Pierre blanche lancée dans le jardin des études classiques, La Fragilité du bien en dépasse largement le cadre pour s'ancrer avec force dans le débat contemporain sur l'action éthique et politique. Qu'en est-il de l'être humain exposé à la fortune (Tuchè) dans la pensée éthique des grands Tragiques (Eschyle, Sophocle, Euripide), de Platon et d'Aristote ? Quel rôle tient cette fortune dans la formation de la vertu ou du bon caractère ? Quelle relation y a-t-il entre le fait d'être une personne bonne et celui de parvenir à vivre et agir selon le bien ? Un livre classique, paru pour la première fois en 1986, "immensément riche et stimulant" (Charles Taylor), qui montre l'extraordinaire actualité de la tragédie et de la philosophie grecques quand il s'agit de penser l'événement moral de notre société contemporaine et qui permet de mieux comprendre l'oeuvre d'une philosophe américaine parmi les plus originales de sa génération.
Connue pour ses apports en philosophie politique sur la question du développement, et pour ses études des inégalités sexuelles, Martha Nussbaum collabore depuis les années 1980 avec l'économiste Amartya Sen, Prix Nobel d'économie en 1998. Dans Femmes et développement humain. L'approche des capabilités, elle aborde de façon novatrice la question des inégalités sexuelles : il est nécessaire, d'une part, que la politique et l'économie internationales soient attentives à cette inégalité, d'autre part, que la pensée féministe se centre sur les problèmes des femmes dans le tiers-monde. Ce livre, écrit avec éclat, abonde en exemples narratifs. Il offre un exposé totalement novateur de la façon dont nous devrions comprendre la "qualité de vie" à l'échelle d'une nation et de la façon dont nous devrions penser le minimum requis que tous les gouvernements devraient procurer à leurs citoyens.
Lorsque Philippe Suchard lance son commerce de chocolat à Neuchâtel en 1826, personne n'imagine que sa petite échoppe deviendra une société multinationale un siècle plus tard. C'est l'histoire de cette croissance que nous conte ce livre. C'est aussi l'histoire d'une famille qui a marqué l'histoire neuchâteloise avant qu'elle ne perde le contrôle financier et managérial de l'entreprise et qu'un de ses membres ne soit condamné dans un procès civil retentissant. Pour autant, les ouvriers ne sont pas oubliés, puisque le livre rend compte du paternalisme des premiers patrons et des premières luttes ouvrières. Enfin, c'est aussi la saga du chocolat, que les contemporains de Philippe Suchard considèrent presque comme un médicament, qui devient un produit de luxe, avant d'être transformé en une denrée de consommation de masse. Ce livre, c'est aussi les souvenirs de l'enfance qui émergent à nouveau, les tablettes de chocolat au lait que nous avons tant désirées... Ce livre résulte de recherches réalisées à l'Institut d'histoire de l'Université de Neuchâtel par une équipe d'étudiant-e-s sous la direction de Laurent Tissot, ainsi que du mémoire de licence de Claire-Aline Nussbaum qui s'est chargée de la rédaction finale.
Si le produit intérieur brut d'un pays augmente chaque année et que le pourcentage de personnes privées d'instruction et de soins médicaux grandit lui aussi, ce pays est-il vraiment en progrès? Nos indicateurs économiques échouent à saisir la réalité des vies individuelles. Nos théories du développement ignorent les plus élémentaires besoins de dignité. Mais il existe une alternative: l'approche des capabilités, sans doute la plus novatrice et la plus prometteuse des contributions de la philosophie politique à la question de la justice sociale. Que sont les capabilités? Ce sont les réponses à la question: "Qu'est-ce que cette personne est capable de faire et d'être?". Au fil d'une passionnante discussion, Martha Nussbaum propose une liste de capabilités, garantes de domaines de libertés si centraux que leur absence rend la vie indigne. Son approche se présente comme une contribution au débat national et international, et non comme un dogme qui devrait être accepté en bloc. Une fois évaluée, soupesée, comparée avec d'autres, si elle résiste à l'épreuve de l'argument, elle pourra être adoptée et mise en oeuvre. Autrement dit, les lecteurs de ce livre seront les auteurs du prochain chapitre de cette histoire du développement humain.
Résumé : Bien raisonner, pour un citoyen, un juge ou un homme politique, suppose non seulement des capacités argumentatives et logiques, mais également des capacités d'imagination développées et maîtrisées. Plaidoyer pour une conception de la rationalité non pas impartiale et désincarnée, mais au contraire fondée sur une appréciation sensible des situations humaines particulières, ce livre défend donc une conception de la raison qui fait pleinement droit aux émotions et à l'imagination.
Depuis la parution de Eichmann à Jérusalem de Hannah Arendt en 1962, le concept central du livre, la « banalité du mal », a fait l?objet de très nombreuses polémiques et discussions, dont les pièces sont données en appendice de ce volume. Mais aujourd?hui, à l?occasion du 50ème anniversaire du procès Eichmann, des historiens, des psychiatres, des écrivains et des philosophes engagent un débat posthume avec l?auteur du « reportage», autour des destins de ce concept, qui a permis de méditer les écrits et dires des exécuteurs et des rescapés, mais n?a pas résolu l?énigme de cette banalisation des bourreaux, qui a transformé ces criminels exterminateurs en « hommes ordinaires ». Comment la banalisation de la « banalité du mal » a-t-elle joué contre le sens de la formule est au coeur de la discussion contemporaine.
Dans ce long inédit, Benjamin Fondane révèle les implications philosophiques révolutionnaires qui découlent des travaux de Lévy-Bruhl (1857-1939) sur la mentalité primitive. En mettant à jour les mécanismes d'une logique différente, Lévy-Bruhl fait voler en éclat l'universalité de la logique d'Aristote sur laquelle repose notre pensée occidentale. Dès lors cette logique n'est rien d'autre qu'une arme politique qui fonde l'hégémonie de la rationalité. La démonstration de Fondane est implacable et bouleverse notre conception de la philosophie. Il nous incite à reconsidérer nos manières de penser et de vivre sous la contrainte de la raison, faisant écho à une tradition non aristotélicienne qu'incarnent des penseurs comme Michelstaedter, Lukasiewicz ou Alfred Korzybski.
Résumé : L'institution du Shabbat est la plus importante contribution du judaïsme à l'humanité, tout en étant le fondement de la vocation spécifique d'Israël. Résistance à l'oubli de l'origine, appel à la maîtrise du temps pour assurer la liberté de l'homme, évocation d'un jour futur "qui sera tout entier Shabbat et repos pour une vie du monde qui vient", il introduit dans l'existence une dimension essentielle, dont le monde contemporain, livré à la démesure, doit absolument prendre conscience. A un projet prioritairement économique, obsédé par la satisfaction du besoin et le culte de la croissance, il oppose une vision d'avenir liée non à un manque, mais à une plénitude. Il rappelle l'indispensable valeur de la limite et du lien entre les générations.
Dans le domaine métaphysique, le philosophe et théologien médiéval Guillaume d'Occam énonça des préceptes de simplicité passés à la postérité sous le nom de " Rasoir d'Occam " et sous la forme d'une injonction: Il ne faut pas multiplier les êtres et les principes d'explication au-delà de ce qui est nécessaire. Le " Rasoir de Kant " fait jouer ce même principe d'économie dans le domaine moral, et permet ainsi de dessiner les contours d'une éthique minimaliste, mais non moins propre à la vie sociale. Plus de deux cents ans après Diderot, Ruwen Ogien repose, à sa manière, la question du Supplément au voyage de Bougainville concernant les " inconvénients d'attacher des idées morales à certaines actions qui n'en comportent pas ", et soumet la réflexion morale à un diagnostic qui décevra sans doute les amateurs de certitude, mais réjouira ceux qui se refusent à la réduire au moralisme ambiant.