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L'homme qui avait soif
Mingarelli Hubert
STOCK
20,20 €
Épuisé
EAN :9782234074866
Extrait 1946 Hisao Kikuchi s'était couché sur le côté et ouvrait la bouche sous la pierre d'où l'eau gouttait. Sans doute un reste de rosée que la mousse avait gardée. Une goutte, deux gouttes, il pouvait les compter. Il en tombait si peu que c'était une douleur dans sa bouche. Il avait envie de manger la pierre, comme si l'eau avait été à l'intérieur. Il se redressa, s'accroupit, et fit un creux avec ses mains. Une goutte, deux gouttes, trois gouttes. Ça n'allait pas plus vite, mais dans cette position, c'était moins douloureux d'attendre. Il regarda vers le train. Personne d'autre que lui ne s'en était éloigné. Même le soldat étranger restait près de la voie. Hisao leva les yeux vers le ciel pour ne plus voir le train et vit des nuages blancs. Il serrait si fort ses mains qu'il ne perdait pas une goutte de ce qu'il récoltait. La locomotive siffla. Il trembla et faillit perdre l'eau qu'il avait déjà. Son regard courut vers la voie. Son imagination traversa le wagon, alla sous son siège, ouvrit sa valise, déplia son caleçon en laine et déroula le papier rouge autour du cadeau pour Shigeko. Puis il regarda ses mains. Elles contenaient maintenant la moitié de ce qu'il avait besoin de boire. À nouveau la locomotive siffla. Le soldat étranger avait grimpé sur le marchepied. Hisao baissa la tête. «Pardon, pardon, Shigeko. Je commence déjà à te faire passer après moi.» Il releva la tête. Sur le marchepied, le soldat étranger lui lançait des gestes. Il y eut un bruit de fer. Le train reculait. Il grinçait sur les rails. Puis il commença à partir en avant, et Hisao à cet instant se sentait si déchiré qu'il se rêva être deux. Un qui restait là à récolter l'eau jusqu'à ce que le creux entre ses mains fût plein, et l'autre qui courait vers le train, vers son wagon qui s'éloignait maintenant, et où le soldat étranger se tenait toujours sur le marchepied, et l'ignorait à présent. Hisao Kikuchi ne pouvait être qu'un, et il pleurait de désespoir. Le train s'en allait lentement et sans remède avec la valise et le cadeau pour Shigeko, l'oeuf en jade roulé dans le papier rouge et protégé par son caleçon en laine. «Je suis malade, Shigeko, je suis comme ça.» Il ferma les yeux. Son esprit plongea dans la poche de sa veste où se trouvait la dernière lettre de Shigeko Katagiri. «C'est ma maladie, Shigeko, qui a laissé partir ton cadeau. Je l'ai attrapée dans la montagne. Je croyais qu'elle resterait là-bas. Je me suis trompé. À présent elle est mon ombre.» Il rouvrit les yeux lorsqu'il n'entendit plus le souffle de la locomotive et les wagons grincer sur les rails. Il les cligna dans la lumière matinale, et en face de lui, là où s'était trouvé le train, il ne vit ni les rails ni le champ d'orge et la lisière en coquelicots, mais le vide. Même la sombre usine au loin, il ne l'apercevait plus, et il crut perdre la tête lorsqu'en se penchant vers ses mains il vit qu'elles n'étaient pas encore pleines.
Extrait Sous le lac de Tibériade, près de Beit Zera, il y avait une maison, et dans cette maison vivaient un homme et une chienne. L'homme s'appelait Stépan Kolirin. La chienne n'avait pas de nom et elle était si vieille qu'elle n'avait plus la force de se dresser sur ses pattes. Tous les matins, il la retrouvait au milieu de la cuisine où elle dormait, couchée dans son urine, et Stépan était de jour en jour plus malheureux de la voir souffrir ainsi. Il y eut ce matin-là. L'odeur le frappa dès qu'il entra, et bien qu'il y fût habitué, il eut un haut-le-coeur. La chienne le regardait et clignait des yeux comme s'il y avait eu trop de lumière. En réalité, elle avait un peu peur. Elle se souvenait que lorsqu'elle avait commencé à uriner la nuit, le matin, il l'engueulait. C'était fini depuis longtemps. Il ne l'engueulait plus. Pour quoi faire ? Mais elle s'en souvenait, elle craignait toujours qu'il élève la voix en entrant. Il s'approcha, s'accroupit, et, comme tous les matins, il lui frotta le dessus de la tête pour lui montrer qu'il n'était pas en colère. Il la prit dans ses bras, la souleva et la ramena sur sa couverture. Trois mètres séparaient sa couverture de l'endroit, toujours le même, où elle urinait. Il se demandait où elle trouvait la force de les parcourir. Sans pouvoir se dresser sur ses pattes, ce devait être difficile. Ce devait être une distance incroyablement longue puisqu'elle manquait de force pour la refaire à l'envers. À nouveau il lui frotta le dessus de la tête et pour finir laissa sa paume sur elle et lui sourit. Il se releva, et il pensait : «Qu'est-ce que je peux faire ?» Il mit la cafetière sur le feu et alla chercher le seau sous la véranda. Il y resta un instant pour respirer l'air sain du dehors. De la brume coulait entre les troncs des arbres. Des oiseaux cherchaient leur repas, sautant dans cette brume comme des jouets à ressort. Au-dessus des arbres, l'air était clair. Il restait une étoile. Il vit la traînée d'un avion, et un petit oiseau perché tout en haut du plus haut des arbres. Il semblait bien seul là-haut. Ça le toucha de penser qu'avec ses quelques grammes, cet oiseau avait davantage de force que la chienne. Il rentra avec le seau et alla le remplir à l'évier. Tandis qu'il épongeait l'urine, la chienne l'observait, la tête posée entre ses pattes. - Ça va, dit-il. Ça m'emmerde, mais ça va. Elle avait cessé de cligner des yeux. Elle le fixait à présent. Il rinça le plancher plusieurs fois, sortit pour jeter l'eau et lorsqu'il revint la chienne dormait. Maintenant il y avait une grande tache humide au milieu de la pièce. Dans quelques heures, elle aurait séché et on ne la verrait plus. Mais contre l'odeur, il n'y avait rien à faire. L'urine qui s'infiltrait entre les lames de bois n'avait pas le temps de sécher d'une nuit à l'autre. C'était une odeur acre et forte qui lui rappelait celle de l'ammoniaque. Il s'accroupit devant la chienne. Elle faisait de légers mouvements avec ses pattes de devant. «Peut-être qu'elle court. Pourtant c'est loin la dernière fois, il y a longtemps, mais elle s'en souvient.» Il se redressa. La chienne continuait à bouger ses pattes. «Sûrement qu'elle court. Tant mieux.» Il éteignit le feu sous la cafetière, se versa le café et sortit.
Un homme, à la fin de sa vie, revient en Europe après avoir vécu à Buenos Aires. Là-bas, il y a desannées, il a écrit une lettre à son fils qu?il n?a jamais vu? Un homme vit seul au bord de la mer;une souris mélancolique lui tient compagnie? Deux amis regardent couler l?eau sous un pont; etpourtant rien ne sera plus comme avant... Un bateau accoste à Port-au-Prince; mais personne nepourra descendre à quai? Dans un froid glacial, affamés et épuisés, deux hommes se croisent?Deux frères liés à la vie à la mort entreprennent un périlleux périple sur l?eau?Comme souvent dans ses livres, Hubert Mingarelli raconte des errances. Le monde, autour, est menaçant. Même si la nature contient encore la beauté des choses. Sur la route, des personnages vivent leur voyage. Ils ne sont jamais nombreux. Un, deux, ou trois. Ce sont des histoires possibles, à hauteur d?homme. Les vies les plus humbles possèdent leur mystère et leur tragédie. Hubert Mingarelli les dévoile au lecteur avec pudeur et poésie.
Résumé : 1945. Dans l'Allemagne occupée, un photographe de guerre part au hasard des routes. Hanté par la libération d'un camp de concentration, il photographie les gens de ce pays devant leur maison. Pour comprendre. Un jeune soldat anglais, qui vient juste d'arriver et qui n'a rien vécu de la guerre, l'escorte. Lui-même poursuivi par un secret dont il ne peut parler. La Terre invisible raconte leur voyage.
Commentaires Dans une ferme, à l'écart de tout. Une vieille femme, muette et paralysée, est installée dans sa cuisine. En face d'elle, chargé de la soigner, Sam, un enfant-adolescent, espiègle, vif, insolent aussi. Sam fait les questions et les réponses, simule, à l'occasion, la voix de la vieille dame, caverneuse, qui ne fait jamais que soulever péniblement la main pour acquiescer. C'est un huis clos lourd et épais, pendant lequel Sam s'efforce de divertir la dame. Il est facétieux, malin, bavard impénitent, nourrit des rêves de santé pour la vieille dame, de prospérité pour la ferme. Il s'agit pour lui de préparer la mort du "vieux", qu'on imagine seulement à travers son monologue, et qu'on ne verra jamais. Sam est enfermé dans ses rêves par un délire verbal, comme la "vieille" est murée dans son silence, collée à sa chaise, dans un quotidien ponctué de repas, de soins, de petites comédies... Texte déroulé sur une seule journée, tout en retenue, sans éclat, dans un presque huis clos entre une vieille dame et un adolescent, portés par leurs fragilités, Le Jour de la cavalerie est remarquablement servi par un style et une écriture qui laissent voir et entendre les choses derrière les choses. En toute humilité, en toute simplicité. --Céline Darner --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
Résumé : Homme secret, cinéaste exigeant, Michael Haneke se révèle de manière étonnante dans ce livre, le premier en français qui lui est consacré. Fruit d'une soixantaine d'heures d'entretiens entre Vienne et Paris, cet ouvrage, illustré de 136 photos rares ou inédites, permet au réalisateur de Funny Games et du Ruban blanc d'exprimer sa conception du septième art et sa perception du monde contemporain. Face à Michel Cieutat et Philippe Rouyer, deux critiques de la revue Positif, Michael Haneke revient sur ses années de jeunesse et ses mises en scène au théâtre avant d'évoquer, film par film, son travail à la télévision et au cinéma, de ses débuts en 1974 à son dernier film sorti en 2017, Happy End. Au gré d'échanges libres et passionnés, se dégage l'image d'un créateur singulier, perfectionniste et plein d'humour, qui compte parmi les grands humanistes de notre temps.
Quand le narrateur rencontre en 2003 Marlon Brando, star déchue sur les hauteurs de Hollywood, il découvre un ogre paranoïaque qui regarde en boucle ses anciens films. Epuisé et ruiné par les pensions de ses divorces, Roi Lear qui aura trop enfanté, dont un fils meurtrier, il n'est plus l'acteur bestial d'Un tramway nommé Désir, le révolté du Bounty qui acheta un atoll à Tahiti, le dictateur paternaliste du Parrain, le crâne monstrueux d'Apocalypse Now, mais un survivant qui attend la mort et cherche la force de l'apprivoiser. A travers un fascinant et joueur face-à-face, le narrateur sera son guide, puis son exécuteur.
Résumé : C'est à un mystère que s'attelle ici François Heisbourg, relatant le parcours de l'étrange baron Franz von Hoiningen. Cet officier allemand qui traverse deux guerres mondiales, s'engage spontanément dans le parti nazi, puis sauve des centaines de Juifs et de résistants ? dont le père de l'auteur?, qui s'évade d'Allemagne avec la Gestapo aux trousses après avoir été "mouillé" dans le complot contre Hitler, finit son odyssée dans les bras de sa femme au Luxembourg et disparaît de tous les écrans radar. Au point que ce récit aurait pu s'appeler "L'homme sans visage", tant il a été difficile de trouver une trace photographique de lui. Qui était-il ? Comment passe-t-on à un moment donné du mal au bien ? Quelle est l'alchimie de cette "banalité du bien" ?
C'est l'histoire d'un garçon qui vit seul avec sa mère dans un petit pavillon non loin d'une cité. C'est l'histoire d'un été, saison dangereuse et violente. C'est l'histoire de Jérémie, de son obsession pour Sami. L'histoire d'une désertion aussi. La jeunesse est un état sauvage où tout peut arriver, tout peut se détruire, parce que tout tient sur une seule force : le désir.
Résumé : A Vitry-sur-Seine, Sihem, jeune franco-algérienne de 23 ans, fait sa rentrée en première au microlycée, un établissement pour élèves décrocheurs. Elle loge à la résidence autonomie Auguste Blanqui, où elle fait la connaissance d'Emile, dit Zapata, un vieux révolutionnaire de 82 ans. Sihem ne croit pas en une société qui, pense-t-elle, ne lui offre pas d'avenir. Zapata cherche un sens à sa vie qui s'achève. Hélène, la professeure de français de Sihem, et Rose, la directrice de la résidence, sont les témoins complices de l'amitié naissante entre ces deux écorchés. A l'aube et au crépuscule de leur chemin, ils prendront ensemble leur envol. Sur l'autre rive de la Méditerranée, en Algérie, Achir rêve lui aussi de changement et de liberté... Un premier roman lumineux.
Résumé : Et vous, quel geste vous trahit ? Il y a les gestes qui disent l'embarras, d'autres la satisfaction de soi, certains encore le simple plaisir d'exister, là maintenant, sur cette terre. Mais tous nous révèlent, dans nos gloires comme nos petitesses, nos amours comme nos détestations : le selfie, geste roi de nos vies modernes ; le " vapotage ", qui relègue l'art de fumer à un plaisir furtif, presque honteux ; les hommes de pouvoir qui se grattent le dessous de leur chaussette ; cette façon qu'on a parfois de tourner le volant avec la paume de la main bien à plat ; un verre qu'on tient à la main sans le boire...
Résumé : " Vous vous demandez sans doute ce que je fais dans la chambre de ma mère. Moi, le professeur de lettres de l'Université catholique de Louvain. Qui n'a jamais trouvé à se marier. Attendant, un livre à la main, le réveil possible de sa génitrice. Une maman fatiguée, lassée, ravinée par la vie et ses aléas. La Peau de chagrin, de Balzac, c'est le titre de cet ouvrage. Une édition ancienne, usée jusqu'à en effacer l'encre par endroits. Ma mère ne sait pas lire. Elle aurait pu porter son intérêt sur des centaines de milliers d'autres ouvrages. Alors pourquoi celui-là ? Je ne sais pas. Je n'ai jamais su. Elle ne le sait pas elle-même. Mais c'est bien celui-ci dont elle me demande la lecture à chaque moment de la journée où elle se sent disponible, où elle a besoin d'être apaisée, où elle a envie tout simplement de profiter un peu de la vie. Et de son fils. "
Résumé : Les histoires d'amour ne se ressemblent pas. Cependant elles entretiennent des correspondances secrètes à travers le temps et l'espace. Alice et Vincent s'aiment, aujourd'hui, à Paris : ils ont l'art et l'érotisme en partage. Leur passion entre mystérieusement en résonance avec d'autres amours, des collines de Rome aux rivages du Brésil, et jusque dans la Grèce antique. Dans cette chasse éperdue où l'on ne sait plus qui fuit et qui assaille, on croise Piero di Cosimo, l'énigmatique peintre de la Renaissance, Diane et Actéon, chasseurs illustres, Ariccia et Philippe, égarés en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, et bien d'autres amants pris dans les tumultes de l'Histoire.