés que celui du psychique, du social et de l'institutionnel.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.