Un voyage est toujours un prétexte pour écrire/décrire. C'est dans le voyage qu'on rencontre les muses, qu'on les identifie comme si chaque territoire visité rendait sa musicalité à celui qui le découvre, surtout pour la première fois. La Guadeloupe exhale son parfum et l'offre volontiers à votre sensibilité olfactive. Elle vous attire par sa beauté, sa majestuosité, sa musicalité matinale désincarnée, car la mer n'a pas réussi à l'engloutir. Son histoire est un chant/champ, ses hommes un peuple divers mais unis par un destin commun. Elle a vécu dans le coeur mou de l'esclavage quand le lucre faisait sienne l'intelligence humaine. Mais depuis des siècles déjà, coulait, en elle, un sang de liberté. Il ne s'est jamais coagulé que pour signifier le refus. L'Homme de Guadeloupe est toujours débout défiant les incohérences du monde. Le peuple guadeloupéen, comme celui des Caraïbes, est partie prenante du monde et participe à la chaîne incessante de sa créolisation. C'est de lui qui sanctifie et relie (relit !) les "Histoires" de Gorée et de Nantes.
Amady Ali Dieng nous a quitté il y a un an. Pour lui rendre hommage et s'en rappeler les enseignements, l'auteur de cet ouvrage a décidé de compiler ses nombreux écrits ou interventions. Les quatorze textes qui composent cette anthologie sont représentatifs et significatifs de la personnalité, du style et des préoccupations d'Amady Ali Dieng. On y retrouve son style, son humour et son esprit critique.
N'Diaye Sidi ; Ngaïdé Abdarahmane ; Abdoul Diop Mo
Ce petit livre est un fragment de discussions-pensées aléatoires qui porte sur des événements fragmentés, mais toujours solidaires pour alimenter l'énergie motrice des communautés mauritaniennes. Ces discussions fragmentées lient entre elles les essences internes qui commandent l'événement d ans tous les sens que peut recouvrer ce terme aussi chargé que mythique. Evénement/avènement/processus ! Chaque fragment contient son mythe et décline une partie d'un visage nuancé et renfrogné sur toutes ses commissures. C'est un puzzle d'idées éparses, mais qui puisent leur sève nourricière dans les racines profondes d'une Mauritanie en évolution, en révolution(s) endormie(s) ou endormante(s). Ces fragments n'avertissent pas, ils crient et vocifèrent à haute voix en traçant des chemins modestes qui ouvrent sur des champs d'investigations poussées pour mieux comprendre la profondeur et la nécessité impérieuse de s'arrêter pour reparler, de manière sereine et intelligente, du contrat social mauritanien pour un devenir assumé, assuré et partagé dans une diversité éternellement apaisante.
Ngaïdé Abdarahmane ; Diop Babacar Mbaye ; Kassé Ka
Cet essai est certainement une allégorie. Il présente des images qu'il faut prendre pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire des «portraits conceptuels». En effet, les TPT/PTT (Tables-Planches-Tableaux/Planches-Tables-Tableaux) rendent compte, sous forme de palimpsestes, d'une superposition d'annonces de séminaires. Infinis séminaires avec des énoncés truffés de paradigmes gras et toutes leurs boursouflures, qui réfléchissent sur notre devenir. Ils ont pour vocation, soit de débattre des moyens de réduction de notre pauvreté, soit de combler l'ensemble de nos déficits, ou même de renforcer nos capacités dans tous les domaines, afin de nous conduire au dit Développement. Et finalement de réguler tous nos débits. Discours, infinis discours, que des banderoles flottantes montrent [s'agitant de partout comme des girouettes abandonnées à un vent tourbillonnaire !], pendant 365 jours, avant de devenir de simples fichus morceaux de tissus déchirés, déchiquetés de toutes parts et abandonnés aux intempéries, comme pour nous dire trêve de séminaires ! Pendant ce temps restent, empilées, contrites, macérées, acérées sur des tables-buvards-ba vards [amovibles assises sur de grossiers trépieds usés], comme des échos lointains, des communications servies, des hypothèses avancées, des solutions proposées et des recommandations finales dont la vocation est de dormir entre les pages de rapports ou de communiqués dont l'application, le suivi et les réorientations deviennent de permanents défis, parce que souffrant congénitalement de leur inapplicabilité. C'est ce que nous avons l'habitude d'appeler, de manière symptomatique, la littérature grise. Celle-ci est parfaitement rendue par ces tables «cancres», car elles expriment, avec toutes leurs nuances de couleurs, les milliers de messages tronqués qu'elles restituent sous la forme d'images (comme le résultat d'une «opposition des coïncidences» ?). C'est cela l'Art de l'In-vu, qui a pour vocation finale de démontrer l'envers de tous nos séminaires.
L'auteur nous invite à voyager à travers les ruelles, les ruses langagières, les outrances quotidiennes ; en un mot d'entendre les bruissements de ce qu'il appelle le Mbourourou Mbarara. Il faut saisir les différents charmes de son indiscipline, de sa philosophie et finalement du désordre auquel il donne naissance. Le texte dépeint dans une écriture en transe et ponctuée de locutions wolofs l'une des faces de la société urbaine dakaroise telle qu'elle s'efface de manière quotidienne.
La maladie d'Ehlers-Danlos est une maladie héréditaire qui touche, de façon diffuse mais très variable, l'ensemble du tissu conjonctif, c'est-à-dire la quasi-totalité des tissus du corps humain, à l'exclusion du système nerveux. Le diagnostic est possible, avec certitude, sur un regroupement significatif de signes cliniques et la présence d'autres cas familiaux. La transmission est systématique à tous les enfants de parents dont un, au moins, est atteint. C'est un argument pour éviter l'accusation erronée de violences sur un nourrisson qui présente des ecchymoses ou des fractures spontanées. Toutes les personnes avec un Ehlers-Danlos peuvent avoir des anévrysmes qui sont à rechercher systématiquement. Ce n'est pas une maladie rare mais au contraire très fréquente (2 % de la population française). Ce n'est pas une maladie orpheline puisque des traitements efficaces ont pu être mis en place pour atténuer les conséquences fonctionnelles, principalement des orthèses dont des vêtements compressifs spéciaux et l'oxygénothérapie intermittente. Ce livre vient apporter les réponses que des centaines de milliers de patients attendent pour expliquer leurs souffrances et les multiples situations de handicap qu'ils rencontrent au quotidien, le plus souvent dans l'incompréhension parfois hostile de leur entourage et de leurs médecins.
Cette recherche part d'un intérêt pour la schizophrénie et des processus évolutifs qui peuvent être repérés. C G Jung a consacré sa vie à la description de ces dynamiques psychiques transformatrices. Ces potentiels s'animent lors de processus de crise psychique, de métamorphoses, ou lors d'épisodes psychopathologiques. Cette vision est de plus en plus partagée parmi les chercheurs en psychologie, en psychanalyse, en neurobiologie et dans les sciences du chaos.
Dans un contexte économique caractérisé par la mondialisation où les fusions, délocalisations et liquidations d'entreprises sont autant de risques pour les managers, la ressource principale de l'entreprise reste la connaissance. Véritable capital technique, social et culturel, il convient de la préserver, de l'enrichir et de la transmettre. Le capital mémoire de l'entreprise ouvre la voie au management des savoirs, à la gestion des connaissances et à l'ingénierie de la mémoire organisationnelle qui, chacun dans son domaine, cartographient les compétences et les savoirs que recèle l'entreprise et en définissent les enjeux stratégiques. Loin d'être un tout homogène, la mémoire de l'entreprise emprunte à de multiples sources, individuelles ou collectives, se pourrit de cultures conflictuelles et se fixe sur des supports composites - simples récits d'anecdotes, documents de presse ou institutionnels (affiche, film d'entreprise, banque de données...). Par-delà les clivages culturels, les querelles de territoires, les tactiques du secret, les justifications plus ou moins excusables de l'oubli, cet ouvrage montre en quoi la mémoire constitue, pour l'anticipation stratégique et la construction identitaire des collectifs de travail, un facteur-clef dé la communication d'entreprise. L'exemple des Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire illustre toute là complexité et la richesse du capital mémoire d'une grande organisation.
Perrat Benoît ; Pitte Jean-Robert ; Guillot Pierre
Résumé : Grand chef cuisinier aux côtés des Escoffier, des Rambert et des frères Rouzier notamment, le Bressan Benoît Perrat (1873-1957) exerça son art dans les restaurants de tout premier ordre (Lyon, Genève, Paris, York, Berlin, Dresde) puis dans les cours princières et royales d'Europe centrale de la Belle Epoque (Saxe, Bavière, Roumanie, Hongrie). Contraint par la Grande Guerre à quitter ceux qu'il avait somptueusement servis, il retrouve ses terres natales et s'installe quelque temps après à Vonnas (Ain), la "Mecque de gueule", où il tiendra jusqu'à la Seconde Guerre mondiale toujours avec panache et distinction, jusqu'au raffinement ultime, la table et le Grand Hôtel Moderne. Il y rédigera sa célèbre "rhapsodie culinaire et gastronomique", Cornus en Bresse (1932) ? rééditée en 2002 ? et en 1938 sa Hongrie gourmande, restée inédite et publiée ici pour la première fois. Ce recueil surprenant assemble une centaine de ses recettes magyares récolées au gré de ses rencontres, de ses pérégrinations, de ses affectations et de ses enchantements. Récolées... ! C'est peu dire. Benoît Perrat y atteste surtout le "véritable esprit de la gastronomie qui est un patrimoine vivant, en évolution constante, ouvert à toutes les influences extérieures qui sont découvertes, apprivoisées, domestiquées, puis intégrées". C'est donc à une savoureuse déclinaison des riches spécialités danubiennes, parfois "métissées de Bresse", que Benoît Perrat convoque ses lecteurs, au premier rang desquelles le fameux gulash, et bien sûr le paprika, piment-roi de la cuisine magyare. Il les invite surtout à mettre avec lui la main au fourneau puis la serviette au cou.